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07/10/2026

Artefact, de Laure Rollier

Artefact.jpgArtefact, c’est ce qu’on pense voir mais qui n’est pas forcément la vérité.
Artefact c’est ce qu’on veut croire parce que, parfois, c’est plus facile.
Artefact, c’est l’envers du décor, ce qu’on croit savoir, en étant persuadé d’avoir raison et en refusant d’imaginer autre chose, alors qu’on se trompe.
Artefact, ce sont les silences, les cris, les murmures qu’on n’entend pas, qu’on oublie d’écouter.

Artefact, c’est un roman qui vous prend aux tripes. Sans cesse vous vous demandez où est la réalité, si tout n’est qu’apparence, si l’auteur se joue de vous …. Jusqu’à un final qui vous laisse bouche bée.

En débutant ce récit, j’ai découvert que plusieurs personnes allaient s’exprimer, toutes en disant « je ». Forcément, chacune allait donner son ressenti mais pas obligatoirement sur la même situation. J’ai donc fait connaissance avec Adèle, une mère angoissée qui partage la garde de ses deux enfants, Vadim et Olivia, avec son ex-mari. Elle est sans cesse sur le qui-vive et je me suis dit qu’elle devait porter un passé assez lourd. Elle fait tout ce qu’elle peut pour son fils et sa fille. Pour autant, leurs relations ne sont pas toujours fluides et il y a des tiraillements.

Sur le même palier, Jérémy, le voisin, un homme solitaire qui travaille le plus souvent à domicile, comme graphiste. Il communique peu. Malgré tout, on comprend vite qu’il vit mal d’être séparé de son ex-compagne, Sasha, et qu’il pense souvent à elle. Parfois, il essaie de cerner Adèle.

« Cette femme a quelque chose d’indescriptible, une présence fragmentée et énigmatique. »

Comme il n’est pas très bien, il est probablement en train d’interpréter ce qu’il ressent.

Finalement rien d’extraordinaire. C’est le quotidien de beaucoup de nos jours, pas le temps de se pencher sur celui d’à côté, d’ailleurs il pourrait vite traduire cette attitude comme une intrusion, voire du voyeurisme ou du sans-gêne. Chacun chez soi, c’est encore la meilleure solution… Vraiment ?

À force de cloisonner, de ne pas se confier, ne risque-t-on pas de se couper des autres, même des quelques amis qu’on a ? Où est la limite ?

Lorsqu’Adèle reçoit des photos d’elle, elle se sent prise au piège, quelqu’un la surveille, la menace mais qui et pourquoi ? Porter plainte, se taire, agir seule ou avec de l’aide ? Quelles décisions prendre ? Qu’attend-on des autres ?
Chaque choix fait aura un impact sur la suite, sur elle et peut-être ses enfants, que faire ?

Cet excellent livre montre combien certains traumatismes vous poursuivent toujours.
« Très tôt, j’ai appris que parler, c’est dangereux et que ça attirait les regards. »
Oui, parler de soi, c’est s’exposer mais cela peut également être source de soutien…. Difficile de trouver le juste équilibre.

Pour l’amour, c’est la même chose. Laure Rollier nous le rappelle. Tout le monde n’a pas la même définition mais c’est important de rester à sa place, d’avoir de l’empathie, de bien doser.

J’ai beaucoup apprécié la construction de ce roman, avec plusieurs narrateurs, plusieurs points de vue sur de mêmes faits. C’est par bribes que certains éléments sont apportés, ébranlant nos certitudes et donnant un autre éclairage. Et j’ai plusieurs fois pensé que tout cela pourrait être possible…. J’en avais froid dans le dos.

L’écriture est prenante, dès que j’ai commencé, j’ai voulu savoir et je tournais les pages. Le phrasé est adapté à chaque narrateur. Les thèmes abordés (que je ne détaille pas pour ne pas donner d’indice) sont actuels et traités avec intelligence. On sent la tension qui monte au fil des pages, tout nous échappe car on n’est plus sûr de rien. C’est angoissant et parfaitement maîtrisé par l’autrice.

Une histoire qui fait mal, qui bouleverse.

Un titre bien pensé.

Une réussite !

Éditions : Récamier (8 Octobre 2026)
ISBN : 978-2385771713
288 pages

Quatrième de couverture

Adèle, mère célibataire de deux adolescents, croyait avoir enfin trouvé un semblant de paix, jusqu'au jour où elle découvre, sur sa boîte aux lettres, un colis anonyme. À l'intérieur : des centaines de photos d'elle, prises à son insu. La dernière porte un message glaçant :
" Celle-ci est la dernière parce que tu vas mourir. "
Très vite, les soupçons d'Adèle se tournent vers son mystérieux voisin, Jérémy. Mais plus elle s'approche de la vérité, plus celle-ci semble lui échapper.