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Troubles fêtes, de Patrick S. Vast
Après avoir travaillé pendant de longues années, Violette Grignon touche maintenant une petite retraite. Un sou est un sou, elle calcule son budget et ne peut pas se permettre le moindre écart. Ses revenus ne sont pas énormes et c’est pour ça qu’elle habite un immeuble de la cité « Au Bois radieux ». Un joli nom pour un coin pas toujours glamour. Les lieux ne sont pas très bien entretenus. Les tags sont nombreux, les jeunes s’ennuient et traînent, certains dealent… C’est ce qu’on appelle une « cité » sensible. La police sait ce qu’il s’y passe, mais fait parfois comme les trois singes de la sagesse. C’est peut-être le seul moyen de garder un semblant de paix dans cet endroit parfois agité. Parce qu’on le sait bien, une arrestation et tout s’embrase.
Dans l’immeuble de Violette, il y a Fernand, un voisin âgé, comme elle. Sa fille veut le mettre « pour son bien et sa tranquillité » en maison de retraite. Il n’est pas d’accord et quand les assistantes sociales débarquent (pour voir s’il s’en sort tout seul), il est très en colère car habituellement sa famille ne se préoccupe pas de lui. Il discute avec Violette mais chacun a ses propres ennuis et ils n’échangent pas plus que ça. C’est la solitude qui leur tient compagnie. On les sent tendus mais ils n’ont pas les moyens de déménager.
Et puis, il y a la famille Butel, le père, fan de Hallyday (et l’écoute fort et sans arrêt), a appelé son fils Johnny. Un fainéant qui aimerait bien que l’argent arrive tout seul. Alors il vit de petits larcins. À l’approche de Noël, il rentre avec des sacs bien garnis qu’il a volés à un couple âgé qui venait de faire ses courses. Il a bien envie de remettre ça pour le réveillon. Après tout, ce n’est pas si difficile...
Le contexte social est très bien décrit. L’usine qui ferme, les jeunes désœuvrés, coincés chez leurs parents. Ils se retrouvent en bas du HLM, se moquent de ceux qui passent et ne savent pas que faire de leur temps libre.
Comment des personnes si différentes se retrouvent-elles à habiter un même lieu ? Il y a un gouffre entre eux. Ils ne peuvent pas se comprendre, se parler.
Violette n’est pas en confiance, elle se méfie des Butel, des trafiquants de tout bord, de ceux qui s’approchent trop près et visent peut-être son porte-monnaie. Elle voudrait vivre sa petite vie sans peur mais ce n’est pas vraiment possible. Elle n’est jamais détendue. Alors ce jour-là, en allant faire ses achats, elle est sur le qui-vive et tout dégénère.
Ce récit montre qu’on ne maîtrise pas tout, que l’effet papillon, comme un jeu de dominos, entraîne les faits sans qu’il soit possible d’arrêter l’engrenage. C’est terrible et une fois pris dans la spirale, on ne peut rien arrêter.
L’auteur a su observer ou se renseigner car son texte est immersif. On est au cœur de la cité, les difficultés relationnelles, les peurs des uns, les envies d’en découdre des autres… la vie avec tous ses obstacles, ses répits aussi, mais est-ce qu’ils durent vraiment ?
Avec une écriture rythmée, Patrick S. Vast nous entraîne dans un récit addictif, il y a de l’action, des émotions et les thèmes abordés sont criants d’actualité.
Éditions : Taurnada (13 Mars 2025)
ISBN : 978-2372581462
250 pages
Quatrième de couverture
Aux Bois radieux, une cité sensible du 93, vivent notamment les Butel, une famille de marginaux, ainsi que Violette Grignon, une retraitée que l'existence a rendue extrêmement méfiante.
La veille de Noël, Johnny Butel, âgé de 25 ans, dérobe les provisions d'un couple de seniors.
La semaine suivante, il récidive avec sa voisine Violette, qui, après avoir hésité, a emporté un revolver pour se rendre au centre commercial.
21/03/2025 | Lien permanent
Lily en eaux troubles, de Zolma (chronique 3)
Une chronique d'oncle Paul.
Malgré les conclusions des gendarmes, Cécile Vuillet ne peut et veut pas croire que son mari Thierry s’est suicidé par pendaison. Tout allait bien, il avait fondé son laboratoire d’analyse avec un ami, une entreprise en plein développement, leur mariage ne connaissait pas de heurts et ils avaient une petite fille. Un bonheur professionnel et familial qui ne justifiait en rien son acte. Et s’il ne s’agit pas d’un suicide, il ne reste qu’une autre présomption : le meurtre.
Comme elle se rend compte que les gendarmes campent sur leur position, Cécile décide de s’adresser à un détective privé. Pas question d’adresser dans une officine de la région avignonnaise mais plutôt à quelqu’un qui n’est pas de la région. C’est ainsi qu’elle contacte Lily Verdine, et que notre détective préférée (voir les épisodes précédents) est amenée à prendre le train. Puis le taureau par les cornes, lorsque son jugement sera établi. Au début Lily abonde dans le sens des représentants de la maréchaussée. Surtout quand l’adjudant Poirier de la brigade de Bollène, où Thierry a été retrouvé la tête dans un nœud coulant attaché à la poutre maitresse d’un cabanon délabré, quand l’adjudant disais-je révèle que sur le fauteuil passager de la voiture du défunt avait été retrouvées des photos compromettantes représentant le chef d’entreprise en compagnie d’une prostituée de luxe, ainsi qu’une lettre anonyme réclamant une forte somme d’argent. Sans oublier que Thierry avait souscrit peu de temps auparavant une assurance-vie. Or le suicide rendant caduc l’assurance contractée, pour le gendarme il ne fait guère de doute que si Cécile s’entête dans sa version du crime, c’est bien pour toucher le pactole.
Thierry avait créé son laboratoire d’analyse avec un ami, Werner Ruiz ancien condisciple et collègue. Touts deux étaient chimistes de formation mais depuis, si Werner s’occupait de la paperasserie, de la comptabilité et de la recherche de clients, Thierry avait gardé son rôle de chimiste. La société avait prospéré et s’avérait viable, avec des espérances d’extension. Lily commence toutefois à douter de ce suicide qui ne lui parait plus aussi catholique qu’il y parait.
La péripatéticienne de luxe, Marina, qui avait été entendue dans les locaux de la gendarmerie a disparu et Lily enquête auprès de Ludmilla, une prostituée qui officie au bord de la route dans un camion aménagé en chambre d’amour, amie de Marina et en provenance elle aussi d’un pays balte. Mais la relation entre Marina et Thierry n’aurait été que fortuite. Ce qui n’est pas fortuit, c’est la découverte peu après du corps de Ludmilla dans le Rhône, à la pointe d’une île. Lily, qui prend son travail à cœur, embauche ses deux amis, Phil ancien repris de justice reconverti comme cafetier, et Victor toubib à la retraite qui de temps à autre soigne des filles de joie atteintes de maladies du travail. Les deux hommes ne se font pas prier ne sachant pas quels tourments les attendent, surtout Victor. Lily continuant son exploration du passé de Thierry va rencontrer des personnages qu’elle puisera dans son filet : une stagiaire repartie chez elle à Montpellier car Werner ne pouvait, selon lui la garder alors que Thierry entrevoyait pour elle d’autres possibilités ; le vieux vagabond qui a découvert le corps de Ludmilla dans son chalut, vivant dans une cahutte rafistolée de toute place et le visage couvert de bubons. Comme il ne mange que du poisson pêché dans le fleuve, peut-être est-il atteint d’allergie.
Lily, bêtement ou non, le reste de l’histoire nous le dira, est attirée par Werner, lequel n’est pas insensible non plus à ses charmes. Mais je ne m’étendrai pas plus sur le sujet, la vie privée de Lily ne nous regardant pas. Quoique…
L’intérêt de ce roman ne réside pas dans l’intrigue et la recherche du coupable, ou présumé tel, car le lecteur habitué aux romans policiers se fera bien avant l’épilogue sa propre opinion sur l’identité du meurtrier de Thierry Vuillet. Car il ne fait plus aucun doute que meurtre il y a eu. Non, l’intérêt réside dans les à-côtés, dans la description des personnages, dans leurs relations et surtout dans l’élément déclencheur. Certes tout le monde sait que le Rhône est pollué, que les poissons sont inconsommables recelant toutes sortes de produits chimiques dans leurs entrailles et dans leur chair. L’élément prépondérant de ce roman réside dans l’écriture de Zolma, dans la verve, dans l’humour sous-jacent, dans le support même de l’intrigue qui nous entraîne vers des dérives chimiques, mafieuses, dans un univers régit par l’argent et l’appât du gain. Sous des dehors allègres (pas comme l’ancien ministre), enjoués, presque superficiels, c’est bien un problème de société qui est traité avec une certaine pudeur, celle qui cache la révolte, la colère de ceux qui ne peuvent rien contre les déviations mais ne sont pas pour autant bâillonnés.
Paul (Les lectures de l'oncle Paul)
Deux autres chroniques ont été publiées sur ce roman :
- celle de Christine
- celle de Jacques
Lily en eaux troubles.
ZOLMA
Polar Jigal. Editions Jigal.
216 pages.
16€.
26/03/2012 | Lien permanent
Lily en eaux troubles, de ZOLMA (chronique 1)
Une chronique de Jacques
Ce roman, le quatrième de ZOLMA, est publié par l’éditeur marseillais Jimmy Gallier, qui a découvert – entre autres – des auteurs aussi talentueux que Philippe Georget et Maurice Gouiran.
La détective privée Lily Verdine est sollicité par une jeune femme pour élucider ce qui semble être le suicide de son mari, un certain Thierry Vuillet, chimiste exerçant ses activités dans les environs d’Avignon.
Après avoir lu cette information, lecteurs avertis, je vous vois froncer les sourcils (en tout cas au moins un des deux), tellement votre sagacité vous pousse sans doute à associer « chimie » avec « produits potentiellement dangereux pour la santé des braves gens que nous sommes ». Et là, vous tomberez pile ! Puisque nous sommes dans un polar, comme vous êtes priés de ne pas l’oublier, notre suicidé – selon les gendarmes, qui se trompent souvent – a été en fait proprement trucidé et notre vaillante Lily, en tentant de le démontrer, va tremper son joli nez dans des eaux du Rhône pas très ragoutantes.
Aidée par son compère Philippe, un gars un tantinet anarchiste sur les bords et qui a de plus déjà tâté de la prison, elle va découvrir que ces eaux-là trimbalent de drôles de produits qui rendent les poissons, ainsi que les humains qui les avalent, carrément impropres à la consommation !
Ajoutez à ça une prostituée slave liée au présumé suicidé et dont le cadavre est retrouvé dans le Rhône, plus l’assistante et maitresse de Thierry bientôt retrouvée avec une balle dans la tête, sans oublier Lily qui s’emmourache de Werner, séduisant associé de Thierry à la tête de la société, et vous avez tous les ingrédients pour une enquête saignante, apte à vous faire passer un bon moment de détente.
Le personnage de Lily est aussi attachant qu’amusant, elle qui rêve de mariage et d’une vie familiale rangée, limite un peu popote, avec son amoureux Werner, en opposition au style de vie qu’elle mène. Le regard qu’elle porte sur les gens qu’elle croise, sur les évènements qui ponctuent sa vie agitée, sont constamment marqués par une certaine distance ironique. D’ailleurs même si les problèmes de pollution industrielle qui sont au cœur de l’histoire ne prêtent pas à sourire, tout le roman est placé sous le signe de l’humour, de la légèreté du ton, de la verve.
Voici un exemple des réflexions dont nous honore la narratrice, qui fait le point sur ses relations amoureuses au beau milieu de son enquête (je veux dire : du roman !).
« J’ai craqué. J’ai parlé du canard. C’est vrai, c’était con. J’étais là, à poil à côté d’un mec sous l’emprise du plaisir, un beau mec y a pas à dire, un mec qui m’inspirait l’idée de me caser, moi, femme libre opposée à tout projet sentimental permanent et je lui ai parlé de la cuisson d’un canard ! Une vraie faute de goût, fut-il au curry ! A jamais enregistrée, me condamnant à la honte intérieure dès qu’un palmipède se glisserait dans mon assiette ou, double peine, dès que l’odeur du curry me frôlerait le tarin. »
Les comparses de Lily, aussi bien Phil que Victor, le médecin marginal qui pour avoir voulu lui donner un coup de main va se retrouver illico soupçonné de meurtre, sont eux aussi solidement campés et pourvus d’un humour qui semble être la marque de fabrique de Zolma.
Voici donc un polar aussi sympathique que plaisant. Je le recommande chaudement : agréable moment de détente et plaisir de lecture assurés !
Présentation de l'éditeur
L'étrange suicide d'un chimiste. L'inquiétante disparition de prostituées biélorusses. Des photos compromettantes. Une enquête qui piétine. Une veuve qui n'y croit pas. Un SDF en danger qui survit sous sa hutte. Une noria de camions fantômes près du fleuve. Un laboratoire de recherche et d'effarantes analyses qui révèlent une terrible contamination. La planète vacille, les poissons crèvent, la pollution s'aggrave, mais les affaires continuent ! Il faudra toute la hargne et la pugnacité de Lily Verdine, détective privée iconoclaste, secondée par Phil, l'ami anar, et Victor, le médecin en rupture de ban, pour mettre à jour un scandale dont les conséquences pour la population pourraient être funestes et irréversibles.
27/09/2011 | Lien permanent
Lily en eaux troubles, de Zolma (chronique 2)
Une chronique de Christine
Il y a dans la vie quelques plaisirs simples. Comme celui de préparer amoureusement un petit goûter, par exemple. Lait chaud, cacao, petits biscuits ?
Cela aurait été un vrai délice il y a quelques années, lorsqu’on ne parlait pas de dioxine dans le lait, d’enfants travaillant dix heures par jour à la récolte des cabosses, ou de petits biscuits à l’huile de palme et à l’arôme vanille de synthèse. Ah là là, Tout se perd, ma brave Lucette !
On met le tout à la poubelle et on n’en parle plus ?
Les déchets seront traités et recyclés dans les règles de l’art…C’est sûr ?
Mais oui ! Puisqu’on vous le dit !
Pour l’instant, il nie. Comme la plupart des coupables. J’ai rétorqué illico : « Comme la plupart des innocents aussi. »
Thierry Vuillet vient de se suicider. C’est clair, net, évident, pour la police qui a classé le dossier.
Mais Cécile, son épouse, ne peut le croire. Pour quelles raisons un chimiste doué, heureux en ménage, ayant créé un laboratoire d’analyses voué à la prospérité, aurait-il décidé de mettre fin à ses jours ?
Lily Verdine, détective privée, est chargée de découvrir la vérité.
Lily accepte. Davantage par empathie avec la jeune veuve que par conviction. Mais au fur et à mesure qu’elle pose des questions un peu partout, il y a quand même quelques faits qui mériteraient d’être étudiés d’un peu plus près.
Comme la fréquentation par Thierry de jeunes femmes biélorusses aux mœurs légères. Ou comme certaines analyses en cours dont les échantillons ont disparus.
Et puis, plus Lily essaie d’en savoir davantage, plus les témoins disparaissent de mort non naturelle. Plutôt étrange, non ?
Aidée de Phil, un ami cafetier, et de Victor, médecin à la retraite, Lily mettra tout en œuvre pour mener à bien son enquête. Peut-être même la dernière avant de devenir une parfaite femme au foyer ? Car Werner Ruiz, l’associé de Thierry Vuillet, a décidément beaucoup de charme…
Or, en fouinant, on trouve presque toujours une combinaison de facteurs. « Qui s’ajoutent et font déborder le vase », disait ma grand-mère, économiste, météorologue et parfois psychologue. »
Voilà un petit livre bien agréable !
Une enquête classique, une intrigue actuelle, rien de sanguinolent ni gore (donc parfait pour les âmes sensibles).
Et surtout, Lily ! Un personnage qui n’a ni les yeux ni la langue dans sa poche pour sortir quelques vérités. Ou aller fouiller là où c’est marqué en gros « Verboten !! »
Lily est une jeune femme bien sympathique, le genre de fille avec qui on a tout de suite envie d’aller prendre un café et de refaire le monde en épinglant tout ce qui ne va pas. Avec bonne humeur, réalisme. Et sans jamais perdre le sens de l’humour ou de la petite formule à laquelle il est difficile de résister.
Le temps que tous les éléments se mettent en place, on y apprendra que les apparences sont souvent trompeuses, que les faits divers cachent parfois des réalités sordides, et que si c’est un roman, toutes coïncidences avec certains événements se produisant ici et maintenant ne sont pas vraiment fortuites.
Pour résumer, c’est un roman qui s’enrobe de légèreté et d’humour pour pointer quelques dérives bien contemporaines, qui se lit rapidement et avec plaisir.
Vive le mélange ludique-pédagogique !
Christine, (Blog : Bibliofractale )
Lily en eaux troubles
ZOLMA
Éditions Jigal (Polar)
214 pages ; 16 euros
27/09/2011 | Lien permanent
L'heure trouble, de Johan Theorin
Une chronique de Liliba
L'heure trouble, c'est ce moment un peu indistinct où le jour fait place à la nuit. C'est l'heure où les tensions de la journée s'apaisent, où l'on se pose, où le corps et l'esprit se relâchent avant la montée du soir. C'est un moment de flottement, un entre-deux. C'est aussi, pour certains, l'heure où montent les angoisses, les peurs, les pensées malveillantes. C'est le crépuscule, le moment, entre chien et loup, où tout est possible, le meilleur comme le pire...
C'est à ce moment de la journée qu'il y a des années a disparu le petit Jens, âgé de 6 ans. Quand, presque 20 ans plus tard, le grand-père de l'enfant reçoit par la poste un paquet dans lequel il découvre une sandale, il prévient sa fille. Julia décide enfin de retourner sur les lieux du drame, l'île de son enfance souvent envahie par les brouillards de la mer Baltique, l'île où elle a grandi, été heureuse, mais où elle a également perdu sa raison de vivre le jour de la disparition de son fils unique. Car les enquêtes n'ont pas abouti et l'enfant a été donné pour mort, on suppose qu'il s'est noyé, perdu dans la brume. Sauf qu'au plus profond de son cœur de mère, Julia ne veut pas admettre cette évidence, et qu'elle continue à parler à son fils, qu'elle l'imagine vivant, croit le croiser dans la rue, et noie ensuite son chagrin et sa dépression dans le vin rouge, pour oublier cette horreur et sa vie de somnambule depuis.
Alors cette mère brisée prend son courage à deux mains et retourne dans l'ïle. Elle va devoir affronter ses souvenirs, mais aussi son père, qu'elle n'a pas revu depuis bien longtemps et à qui elle en veut de ne pas avoir surveillé l'enfant, de l'avoir laissé se sauver alors qu'il en avait la garde. Elle voudrait enfin comprendre pour, une fois pour toute, enterrer ce passé douloureux, et peut-être, enfin, son fils.
Le père semble rapidement en savoir déjà plus qu'elle, mais ne lui distille les indices qu'à mots couverts. Aurait-il une idée du coupable ? Il faut dire qu'il a quasiment toujours vécu sur l'île, qu'il y connaît chaque personne ou presque. Bien qu'il soit maintenant dans une maison de retraite et que son corps le fasse souffrir au point de lui imposer régulièrement des déplacements en chaise roulante, il a l'esprit alerte. Il voit, entend, se souvient. Et les souvenirs remontent du long de toutes ces années. Le passé des uns et des autres refait surface, pas toujours sous l'angle auquel on s'attendait.
Dans ce huis clos un peu étouffant, prisonniers de l'ile et de ses brumes, nous suivons Julia et son père, qui sont bientôt aidés dans leur quête par l'inspecteur du coin, avec lequel Julia se sent en confiance. Nous découvrons, en parallèle des recherches sur Jens et ce qui a pu se passer cette nuit-là, le passé de nombreux habitants de l'époque. Et notamment celui de Nils Kant, un mauvais garçon dont la réputation encore fait trembler ou se clore les bouches, et qui dut quitter l'ile précipitamment après avoir assassiné le shérif en poste. Nous aussi sommes prisonniers, parce qu'entraînés au milieu de tous ces gens dont chacun semble cacher un secret, qui tous se connaissent, se protègent ou bien se haïssent, mais en tout cas jamais ne sont indifférents. Quand les ambitions des uns font trop d'ombre aux autres, la vengeance gronde... Le danger rode avec la brume, et même si l'île est devenue accueillante et est envahie de touristes et de nouvelles constructions, on y sent toujours l'atmosphère d'antant, le mystère, la peur...
D'ailleurs la mort frappe à nouveau et c'est ce qui mettra le père et la fille sur une piste. Des secrets vont remonter au grand jour, et peut-être, Julia pourra-t-elle enfin entamer son deuil et le long cheminement de pardon vis à vis de son père et des assassins de son fils. Car elle sait, elle sent que l'enfant n'est pas parti seul ; elle est persuadée que, s'il est bien mort, c'est qu'on l'a tué...
Voici donc une histoire passionnante aussi bien qu'émouvante, qui allie un suspense soutenu avec des descriptions magnifiques de cette région de Suède, et une intrigue policière solide avec le récit émouvant du plus grand malheur que puisse connaître une mère. A lire !
Un roman lu par Hannibal, Mango, Sassenach, Sandrine, La livrophile, Cathulu, Latite..
Une interview sur Planet Polars, et un entretien avec l'auteur sur le blog Un polar.
Liliba : les lectures de Lili...
Présentation de l'éditeur
À l'heure trouble, entre chien et loup, un enfant disparaît sans laisser de trace dans les brouillards d'une petite île de la Baltique. Vingt ans plus tard, une de ses chaussures est mystérieusement adressée à son grand-père. Qui a intérêt à relancer l'affaire ? Et pourquoi toutes les pistes conduisent-elles à un criminel mort depuis longtemps ? Dans une oppressante atmosphère de huis clos, une histoire de deuil, d'oubli et de pardon, hantée par les ombres du passé. Numéro un des ventes en Suède, déjà traduit dans une dizaine de pays, ce suspense complexe et envoûtant a été élu Meilleur roman policier suédois 2007 par la Swedish Academy of Crime.
L'heure trouble,
de Johan Theorin
Poche: 533 pages
Editeur : Le Livre de Poche (9 mars 2011)
Collection : Policier / Thriller
7,50 €
13/06/2011 | Lien permanent
L'hiver des enfants volés, de Maurice Gouiran (chronique 2)
Pour celles et ceux qui aiment les trouble-fêtes et pas les curés.
C’est un tabou qui tombe, un pan de l’histoire de l’Espagne qui est dévoilé.
On ne connaissait pas encore cet auteur marseillais, prolixe et engagé qu'est Maurice Gouiran, et l'on a donc entrepris de faire sa connaissance avec son dernier bouquin : L'hiver des enfants volés.
Les enfants volés dont il est question ne sont pas ceux de l'Argentine sur lesquels on a beaucoup lu [1] [2] [3], mais presque, puisqu'il s'agit ici des bébés espagnols volés par Franco et sa clique de 'bonnes' sœurs : l'Argentine avait un lourd héritage hispanique né de la collusion entre une dictature fascisante et une église fascinée.
Mais revenons de ce côté-ci de l'Atlantique et à l'enquête du journaliste Clovis Narigou. Non seulement le nom du héros est l'anagramme de celui de l'auteur mais le récit est à la première personne et s'adresse parfois au lecteur : Maurice Gouiran s'engage !
Évacuons tout de suite les petites agaceries et irritations face à ces écrivains qui n'ont pas encore compris qu'il faut gratter, gratter jusqu'à l'os pour épurer et ne garder que la substantifique moelle après avoir éliminé tout le gras indigeste.
Ainsi on aurait aimé éviter les pages touristiques à Barcelone et Madrid, l'auteur lui-même plaide coupable :
« [...] J’ai pensé que j’aurais pu faire financer mon voyage par Le Petit Futé ou par Le Guide du routard, car mon enquête virait au vrai périple touristique ! »
On aurait aimé aussi échapper aux évitables réflexions sur le monde de la branchitude techno :
« [...] C’est vrai que c’est hyper pratique ce système de cloud, surtout pour des gars, comme les journalistes, qui se baladent continuellement. On n’a plus besoin d’emporter dans ses valoches un netbook, un CD-Rom ou une clé USB. »
Visiblement, Gouiran nous prend pour des demeurés qui ne sont jamais allés outre-Pyrénées et qui utilisent encore des disquettes de cinq pouces un quart (et pourtant je suis né avant lui !).
Bon ça, c'est dit.
Mais revenons à nos moutons noirs et suivons le marseillais Gouiran/Narigou parti en Catalogne pour enquêter sur la disparition d'un ami journaliste. Son ami François qui semble avoir voulu fourrer son nez là où il ne fallait pas.
« [...] J’avais en mémoire ces photographies en noir et blanc sur lesquelles les notables de l’Église et les prêtres posaient, bras tendu et main ouverte, parfois armés de fusils, auprès des militaires putschistes. Chez eux, le salut phalangiste avait trop souvent remplacé le signe de croix. »
Après Jean-Paul II en 2001, Benoit XVI béatifiait 500 religieux nationalistes espagnols en 2007. En 2012, sœur María Gómez Valbuena était mise en accusation avant de décéder en 2013. En 2013, cinq cent autres religieux furent béatifiés par l'église espagnole, avec la bienveillance du pape François.
Tout passé n'est pas bon à déterrer quand, aujourd'hui encore et toujours, certains redoublent d'efforts pour le faire oublier.
« [...] Ainsi, on volait des gosses, on les revendait pour le prix d’un appartement, et en plus il aurait fallu remercier les curés et les bonnes sœurs sous prétexte qu’ils rendaient service à tout le monde : au gosse volé, à la mère spoliée, aux parents adoptants ! C’était une conception assez particulière de la charité chrétienne. »
Le bouquin est plutôt bien construit qui entremêle la recherche de l'ami journaliste mystérieusement disparu, l'enquête qui le conduisait sur les traces de bébés volés, les recherches que l'ami François menait sur son propre passé, ...
Marchant dans ses pas le long des ramblas catalanes, Gouiran/Narigou nous dévoile les dessous nauséabonds de l'Histoire ...
Et pas seulement les pages les plus sombres de l'Espagne puisqu'il sera également question d'autres enfants volés, ceux des Lebensborn nazis (rappelez vous le film de l'an passé : D'une vie à l'autre). Un autre secret
tout aussi bien gardé puisqu'il faudra attendre la fin des années 80 pour que soit révélé le secret de ces Lebensborn et que ce n'est qu'en 2004 [clic] et 2009 [clic] que la presse évoquera le seul centre français !
Maurice Gouiran semble hésiter entre la thèse journalistique et l'enquête à la Rouletabille. Sa prose parfois précise mais souvent maladroite ne nous laissera pas un souvenir impérissable : dommage parce que la conclusion de ces enquêtes est plutôt réussie et nous laisse entrevoir le beau roman que nous aurions pu avoir.
Mais reconnaissons lui le mérite de soulever la boue qui recouvre, encore de nos jours, ces passés honteux : des enfants volés peuvent en cacher d'autres ...
Une autre chronique sur ce polar, celle de Cassiopée.
Bruno ( BRM) : les coups de Coeur de MAM et BMR
14/11/2015 | Lien permanent
Panique au Vatican, de Mark Zellwegger
Dormez tranquille braves gens, le pape veille...
Pour Mark Walpen et son oncle Ralf, les vacances de Noël, c'est sacré. Alors même si une affaire se présente, que leurs compétences sont requises, ils ne s'attaqueront au problème qu'une fois les fêtes de fin d'années fêtées dignement.
Mark passe à Zermatt ces quelques jours en compagnie de ses jumeaux, Elliott et Zoe, ce qui lui reste de sa famille avec son père Ralph. Sa femme est morte ainsi que son autre fille dans les attentats du 11 septembre 2001.
Mais peu avant Noël Mark ne perd pas pour autant le Sword de vue. Une réunion de recrutement est programmée justement à Zermatt dans une résidence, le Gornergrat Learning Center, qui lui appartient et aménagée comme un bunker à Zermatt justement. De nouveaux membres vont être recrutés selon des profils bien définis afin de renforcer les Faucons. Mark est assisté de quelques amis fidèles, dont le colonel Paul de Séverac ou encore Rebecca Leibowitz.
Enfin il va pouvoir se consacrer entièrement à ses jumeaux, ou presque. Son amie Anook semble contrariée, mais il ne s'agit que de malentendus vite dissipés après une discussion franche. Et Mark passe beaucoup de temps à s'informer, lire les journaux ou écouter la télévision, chaînes d'infos évidemment.
Deux jours auparavant, Ralph Walpen a reçu dans son bureau à Berne une mère de famille éplorée. Son rôle de diplomate, chargé du réseau Ambassador, l'amène à régler des questions épineuses, et lorsque nécessaire c'est son fils Mark et son service de renseignement non gouvernemental, indépendant et neutre, le Sword, qui prennent le relais en solutionnant les problèmes grâce à une cellule d'actions clandestines, des hommes et des femmes super entraînés provenant de divers services et pays, n'ayant qu'un seul idéal, résoudre les difficultés sans passer par des services officiels qui sèmeraient la pagaille.
Ralph reçoit donc Hannah Parker, avocate, qui arrive directement d'Australie, Sidney très exactement. Sa fille Kathleen, qu'elle n'arrive plus à voir depuis de nombreux mois ou même à joindre par téléphone, est mariée au prince Paolo Spinola, futur grand-duc de la principauté de San Martino della Cima. Le grand-duché fait barrage, et la seule fois où elle a pu communiquer avec elle, Hannah avait trouvé sa fille effrayée et surveillée en permanence. Kathleen et le prince n'ont pas encore eu d'enfant, et elle se rend de temps à autre dans une clinique gynécologique pour des examens. Ralph promet à Hannah de s'occuper de ce cas épineux, mais pas avant le lundi 4 janvier. Il lui offre de séjourner au Matterhorn Palace, son domicile habituel à Berne et dont il est propriétaire, puis de passer Noël à Zermatt en sa compagnie afin d'étudier la question avec son fils Mark.
Mark n'est pas contre cette invitation, du moment que cela n'interfère pas la réunion familiale, de plus cela changera les idées de Ralph qui a perdu sa femme quelques années auparavant.
Noël et le 1er de l'an sont passés, les affaires vont pouvoir reprendre, et c'est chargé.
Plusieurs événements se bousculent, se télescopent, comme autant de comédons, d'éphélides, ou de furoncles sur la face du monde.
Des incidents violents, et des attentats se produisent en Chine et au Tibet et tout naturellement le gouvernement chinois accuse les Tibétains et le Dalaï-lama d'en être à l'origine.
Au Vatican quatre cadavres sont découverts en début d'après-midi dans la résidence personnelle du commandant de la garde. Ce dernier ainsi que sa femme, un caporal et un hallebardier ayant tous succombé à une balle de 9mm. Selon le porte-parole du Vatican, le caporal aurait perpétré ce crime avant de se donner la mort.
Le Pape Anastase V, nouvellement élu et Chinois d'origine, se fait remarquer par ses prises de position nettement plus humaines que ses prédécesseurs. Et il veut faire le grand ménage parmi le clergé et permettre que les prêtres pédophiles soient jugés. En ce début d'année il entreprend un long voyage qui le mène d'Australie jusqu'à Hong-Kong. Seulement arrivé à Hong-Kong, un communiqué précise qu'étant malade, sa tournée est pour le moment ajournée. Le SRAS ou le H1N1, quelque chose dans ce genre l'obligerai à se calfeutrer dans sa chambre d'hôtel. Mais selon quelques sources autorisées, il aurait été enlevé.
Le 5 janvier Ralph Walpen est à Paris et il a un rendez-vous dans un café avec un représentant spécial qui n'est autre que Tenzin Gyatso. C'est à dire le Dalaï-lama en personne qui souhaite que la Task Force dont Ralph Walpen est le représentant, et le Sword dirigé par Mark, enquêtent sur les accusations d'attentats et incidents diplomatiques entre son pays et la Chine. Il est persuadé que les Tibétains n'ont rien à voir dans ces événements tragiques, même si les plus jeunes semblent moins pacifistes que leurs ancêtres.
La cellule de crise du Sword est activée et tandis que neuf membres des Faucons, répartis en trois groupes vont procéder à l'exfiltration de la princesse de la clinique où elle est en résidence surveillée, d'autres vont s'infiltrer au Népal afin de découvrir l'origine des attentats.
Ralph honore un autre rendez-vous qui lui a été proposé, sinon imposé, à Pékin dans le cadre de ses fonctions de diplomate. Le président chinois Zhang Ying Ye le rencontre en personne et en toute discrétion. Il se défend d'être à l'origine des attentats, et de plus d'avoir eu une discussion fructueuse avec le pape Anastase V, concernant de nombreux points politiques et servant d'entremetteur entre Tenzin Gyatso et lui-même. Et à la tête du gouvernement chinois, les conflits d'intérêt et de personnes ne manquent pas.
Bien que l'auteur affirme que toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existés, ne serait que pure coïncidence, le lecteur ne pourrait s'empêcher de plaquer des noms et des visages sur certains des figurants de cet ouvrage, et se remémorer des événement ayant défrayé la chronique quelques années auparavant. Par exemple l'assassinat au Vatican, le 4 mai 1998, d'Aloïs Estermann, le chef des gardes suisses, nommé la veille, de son épouse et d'un jeune vice-caporal de la garde. Selon l'enquête menée en interne, ce jeune garde, Cédric Tornay, aurait laissé une lettre de suicide adressée à sa mère et justifiant son geste. Mais la mère a toujours refusé d'accepter les faits tels qu'ils ont été supposés se dérouler, mettant en doute l'authenticité de cette lettre.
Quant à la Principauté de San Martino della Cima et la princesse Kathleen Parker, australienne, on n'est pas obligé de les comparer avec une célèbre principauté enclavée de la Côte d'Azur et dont une princesse est d'origine rhodésienne (le Zimbabwe actuel) et ancienne championne de natation sud-africaine. Tout ceci n'est que coïncidences.
C'est méthodique, précis, méticuleux, comme assemblé par un horloger helvète minutieux mais c'est également lent et longuet même si c'est calibré à la seconde et au millimètre près. Si le récit en lui-même est intéressant, cela traîne en longueur et perd de sa force, de son intérêt par des dialogues, notamment lors des prises de décision, et des descriptions interminables, à l'instar des diplomates qui expriment en trois heures ce qui pourrait être dit en trois minutes.
Ceci n'est pas destiné à un lecteur boulimique pressé de connaître l'épilogue mais plutôt à un amateur de jeu de stratégie, ou tout doit être pensé, mesuré, analysé, prévu, avec des solutions de rechange en cas de défaillance dans l'accomplissement d'une opération.
Évidemment l'auteur se base sur sa propre expérience et de ses connaissances approfondies de la géopolitique internationale et de sa compréhension des services secrets, puisque, nous l'apprend la quatrième de couverture, il a été conseiller spécial auprès de directions des actions clandestines appartenant à de grands services de renseignements.
Paul (blog : les lectures de l'oncle Paul)
Panique au Vatican
Mark ZELLWEGER
Thriller. Editions Eaux Troubles.
Parution le 26 février 2015.
522 pages. 23,00€.
20/04/2015 | Lien permanent
Moonlight Mile, de Dennis Lehane (chronique de Jacques)
Une chronique de Jacques
Moonlight Mile est un petit bijou, qui parvient à mêler au suspense et à un scénario bien ficelé, des personnages ayant une épaisseur humaine indéniable. Dennis Lehane, devenu célèbre depuis que certains de ses livres, adaptés au cinéma, ont fait un tabac dans les salles, (Mystic River de Clint Eastwood, Shutter Island de Scorsese, Gone Baby Gone de Affleck ont été en effet de gros succès publics) reprend ici les personnages des deux détectives Patrick Kenzie et Angela Gennaro, embarqués dans une histoire qui les plonge vers leur passé, douze ans en arrière, à l’époque de Gone baby gone où ils recherchaient alors Amanda, une petite fille de quatre ans qui avait disparu.
Moonlight Mile est un thriller, et Lehane maîtrise parfaitement les codes du genre. Il connaît suffisamment bien les côtés troubles de la sociét
20/05/2011 | Lien permanent
Le chat du Rocher – Tome 4 : L'affaire du sapin assassin, de Sandra Nelson & Alice Quinn
Quel bonheur de lire à nouveau les deux amies écrivaines, Alice et Sandra. On ne sent pas de coupure, le style de l’une ne domine pas celui de l’autre. C’est fluide, agréable et suffisamment « animé » pour que notre intérêt ne faiblisse pas.
J’ai retrouvé avec plaisir, Calypso Finn, ex-actrice de telenovelas au Brésil, trahie par son mari. Elle s’est installée, en France, sur « le Rocher », chez sa tante. Elle l’aide à tenir une brocante mais ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est mener l’enquête. En effet, elle a collaboré avec Vadim, le policier du coin. Collaborer est peut-être un peu exagéré. Disons que les circonstances, la curiosité de Caly, son sens de l’observation ont aidé Vadim. Bien entendu, il aimerait mieux qu’elle reste à sa place mais toute information est bonne à prendre, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ne pas l’écouter, d’autant plus si ça permet de résoudre les affaires qui lui sont confiées. Et puis, je me demande (et je ne suis pas la seule, vu les réflexions de certains personnages) s’ils n’en pincent pas l’un pour l’autre. De là, à ce que les principaux intéressés le reconnaissent, c’est autre chose….
Cette fois-ci, on est en pleine préparation des fêtes de fin d’année, l’ambiance est à la fête, sapins, petits lumignons et cotillons sont de sortie. Sauf qu’un plaisantin (c’est ce que tout le monde suppose) s’est amusé à envoyer des cartes de vœux désagréables (ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails). Chaque récipiendaire se sentant particulièrement visé, l’expéditeur doit être un familier mais qui ? Et pourquoi ? Qui est ciblé et dans quel but ? Calypso s’interroge mais n’a pas tous les éléments.
Elle doit aider à préparer une soirée de gala organisée au profit d’un lieu d’accueil pour enfants abandonnés en Inde. C’est Colette, une veuve du Rocher qui, amoureuse de Shankar Kapoor, authentique gourou, directeur de l’orphelinat et responsable d’un ashram, a décidé de cette manifestation. Certains sont un peu sceptiques mais tout le monde y met du sien pour que ce soit réussi. Caly est présente et examine tout, comme à l’accoutumée. Certains faits la titillent mais elle ne cherche pas plus. Tout à coup, c’est le drame. Un accident de sapin et un homme mort au sol. Fait rarissime qu’un arbre décoré s’écroule et tue quelqu’un. Un mauvais concours de circonstances … Vraiment ?
Calypso sent que cette vision de la situation est un peu facile. Elle décide que ce n’est pas net et pousse Vadim à faire quelques investigations. D’autant plus que d’autres événements bizarres et surprenants se produisent, sans compter que l’attitude et les déclarations de certains interpellent …
J’ai « plongé » dans ce récit pour n’en ressortir qu’une fois ma lecture terminée ! Je voulais savoir, comprendre. Il y a du rythme, des rebondissements, une atmosphère à la fois de gaieté (car les fêtes sont là) et de suspicion. Les protagonistes connus évoluent tout doucement, les nouveaux s’installent pour rester ou pas…. C’est un polar mais ça reste gai, plein d’humour, notamment grâce aux réflexions de Zézé, la petite voix de Calypso dans son ex-rôle d’actrice et aussi parce que Poker, le chat, fait des réflexions bien ciblées. L’écriture addictive, teintée de dérision, est un vrai régal ! Longue vie à Poker et à sa maîtresse d’adoption !
Éditions : Bookelis (16 Octobre 2024)
ISBN : 979-1042429041
270 pages
Quatrième de couverture
Qui aurait cru qu'un sapin de Noël pouvait être une arme fatale ? Lors d'un gala de charité au profit d'un orphelinat indien, un convive est écrasé par un immense sapin. Accident ? Pour Calypso Finn, ex-actrice devenue brocanteuse dans le village du Rocher, c'est un meurtre ! D'autant plus que des cartes menaçantes illustrant les sept péchés capitaux, transforment les fêtes en cauchemar. Aidée par son chat Poker, plus rusé qu'un espion du KGB sous couverture mexicaine et sa tante Peggy, qui lit l'avenir dans le champagne, Calypso mène l'enquête sur le gourou, président de l'orphelinat.
16/10/2024 | Lien permanent
Coupable, de Jacques-Olivier Bosco
Une chronique de Cassiopée
C’est le deuxième livre dans lequel Jacques-Olivier Bosco met en scène Lise Lartéguy. Je n’ai pas lu le premier mais ça ne m’a pas dérangée. Il y a quelques explications sur sa vie, suffisamment pour cerner ce qu’elle est ou ce qu’elle veut paraître… C’est une jeune femme totalement atypique, avec des problèmes psy, souffrant d’un espèce de dédoublement de personnalité qui l’entraîne sur des chemins torturés et tortueux…. Elle ne supporte pas l’injustice et aime agir par elle-même pour faire souffrir ceux qui sont allés trop loin. Elle expulse ainsi une sorte de haine, profondément ancrée en elle. Bien entendu, ses actions sont hors la loi …. mais elle sait agir en toute discrétion. On devrait blâmer Lise d’user et d’abuser de ce que l’on peut assimiler à une loi du talion mais Jacques-Olivier Bosco réussit le tour de force de nous la rendre attachante. Pourtant, avec son côté sombre, sa part d’ombre, ses troubles psychologiques, elle ne rassure pas vraiment, Lise, mais on sent en elle, une sorte de fragilité, de tendresse qui ne demandent qu’à s’exprimer…..et on aurait presque envie de la protéger des autres, mais aussi d’elle-même…. Je pense que c’est une femme entière, qui ne pardonne et ne se pardonne rien, elle est prête à aller jusqu’au bout pour ses idées…quel que soit le prix à payer….et il peut être très cher….
L’écriture et le style de l’auteur donnent de la consistance, du poids à ce qu’il décrit et présente. Son phrasé est sec, porteur de sens et beaucoup de choses sont exprimées en filigrane. Il n’hésite pas à évoquer les magouilles de la justice, les lenteurs de certaines procédures, les choix qui n’en sont pas et qui appartiennent à du « politiquement correct » pour ne pas semer le trouble… Il vous remue avec des personnages hors du commun et pourtant tellement vrais par leur humanité…. Il vous entraîne dans les travers de son héroïne et vous vous surprenez à la comprendre et à l’absoudre...et pourtant….
Et puis, il n’y a pas que Lise… Les autres protagonistes sont, comme elle, travaillés, présentés avec leurs secrets, leur volonté d’agir que soit au vu et au su de tout le monde ou en cachette…. Les rapports entre les uns et les autres sont rarement neutres, parfois brutaux, douloureux à d’autres moments. Le lecteur peut aller d’un sentiment éphémère de douceur à une cruauté terrible en passant par beaucoup de questions, d’interpellations sur le passé de ceux qu’il regarde vivre…
L’atmosphère est lourde, la cadence infernale et le lecteur est scotché aux pages. Le plus intéressant ne réside pas dans l’intrigue mais dans tous les à-côtés et notamment le passé on ne peut plus obscur de Lise. Avec des flash-back réguliers, sur deux époques distinctes, on découvre ce qu’a vécu Lise, quels étaient les liens entre son père, son parrain et des collègues à eux. Tout s’éclaircit petit à petit et on est obligé d’accepter l’indicible, de se rappeler que l’homme est un loup pour l’homme.
Qu’est-ce qui fait qu’on apprécie une lecture ? Parfois, on a envie de se détendre, de se changer les idées mais il arrive également que l’on soit satisfait d’être bousculé, de se trouver sur des chemins différents de ceux empruntés habituellement. Avec « Coupable », c’est ce que j’ai ressenti. Bien sûr, je lisais un roman policier mais il était accompagné d’une bande son, proposée à travers les chapitres l’air de rien, et ce n’était pas n’importe quoi ! Ça collait au texte, aux actions leur donnant encore plus de profondeur. De plus, Lise, comme sur la couverture (que je trouve en phase avec le contenu), emplissait les pages tout en restant floue, encore un peu cachée…pour mieux se dévoiler dans une autre aventure ?
Coupable
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditions : Robert Laffon (Février 2018)
Collection : La Bête Noire
400 pages
ISBN : 978-2221190760
Quatrième de couverture
Lise est lieutenante à la brigade criminelle de Paris. Quand elle est amenée à enquêter sur la mort de l'un de ses proches, le passé trouble de sa famille réapparaît. Et les secrets de son enfance refont surface.
05/04/2018 | Lien permanent



Une chronique de 