06/02/2026
Beyrouth Paradise, de David Hury
Marwan Khalil était flic. Il n’a pas toujours été droit, c’est un homme désabusé, vidé par ce qu’il a vu, vécu. Il ne croit plus à son pays et pourtant il l’aime d’une certaine façon. Pour lui, les gouvernants ne sont pas à la hauteur, beaucoup de personnes bien placées sont corrompues, rien ne va vraiment. Il a perdu son couple, sa fille est partie étudier ailleurs et leurs liens sont sporadiques. Il voudrait moins fumer, moins boire, croire en d’autres possibles mais c’est difficile.
La vie est chère, très chère au Liban, en décembre 2024 alors pour améliorer ses finances, il s’est installé comme détective privé, recherches d’adultères etc. Un jour, une femme sonne à sa porte. Elle lui demande de retrouver sa sœur, une ukrainienne qui a disparu alors qu’elle travaillait comme danseuse dans une boîte de nuit de la ville. Il décide de mener quelques investigations. Bien entendu, il est loin de s’imaginer où tout cela va l’emmener.
Il a quelques entrées dans le monde de la nuit, dues à son ancien passé de flic, mais il va vite comprendre qu’il n’obtiendra que des bribes, juste de quoi le contenter pour qu’il laisse tranquille ceux qu’il interroge. Sauf que Marwan, il ne raisonne pas comme ça, il veut comprendre, il veut réussir et puis il sait bien qu’en fait de danse, les jeunes femmes sont des prostituées qui n’ont pas le choix car ceux qui les prennent sous leur coupe les exploitent. Et ça, ça ne lui plaît pas.
Marwan est meurtri, son pays est en perdition, l’électricité est intermittente, des individus retournent leur veste pour des raisons bizarres. Il se retrouve à solliciter son ancienne jeune collègue, l’épouse de son ex coéquipier qui ne veut plus entendre parler de lui (elle lui en veut car son mari est mort), des copains … il avance difficilement, pas à pas, prend une piste, se retrouve face à un cul de sac, repart sur une autre … Beaucoup lui conseillent d’arrêter de fouiner, de prendre du recul mais il ne peut pas. La cause lui semble juste et il continue, entêté, buté, acharné, prêt à en découdre malgré l’arrivée prochaine espérée et souhaitée de sa fille pour Noël.
Les chapitres sont assez longs, denses en informations historiques réelles et détailles, très bien amenées dans le texte. La trame est solide, très documentée. Les phrases, elles, sont plutôt courtes, percutantes, comme « crachées » dans l’urgence par manque de souffle. L’auteur a vécu à Beyrouth et son récit « vit » par son écriture expressive, sensible. Il nous éclaire sur les événements de cette époque, dans ce lieu. Son regard est aiguisé, pointu, tristement réaliste.
À travers son intrigue, il nous offre le portrait douloureux d’une ville, de ses failles, des ses souffrances, des ces courts moments suspendus où tout paraît à nouveau envisageable avant de retomber dans le marasme et les déceptions.
Dans ce recueil, la place des femmes est intéressante, certaines ont décidé de lutter, dans l’ombre ou pas. Elles veulent la liberté, le droit de décider de quoi sera fait leur vie.
« À la télévision, des centaines de Syriennes manifestent visages découverts, cheveux au vent, sur l’emblématique place des Omeyyades au centre de Damas. Elles réclament la démocratie et le respect des droits des femmes. »
J’ai aimé l’approche que David Hury fait de la politique, des événements présentés, des personnages (réels ou fictifs) cités et introduits dans le texte. Tout est parfaitement équilibré
Une lecture intense, édifiante, particulièrement réussie.
NB : une carte en fin d’ouvrage, permet de situer les principaux lieux évoqués.
Éditions : Liana Levi (5 Février 2026)
ISBN : 979-1034911912
320 pages
Quatrième de couverture
Décembre 2024. À Maameltein, le quartier rouge au nord de Beyrouth, les néons des super night-clubs ne brillent plus comme avant. Seul le Paradise ignore la crise, avec son décor kitsch, son champagne hors de prix et ses danseuses qui escortent les clients dans l’hôtel attenant. Lorsque l’une d’entre elles, une jeune Ukrainienne, disparaît, Marwan Khalil, ancien flic reconverti en détective privé, est chargé de la retrouver. La disparition d’une prostituée étrangère n’intéresse pas grand monde, mais pour Marwan, les disparus, c’est sacré. Ça le renvoie à ses copains miliciens évaporés pendant la guerre, et à celles et ceux qui ne sont jamais ressortis des geôles syriennes. Et dans le monde de la nuit, plus encore que dans le reste du pays, le silence fait loi et tous les coups sont permis.
16:52 Publié dans 01. polars francophones | Lien permanent | Commentaires (0) |
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