10/05/2026
Dans le désert du Nevada, de Gabriel Urza (The Silver State)
Santi Elcano est avocat commis d’office. Profession qu’a exercé l’auteur. Il a connu le burn-out, il est devenu professeur. Et même s’il dit ne pas s’être inspiré des affaires qui lui ont été confiées, il a sans doute mis beaucoup de son expérience dans ce livre.
Ce n’est pas le premier récit où le fonctionnement de la justice américaine est écorché. Le choix des jurés, les négociations en coulisses avant de passer devant le juge etc. Tout est pratiquement décidé avant les plaidoiries, comme ça, on va plus vite. Mais est-ce que c’est respectueux de ceux qui doivent être jugés ? Et que dire des accords qu’on leur donne à signer sans qu’ils aient le temps de tout lire ? Les inégalités sont nombreuses, voire révoltantes. La couleur de peau, la situation professionnelle, l’origine sociale, le genre et l’attitude, tant pour les victimes que les accusés, peuvent interférer dans les décisions.
Dans ce récit, Santi Elcano exerce depuis dix ans et reçoit un courrier d’un détenu qu’il a représenté il y a longtemps. Il n’a pas oublié, tout est resté dans sa mémoire, un peu comme s’il y avait un goût d’inachevé, de raté. Il n’est pas très motivé pour lire la lettre mais il le faudra bien à un moment ou à un autre…
Le roman est construit en six parties, comme les différentes étapes d’un procès débutant par le choix des jurés jusqu’au verdict en passant par le réquisitoire, le dossier d’accusation, les plaidoiries. C’est sans doute une façon d’impliquer le lecteur, qui doit se faire son opinion sur Santi. A-t-il agi correctement ? Qu’aurais-je fait, pensé, décidé, à sa place ? Comment construit-on un avis ? Qu’est-ce qui nous fait pencher d’un côté plutôt que d’un autre ? Sur quoi se base-t-on ?
Au bout d’une décennie, Santi a trouvé un semblant d’équilibre. Sa vie est « rangée » tant dans son couple qu’au boulot. Cela lui convient, même si, parfois, il se pose des questions. À ce moment-là des angoisses existentielles remontent et l’envahissent. Et cette missive, qu’il n’attendait pas, vient tout bouleverser. A-t-il fait ce qu’il fallait ? N’a-t-il pas été influencé, trompé ? Ce pli remet tout en cause. Il tombe mal car Santi est dans une période de sa vie où il s’interroge.
L’auteur montre combien il est compliqué d’exercer ce métier lorsqu’on croit en ce qu’on fait. Peut-être que Santi avait idéalisé ses interventions, imaginant qu’il aurait le temps de plaider, qu’il serait compris et écouté mais le système est, en partie, perverti. Tout peut être tronqué sous les jeux de pouvoir. Alors que faire ?
Ce texte montre comment tout peut vaciller. Ce n’est pas facile de savoir si les gens ont fauté ou pas. Santi a un ami, qu’il connaissait avant et qui pourrait être détenu. La frontière est parfois très mince. Il est également très dur de laisser les dossiers au bureau. Les pensées reviennent souvent à ce qu’il faut traiter, et comment le faire au mieux. Cele perturbe le quotidien, notamment dans le couple et avec certains copains.
Ce thriller juridique est excellent et très juste dans le ton. L’écriture (merci au traducteur) est fluide. Les personnages sont intéressants. L’auteur montre bien les interactions et les manipulations. Le jeune avocat doit apprendre à faire avec ce qu’on lui laisse gérer. Il essaie d’être libre mais ce n’est pas évident. J’ai trouvé tout cela extrêmement bien pensé, bien amené, réfléchi et présenté avec intelligence.
Un auteur à suivre !
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier
Éditions : Liana Levi (7 Mai 2026)
ISBN : 979-1034912575
386 pages
Quatrième de couverture
Jeune diplômé en droit, Santi Elcano fait ses premiers pas comme avocat commis d'office au Bureau de la défense publique de Reno, la ville où il est né. Petit à petit, ses idéaux s’effritent quand il comprend que son métier consiste à négocier, en coulisse, les peines de ses clients. Lorsque le cadavre d’une jeune mère brutalement assassinée est découvert à proximité des mines d’argent abandonnées, Santi et C. J., sa collègue et mentor, se voient confier la défense de Michael Atwood, inculpé pour ce meurtre sur la base de preuves matérielles plutôt minces. Huit ans plus tard, une lettre d’Atwood – enfermé dans le couloir de la mort – oblige Santi à se pencher à nouveau sur cette affaire qui l'a douloureusement marqué…
23:07 Publié dans 02. polars anglo-saxons | Lien permanent | Commentaires (0) |
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