03/02/2026
Obsessions, d'Emilie Chani
Ce roman s’inscrit dans deux temporalités.
Dans les années 80 avec Nina, que l’on voit grandir dans un foyer dysfonctionnel. À l’adolescence, les problèmes continuent, elle n’a pas un quotidien calme. Elle se protège comme elle peut en se forgeant une carapace. On s’interroge sur son devenir d’adulte. Quelqu’un lui tendra-t-il la main ? Sera-t-elle aimée ? Aimera-t-elle ? Sera-t-elle heureuse ou ce passé difficile l’empêchera-t-il de s’épanouir ? Comment s’est-elle construite ? On se doute que tout cela aura laissé des traces. Sera-t-elle assez forte pour cicatriser et vivre avec ses fragilités ? Avancer sereinement ?
1995, le commandant Victor Dufresne doit mener l’enquête. Un corps a été retrouvé. Des détails indiquent que l’auteur du crime a pris le temps de mettre en scène ce qu’il a fait. Pourquoi ? Cherche-t-il à faire passer un message ? Mais si c’est le cas, qui pourrait le comprendre ? Victor cherche des éléments pouvant l’éclairer, il est totalement obsédé par cette affaire. Veuf, il a du temps, ressasse souvent son passé, c’est un homme rongé mais bosseur. Il ne lâche pas même si ses collègues ont du mal à le suivre, ne voyant pas les mêmes éléments que lui. Il est impressionnant dans sa façon de raisonner, de reprendre ce qui pour lui, s’apparente à un indice en creusant encore et encore.
Emilie Chani installe une atmosphère où tous nos sens sont sollicités. Elle place son intrigue dans des périodes avec un contexte qu’elle maîtrise parfaitement, sans fausse note. Elle a dû se documenter pour que tout soit parfaitement crédible. D’ailleurs, pourquoi a-t-elle choisi ces dates-là ? Une fois son décor bien amené, elle explore avec finesse les relations humaines. Elle montre l’influence, la manipulation, le poids du passé, les mensonges qu’on finit par assimiler à des vérités. Elle présente des personnages qui « jouent » avec les autres, parfois tirant les fils comme pour une marionnette. Une question se pose également : qu’est-ce que l’amour ? Jusqu’où peut-on aller par amour ? Et quels sont les ingrédients d’une vraie amitié ?
Une grande part du texte est dédiée à la psychologie des personnages, à leurs actes et aux raisons qui les poussent à agir. Un être devient-il méchant à cause de ce qu’il a subi ou le mal l’habitait-il déjà ? Pourquoi veut-on se venger ? En retire-t-on du bien être ? Quand s’arrêter et pourquoi ?
Les chapitres courts et l’écriture incisive maintiennent un bon rythme. Le style est posé, assez avec des détails pertinents, offrant un aperçu très visuel (une adaptation en film serait une excellente idée). Je me suis attachée à Victor, à son mal-être. Je l’ai suivi dans ses investigations et j’ai trouvé son évolution intéressante. C’est un homme à fleur de peau, je pense que c’est pour cela qu’il comprend les gens comme lui.
L’autrice construit son histoire à la manière d’un puzzle, dont les pièces ne sont pas toutes à notre disposition dès le départ. Cela nous emmène sur des chemins de traverse ou plusieurs hypothèses sont possibles (même si on a une petite idée), elle n’oublie pas d’en retourner quelques-unes pour qu’on ait seulement la face cachée à disposition. C’est très bien fait !
Un premier titre prometteur !
Éditions : Taurnada (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2372581752
256 pages
Quatrième de couverture
1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…
22:45 Publié dans 01. polars francophones | Lien permanent | Commentaires (0) |
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