06/02/2026
Aurore, de Nicolas Leclerc
Veuve, Astrid vit seule, à soixante quinze ans, assez loin du village, dans sa maison. Elle sculpte sur bois et a des commandes pour des églises voisines, dans le Jura. C’est un art qu’elle maîtrise, où elle s’épanouit et qui lui plaît. Elle le dit : « Créer, ce n’est pas reproduire, c’est interpréter. »
Elle a une fille, Mélanie, vétérinaire rurale, dévouée, débordée et mère d’Ewan, grand adolescent, qu’elle élève en solo.
Le père de Mélanie est décédé alors qu’elle avait dix ans et qu’elle était avec lui. Elle porte une certaine culpabilité (même si elle n’y est pour rien), et, inconsciemment, sa mère lui en veut. Les relations entre les deux femmes sont compliquées, tendues. Elles ont du mal à montrer leurs sentiments et donnent l’impression de se détester. D’ailleurs elles se font des reproches, n’arrivent pas à dialoguer. Astrid n’a jamais su être mère, la faute à son lourd passé et aux barrières qu’elle a érigées.
Et un jour, un AVC terrasse Astrid. À l’hôpital, elle est odieuse avec tout le monde, sa fille, les soignants… Elle veut rentrer chez elle, qu’on la laisse en paix mais son autonomie n’est pas suffisante. Personne ne sait comment « la prendre », la calmer. Seule Aurore, l’aide à domicile de sa voisine de chambre qu’elle visite quotidiennement, attire ses bonnes grâces. Attentionnée, agréable, douce, elle a tout pour plaire. Elle est disponible. Elle viendra aider Astrid à La Chaumoz. Cette dernière est prête, prête à accepter fauteuil, déambulateur, soutien, tout ce qui la révolte, pourvu qu’elle rentre chez elle. Alors, c’est un bon compromis, la mère sera accompagnée chaque jour pour les tâches les plus difficiles, elle n’aura pas sa fille sur le dos et, et celle-ci, à la limite du burn out, pourra bosser. Tout le monde est satisfait !
Aurore et Astrid s’entendent bien. Fille et mère sont soulagées dans un premier temps. Et puis, Mélanie trouve que cette assistante de vie prend un peu trop ses aises, elle essaie d’en parler mais elle est remise à sa place. Qui est là pour soutenir la malade ? Ce n’est pas elle, alors qu’elle lâche un peu du lest et ne cherche pas la petite bête.
J’ai senti la tension monter au fil des pages. Mon ventre se nouait, mes poings se serraient. L’auteur décrit avec précision chaque étape du rapprochement entre les deux femmes. On ne cerne pas immédiatement quelles vont être les conséquences. Les phrases, parfois courtes, nous percutent, d’abord avec des faits d’apparence anodines, puis avec les ressentis, les questions, les doutes qui s’installent. Mais comment faire lorsque les preuves vous échappent ou peuvent être remises en cause ?
Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été scotchée par son roman. D’abord, il décrit très bien la vie d’un vétérinaire de campagne (il s’est beaucoup documenté et tout ce qu’il présente est crédible), ensuite il installe une atmosphère familiale réaliste quelle que soit la génération évoquée. L’évolution de l’histoire est parfaitement pensée. Il montre les failles de chaque personnage, l’impulsivité de l’un, la colère d’un autre, l’orgueil qui bloque les contacts … C’est abouti et sans temps mort.
Un roman prenant, une lecture en apnée, tout ce que j’aime chez un excellent thriller !
Éditions : du Seuil (6 Février 2026)
ISBN : 9782021590371
446 pages
Quatrième de couverture
À la suite d’un AVC qui la laisse paralysée du côté droit, Astrid, 75 ans, n’est plus capable de vivre seule dans sa maison isolée en pleine forêt jurassienne. Elle refuse de quitter son havre de paix malgré l’insistance de sa fille Mélanie, vétérinaire rurale au bord du burn out. Elles parviennent à un compromis en embauchant Aurore, une jeune aide à domicile timide et dévouée. Mélanie est vraiment soulagée. Mais très vite quelque chose cloche sérieusement. Qui est Aurore ?
16:50 Publié dans 01. polars francophones | Lien permanent | Commentaires (0) |
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