11/04/2026
L'assassin de Pigalle, de Gabriel Katz
Paris, 1945, une ville libérée mais blessée, fatiguée, lasse. Des stigmates qui ne permettent pas de tourner la page, de se dire que tout est fini. Les habitants, eux, essaient d’oublier, d’avancer…
Pigalle, un quartier à peine propre, un hôtel quelconque, un cadavre dans une chambre saccagée. La police arrive sur place, personne n’est sorti donc l’assassin est encore dans les murs. Max Weber, un flic d’une trentaine d’années mais qui fait plus vieux vu ce qu’il a vécu à la guerre, découvre un homme prostré dans les WC, une arme à ses pieds. Sans résistance, il se laisse arrêter. Il s’appelle Mendel Jankovic.
Il parle peu, à part pour donner son nom, montrer son bras tatoué, dire qu’il était à Auschwitz et qu’il a tué Antoine Moray parce que c’était un ancien de la Carlingue, la Guestapo française, qui lui a volé des œuvres d’art. Parmi eux, des truands, des ex policiers, des faux jetons qui jouent double jeu… Sur ce point, l’auteur s’est remarquablement documenté car il évoque des faits, des individus ayant existé et parfaitement en phase avec le contexte qu’il décrit.
Les supérieurs de Max aimeraient classer l’affaire, ils ont d’autres choses plus importantes à gérer. Lui, il en discute avec Augustine Derval, l’avocate commis d’office. Oui, l’ancien déporté a supprimé un homme mais ce dernier aurait dû être arrêté pour ses exactions… Alors, est-ce qu’il doit être guillotiné pour son acte ? N’a-t-il pas eu sa dose de souffrance ? Le défendre, prouver que Moray était une « ordure », c’est offrir à Mendel un vrai procès avec, peut-être, au bout, la paix et la tranquillité….
Le flic et l’avocate finissent par se comprendre. Il cherchera les preuves des méfaits de Moray, elle montera le dossier. Mais ils dérangent ! Certains n’ont pas envie de voir ressortir le passé, quelques-uns ont changé de vie, se sont fait discrets et préfèrent qu’on ne reparle plus de ce qui a été. Mais ce n’est pas si loin, pas enterré du tout… On ne peut pas toujours se cacher …
Max n’a pas de méthodes traditionnelles, il se sert de son expérience, il ne pense pas aux « normes », aux codes, aux règles à appliquer. Il agit à l’instinct, quitte à déformer la vérité pour obtenir des informations, il est pugnace, un peu asocial (ses parents sont partis vivre loin, il est installé dans le vieil appartement comme s’il allait le quitter…). Il a un caractère mi ombre/ mi lumière, très intéressant. Il n’est pas toujours à l’aise avec sa profession….
« Il ne l’aurait pas cru, mais la guerre, c’était plus simple. Selon la couleur de l’uniforme, on tire ou on ne tire pas. La police, c’est autre chose, une espèce de flou, un monde sans repères. Une pièce de théâtre un peu surjouée, où les rôles ne sont jamais très bien définis.
Dans les deux cas, on ne peut tourner le dos à personne. »
Angélique a un fort tempérament, elle veut imposer son rôle d’avocate au milieu de « mâles » qui la toisent, qui se moquent parfois. Max a besoin de ses compétences et ils se soutiennent.
Le roman alterne les chapitres où l’on suit l’enquête délicate de Max Weber d’une part et de l’autre, Antoine Moray qui explique sa vie, ses choix, comment il a agi et pourquoi.
J’ai trouvé l’alternance des deux points de vue captivante. Non seulement parce que l’auteur s’est mis dans « la peau » de Moray, adoptant son phrasé, ses pensées mais parce que ça se complète très bien et ça offre un autre regard, une autre ouverture, une autre analyse des événements.
L’écriture de Gabriel Katz est sobre, mais en quelques mots, il plante une atmosphère qu’on ressent vraiment. C’est très visuel, on a une « photographie » des lieux, des gens, des échanges, on est dedans tout de suite. Le côté historique est bien développé mais ne casse pas le rythme par des descriptions trop détaillées. C’est parfaitement dosé. C’est un récit marquant, parce qu’il parle de notre pays, de certains côtés dont je n’avais pas vraiment (honte à moi) entendus parler. J’ai énormément apprécié cette lecture !
Éditions : City Edition (8 Avril 2026)
ISBN : 978-2824625782
320 pages
Quatrième de couverture
Paris, 1945. Alors que la guerre vient tout juste de se terminer, un cadavre est découvert dans un hôtel borgne de Pigalle. L’assassin, arrêté sur les lieux, est un vagabond, dont la dernière adresse était le camp d’Auschwitz.
L’homme qu’il a tué d’une balle dans la tête était un antiquaire véreux, un petit escroc sans envergure qui aurait été membre de « la Carlingue », la Gestapo française. C’est en tout cas ce que son assassin affirme. Mais rien ne le prouve, si ce n’est sa parole…
L’affaire est confiée à Max Weber, un flic désabusé que sa hiérarchie pousse à classer l’affaire.
23:19 Publié dans 01. polars francophones | Lien permanent | Commentaires (0) |
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