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13/02/2015

Cette nuit-là, de Chevy Stevens

cette_nuit_la2.jpgUne chronique de Jacques.

La descente aux enfers d’une adolescente rebelle

L’expression Adolescente rebelle pourrait être considéré par certains comme un pléonasme. Encore faudrait-il s’entendre sur la nature de la rébellion : jusqu’où va celle de Tonie, la jeune héroïne de ce roman ?

Après SéquestréeIl coule aussi dans tes veines et Des yeux dans la nuit, Cette nuit-là est le quatrième roman de l’auteure canadienne Chevy Stevens, qui s’est taillée en quelques années une solide réputation dans le monde du thriller. Comme dans ses précédents romans, celui-ci tire vers le polar puisqu’il s’agit, là encore, de trouver le ou les coupables de plusieurs meurtres, le suspense portant –comme pour les trois premiers– sur la situation de la narratrice, sur laquelle pèse, d’un bout à l’autre du livre, différents dangers... parfois mortels.

Le thème principal est très classique : une innocente injustement accusée de meurtre va découvrir au fil des chapitres le véritable coupable, ainsi que ses motivations. De Patricia MacDonald jusqu’à Kishwar Desai, en passant par Pierre Lemaitre, nombreux sont les auteurs qui ont utilisé (avec plus ou moins de bonheur) ce ressort dramatique. L’originalité de ce roman se situe donc ailleurs. Plus précisément, dans la description et l’analyse de la personnalité de Tonie, la jeune fille de dix-huit ans accusée avec son ami Ryan de l’assassinat de sa sœur Nicole,  reconnue coupable puis expédiée en prison d’où elle va ressortir seize ans plus tard.

Chevy Stevens semble s’être spécialisée dans l’analyse des rapports mères-filles difficultueux et parfois même explosifs, puisque ce thème se retrouve dans ses quatre romans, parfois vu côté mère ou d’autres fois, comme ici, côté fille, ce qui ne manquera pas d’intéresser les lectrices qui sont mères d’une adolescente rebelle (il semble que ça existe). Cette rébellion atteint parfois ici les limites du supportable, en tout cas si on adopte le point de vue de la mère de Tonie.  Mais comment s’est-elle formée ? La mère est-elle à l’abri de tout reproche ? La préférence qu’elle manifeste pour Nicole, qui semble être une petite fille modèle admirée de tous, aussi sage et studieuse que Tonie est hors système, n’est-elle pas à l’origine de la révolte de celle-ci ? D’ailleurs, Nicole était-elle vraiment ce qu’elle paraissait être ? Qu’a-t-elle fait qui pourrait expliquer sa mort ?

La construction non linéaire du récit permet de suivre Tonie à différentes époques de sa vie, et de mieux comprendre son évolution psychologique dans sa famille, au lycée, avec Ryan, son premier et unique amour, puis lorsqu’elle est libérée. Les chapitres alternent entre sa vie en prison, les évènements qui ont conduit au meurtre de sa sœur et la période de sa libération conditionnelle pendant laquelle elle tente – poussée par Ryan qu’elle a retrouvé – de comprendre ce qui a pu se passer le soir du drame.

La construction plutôt habile du roman permet à l’auteur de distiller savamment le suspense, d’abord dans des scènes de persécutions que quelques lycéennes font subir à la narratrice, puis dans prison où elle se trouve physiquement en danger, enfin hors de prison quand elle est menacée de  voir sa libération conditionnelle supprimée. D’un bout à l’autre du livre, la tension est constante et le suspense domine  l’intrigue policière, qui n’est visiblement pas l’objectif essentiel du livre.

Ce suspense psychologique plaisant et bien construit, plus proche de Patricia MacDonald que de Patricia Highsmith quant à l’écriture, devrait accrocher ceux qui ont aimé les premiers romans de Chevy Stevens, ainsi que les nombreux lecteurs fans de ce genre.

 Jacques, lectures et chroniques

 

A lire : la chronique de Paul Maugendre sur Cette nuit-là.

Chevy Stevens
Cette nuit-là
Éditions l’Archipel (4 février 2015)
400 pages