29/03/2026
Les larmes d'Isabela, de Gérard Coquet
« Ici, les hommes n’ont ni passé ni avenir. Ils survivent juste, en attendant quelque chose qui ne vient jamais. »
1946, l’Espagne, le franquisme. Ceux qui adhèrent et y croient, ceux qui les combattent. Un raccourci ? Oui, car rien n’est jamais blanc ou noir, ce roman est là pour nous le rappeler.
Tout débute à Madrid, où des documents secrets et importants changent de main. Non sans dégâts, un blessé grave qu’un docteur et Lucía viennent soigner discrètement. On fait alors connaissance avec cette jeune femme rebelle, intelligente, déterminée et le plus souvent, prête à tout. Suite à ça, la police mène l’enquête. Ils sont plusieurs dont Ramón Gutiérrez à qui on confie l’essentiel des recherches. Il ne comprend pas pourquoi lui, ce n’est pas sa spécialité. Quelque chose lui échappe et déjà le lecteur sent le poids des non-dits. On lui adjoint deux brutes épaisses, du style « je cogne et je réfléchis après, je torture pour avoir une réponse… » et il arrive à imposer un petit jeune qui lui semble dégourdi pour l’aider dans ses démarches.
Il est plutôt adepte des méthodes où on observe, on discute, voire on fait des compromis. Rien à voir avec ce que pensent ceux qui bossent avec lui. Donc pas facile. Et puis, au-dessus, sa hiérarchie demande des comptes. Il veut prendre le temps, les seconds non. Leurs façons de fonctionner se heurtent et chacun avance ses pions, espérant faire mieux que l’autre. La communication s’en ressent et c’est plus compliqué pour progresser.
Ce récit offre plusieurs points de vue, ceux qui investiguent, ceux qui fuient, ceux qui se cachent, ceux qui manipulent etc et les réactions des uns et des autres. Dans les luttes de pouvoir, on comprend vite que beaucoup ont une part d’ombre, qu’il est difficile d’éviter la violence pour obtenir des résultats. J’ai trouvé cet aspect du texte très pertinent, cette ambivalence entre le bien et le mal… Au nom de la liberté, peut-on tout se permettre ?
Les personnages sont intéressants, il y a de très beaux portraits de femmes. Ce qui est encore plus captivant, c’est de voir leur évolution au fil des événements. Comment les faits peuvent changer leurs perceptions. Santiago m’a plu. Finalement, il s’adapte quand il n’a pas le choix, il ne reste pas trop à ressasser, c’est bien et c’est ce qui l’aide à tenir dans les moments plus difficiles. Il a une force de résilience hors du commun.
Je n’ai jamais été perdue et je n’ai ressenti aucune longueur. J’ai apprécié que certains protagonistes aient une part plus fragile, cela les rend d’autant plus humains. Il y a du rythme, tout s’enchaîne. L’écriture de l’auteur est fluide, prenante. J’ai lu d’autres titres de lui et il a vraiment sur se renouveler.
Je pense que, pour écrire ce livre, il s’est beaucoup documenté. Il évoque Francisco de Quevedo, un poète, que je ne connaissais pas et cela m’a donné envie de le lire ainsi que l’histoire du franquisme. Il parle également d’Isabela que j’ai pu découvrir et ainsi comprendre le titre. Cela m’a fait froid dans le dos d’ailleurs…
Un texte abouti et une belle réussite !
Éditions : M + (19 Mars 2026)
ISBN : 978-2382113400
390 pages
Quatrième de couverture
1946. De Madrid aux quais de Lisbonne, une traque implacable entraîne des hommes et des femmes en fuite vers l’inconnu. Dans l’ombre des dictatures et des prisons, certains survivent, d’autres disparaissent. Tous portent en eux des blessures que rien n’efface. Au fil des exils, les voix se croisent : celle de Santiago, résistant traqué, de Doña Eva, figure ambiguë de Lisbonne, de Lucía, jeune femme téméraire. De Sisa et de sa folie. Entre fidélité et trahison, désir et vengeance, chacun affronte la part d’ombre qui le poursuit.
22:41 Publié dans 01. polars francophones | Lien permanent | Commentaires (0) |
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