26.02.2012

La Maison des tocards, de Mick Herron (chronique 1)

maison-des-tocards.jpgUne chronique d'oncle Paul

 Le Placard, c’est un petit immeuble de deux étages coincé entre un marchand de journaux, épicier et marchand de vin et un restaurant chinois, dans un quartier déshérité de Londres. C’est un endroit où sont relégués des agents du MI5 ayant failli au cours d’une mission qui leur a été confié, ou pour une raison liée à un défaut incompatible avec leur travail d’agent secret.

 Ainsi River Cartwright, qui était promis à un bel avenir et comptait bien grimper les échelons plus rapidement qu’un singe à un cocotier, a lamentablement échoué lors d’un exercice antiterroriste dans le métro londonien. Une histoire de couleurs vestimentaires, une erreur qu’il attribue à son ami James Webb, alias Spider, lequel aurait interverti lors de la présentation de sa mission le bleu et le blanc d’une chemise et d’un tee-shirt. Une méprise qui se solde par quelques morts, une centaine de blessés, trente millions de livres de dégâts et surtout deux milliards et demi de livres perdus pour le tourisme. Et il semblerait bien que ce soit cette dernière donnée qui transforma une bourde en un fiasco.

Tout est fictif, mais quand même. Donc James Webb était son ami huit mois auparavant, depuis il ne l’a pas revu, River est au rancard et Spider toujours à Regent’s Street. Et encore il paraitrait que River ait eu de la chance en possédant un grand-père influent, sinon, c’était la porte, descente des escaliers sur les fesses sans tapis rouge.

 Le patron des Tocards, Jackson Lamb, n’a rien d’un agneau mais serait plutôt un lion rugissant dans sa tanière. Théoriquement les Tocards ne sont là que pour brasser des papiers, relever des indices, fouiller sur Internet les messages émanant, ou susceptibles d’émaner, de groupuscules terroristes. C’est ainsi que River est chargé de récupérer la poubelle d’un journaliste grenouillant dans les milieux fascistes, et que sa collègue Sid doit procéder à un échange de clé USB. En effet Robert Hobden, la cible, possède ses habitudes. Tous les matins il se rend dans le même café et afin de pouvoir s’adonner à la lecture de sa pile de journaux, auxquels il a collaboré dans le temps, il dépose sur la table ses affaires personnelles, dont la clé USB qui est attachée à un porte-clefs.

 Tandis que River se bat avec les détritus à la recherche d’il ne sait quoi, Sid opère la substitution avec brio. Il ne reste plus à River qu’à convoyer dans une mallette sécurisée la fameuse clé, mais comme c’est un petit fouineur, il ouvre l’attaché-case, ce qui lui endommage la main gauche. Et tout ça pour des fichiers qui sont des déclinaisons de chiffres à l’infini. Il remet toutefois la mallette à James Webb, dans l’antre du MI5, qui est dirigée par Diana Taverner, alias Lady Di, en remplacement de sa chef partie en déplacement aux Etats-Unis.

 Entre Lamb et Taverner, c’est un peu la guerre froide des services, les rebuts et le gratin. Un matin tout les reclus ou presque de la maison des Tocards, tous sont agglutinés devant l’écran d’un ordinateur sur lequel passe en boucle une vidéo montrant un jeune homme cagoulé tenant dans les mains le journal du jour. De quoi alimenter les conversations, et aviver un peu plus les rancunes entre Lamb et Taverner. Il faut délivrer cet homme et pour Lamb et ses sous-fifres, y arriver avant les officiels du MI5.

Oui, mais voilà, comme dans tous bons services organisés, les fuites se produisent, et les coups bas pleuvent. Comme si dans la nuit les supposés alliés se battaient entre eux en se trompant d’ennemis.

 Débutant un peu comme une histoire dans laquelle Max la menace aurait le beau rôle (Je rappelle pour les non-initiés que cette série américaine créée par Mel Brooks et Buck Henry et composée de 138 épisodes diffusés en France sur la deuxième chaîne de l’ORTF à partir de 1968, est régulièrement rediffusée sur les nouvelles chaînes et dernièrement sur Arte, ce qui démontre la haute teneur de ces petits films humoristiques et déjantés), ce roman pourrait aussi s’inspirer des œuvres de Peter Cheney lorsqu’il s’adonna au genre de l’espionnage (Héros de l’ombre, Sombre interlude, Duel dans l’ombre) les boissons alcoolisées en moins. Voire Graham Greene qui flirta avec le genre dans Le Ministère de la peur, L’Agent secret, et quelques autres ou encore Somerset Maugham avec Mr Ashenden, agent secret. En effet un léger humour se dégage, surtout dans les dialogues, subtilement, sans vraiment être poussé, afin de laisser une chance aux Tocards de se réhabiliter et ne pas tomber dans la parodie, mais suffisamment noir et machiavélique pour entretenir le suspense de façon prégnante. Pas vraiment roman d’espionnage, d’ailleurs il n’est pas annoncé comme tel, il s’inscrit plus dans un roman noir, mettant en scène une sorte de guerre des services, et le côté policier réside dans l’enlèvement d’un jeune Pakistanais vivant en Grande Bretagne, dont les jours sont comptés selon les ravisseurs, jouant sur les multiples facettes de la manipulation et pointant d’un doigt mollement tendu la résurgence (mais y-a-t-il eu véritablement un début de disparition) de l’extrême-droite et du racisme.

 De l’échec considéré comme un des beaux-arts, aurait pu être le sous-titre de ce roman, qui parfois m’a semblé toutefois un peu longuet par moments.

 Paul (Les lectures de l'oncle Paul)

  A lire : la chronique de Bruno sur ce roman.

La Maison des tocards
Mick HERRON
Slow horses – 2010. Trad. de Samuel Sfez.
Collection Sang d’encre.
Editions Presses da la Cité.
382 pages. 21€.

 

Le chuchoteur, de Donato Carrisi (chronique 2)

lechuchoteur.jpgUne chronique d’Astrid

CHUT, je vais vous raconter une histoire, celle d’un chuchotement à vous donner envie d’être sourd. Ecrit par Donato CARRISI, célèbre et jeune auteur italien, « Le chuchoteur »  ne tend pas l’oreille à la Dolce Vita. Pas de pont des soupirs ou de comtesses vénitiennes chez CARRISI, nous ne sommes pas dans un polar de DONNA LEON.

 « Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. ». En charge de l’enquête, Goran Gavilla célèbre criminologue et son équipe d’experts. Pour les besoins de l’investigation, l’équipe de Gavilla se renforce d’une nouvelle recrue : Milla Vasquez, spécialiste des affaires d’enlèvement d’enfants. Milla Vasquez sait tout de ce qui anime l’âme trouble des pédophiles, notamment ceux qui séquestrent. Professionnelle, solitaire,  Milla est aussi celle  qui s’automutile pour trouver les chemins de son cœur, un cœur  que la vision de tant d’horreurs a mis à l’épreuve. Rien de sexy chez notre enquêtrice, pas de boucles brunes en cascade sur les épaules, mais un blouson en cuir trop grand pour cacher une féminité mal assumée.

Pas de brushing, ni de costume croisé  non plus pour Goran Gavilla. Lourde silhouette harassée de tourments, il  n’a qu’une vocation : faire des tueurs en série ses frères de sang afin de mieux les trouver. Théoricien du serial killer, il connait les mécanismes de ces êtres qui restaurent leur égo en massacrant des proies déterminées par leurs névroses.

Nos deux héros inclassables, inaptes au bonheur, n’auront qu’une obsession : trouver ce tueur de fillettes ; fillettes dont on apprend qu’elles sont aussi les enfants uniques de couples de la classe moyenne, dont il assassine également tout espoir. Double homicide pour le tueur fou. Redoutablement intelligent, il  mènera  nos enquêteurs dans les dédales de sa folie manipulatrice. Mais que veut vraiment celui qu’ils baptisent ALBERT ? Que cachent ses tours et détours dignes d’un Houdini du crime ?

Donato CARRISI a remporté de nombreuses distinctions avec ce thriller littéraire et on comprend pourquoi. Très précisément documenté, le chuchoteur restitue une atmosphère irrespirable propre aux grands polars, sans pour autant en réinventer les codes. Ecriture musclée, personnages à la Docteur Jekyll et Mister Hyde, le chuchoteur est une plongée dans le cerveau de ces hommes que toute empathie à quitter. La grande intelligence de l’auteur est de nous faire comprendre que, à contrario de ce que nous montre le cinéma, ces tueurs en série sont des êtres humains au même titre que nous tous et que l’erreur est justement de les faire passer pour des monstres. En les voyants tels qu’ils ne sont pas, nous les éloignons de nous, leur laissant ainsi le champ libre pour ce qui leur est vital : ôter la vie.

Je recommande la lecture de ce polar, même s’il peine dans les cent dernières pages à trouver son dénouement. Dénouement en feu d’artifice macabre à l’issue duquel j’ai fermé ma porte à double tour.

Amatrices et amateurs du noir, bienvenue dans l’esprit du chuchoteur  « Quand on tue des enfants,  Dieu se tait et le diable murmure… »

Astrid Manfredi

A lire : la chronique de Christophe sur ce roman.

Titre : le chuchoteur
Auteur : Donato Carrisi
Traduit de l’italien par : Anais Bokobza
Nombre de pages : 569
Editeur : Calmann-Lévy, 2010, pour la traduction française

Présentation de l’éditeur

Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis le début de l’enquête, le criminologue Goran Gavilla et son équipe ont l’impression d’être manipulés. Chaque découvert macabre les oriente vers un assassin différent. Lorsqu’ils découvrent un sixième bras, appartenant à une victime inconnue, ils appellent en renfort Milla Vasquez, experte en affaires d’enlèvement. Dans le huit clos d’un appartement, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire…

Un époustouflant thriller littéraire, inspiré de faits réels.

 

Rien qu'une belle perdue, d'Eric Fouassier (chronique 2)

rien_qu_une_belle_perdue.jpgUne chronique de Paco.


Le lecteur aborde ce roman noir sous une averse diluvienne en arpentant des rues peu éclairées, en marchant dans de nombreuses flaques d'eau disséminées un peu partout devant ses pieds trempés. Nous sommes dans la région de Strasbourg, et il pleut continuellement. Un tableau chargé de grisaille, des tons qui varient entre le gris du ciel et le noir de la nuit. Un déluge qui ne s'arrêtera qu'après la dernière page tournée - et encore, nous ne sommes plus là pour le constater. Une atmosphère sombre et lugubre qui nous annonce dès le départ que nous n'allons pas découvrir que des faits réjouissants.

Eric Fouassier, auteur que je découvre, semble apprécier ce climat obscur, ce milieu ténébreux dans lequel il nous plonge sans trop de difficulté. Un théâtre cafardeux, chargé de mélancolie, d'amertume et de morosité, sur un fond de blues.

A l'image du personnage principal, un flic répondant au nom de Gaspard Cloux. Cet homme, qui a décidé de quitter le fameux Quai des Orfèvres, à Paris, pour venir combattre le crime dans la capitale du Gewürztraminer, n'a pas vraiment eu la vie facile ces dernières années. Sa femme Clara est morte dans un accident de voiture, voilà cinq ans, et il s'en sent toujours un peu responsable. Il a décidé de récupérer sa fille Estelle, 8 ans, qui vivait chez ses grands-parents suite au drame, et ainsi d'assumer pleinement son rôle de père.

L'auteur, par les paroles de Gaspard - notre narrateur - arrive à nous agripper rapidement, à nous sensibiliser, et nous nous sentons très vite proche de ce flic, père inconsolable qui doit finalement accepter la vie comme elle vient et endosser malgré le chagrin son rôle de père, sa tâche de protecteur, finalement de l'aimer, d'être présent et de la soutenir dans les moments difficile. Un pari ardu pour ce flic qui est bien pris par son travail!

Eric Fouassier nous dépeint un flic anéanti par la vie qui ne l'a pas vraiment préservé, un flic passablement solitaire, tel un fin limier privé qui nous rappelle franchement le détective américain des années 40-50 - ambiance noire, la pluie, la tournée des bars glauques et sinistres à la recherche d'éléments et de personnes, le sexe, les femmes, LA femme fatale dans toute sa splendeur - tout ceci refondus et remaniés à la sauce française et contemporaine. Un flic "boosté" ou même consolé par la musique, plus précisément par le blues, style bien mélancolique et nostalgique orchestré par le chanteur et guitariste Paul Personne.

"Un soir qu'elle montait sur les planches/L'beau sax l'a prise par les hanches/Alors la mort est entrée dans les bars/Et tous, on baissait les yeux pour pas la voir/Elle voulait juste qu'on lui serve un coup... pour voir/Puis elle s'est dit: R'partons pas les mains vides/Elle emporta Célia avant qu'elle fasse un bide" Paul Personne, Célia. 

Gaspard Cloux, une jambe dans le plâtre et cloué sur une chaise derrière la fenêtre de son appartement, nous raconte sa dernière enquête qui l'a touchée jusqu'au plus profond de l'âme. Une enquête douloureuse, durant laquelle des choix difficiles se sont avérés erronés, déraisonnables, voir parfois imprudents. Gaspard Cloux semble être conscient que ses actes n'étaient pas des plus judicieux, mais il ne paraît pas maîtriser la situation. Telle une destinée écrite d'avance, comme si une puissance avait déjà réglé le cours des choses. Aurait-il pu éviter de passer à côté d'indices dissimulés à droite ou à gauche, aurait-il manqué d'assiduité en déambulant dans les décors qui défilent lors de ses investigations? Voilà les questions qu'il se pose une fois l'enquête désormais derrière lui.

Tout commence comme l'effet d'une boule de neige. Deux ados en scooter décèdent lors d'une course-poursuite avec la police. Les journalistes font dans le mélo, les parents témoignent, les flics sont tous des racistes, pour une partie de la population, c'est tout simplement inadmissible. S'ensuit des révoltes, de la casse, la ville est prise d'assaut par des petites frappes en manque de sensations fortes. Les véhicules, les bâtiments sont incendiés au quatre coins de la cité. Suite à ce carnage, un cadavre carbonisé est découvert dans le coffre d'une voiture, dans un parking désaffecté.

Mal à l'aise, Gaspard Cloux ne la sent pas du tout cette affaire. La découverte de ce cadavre sera la naissance d'une intrigue qui va le diriger vers un cruel réseau "mafieux" - profitant probablement au gratin de la société - dans lequel nous serons confrontés à la drogue et sa déchéance, à la prostitution, à des sévices abominables mais aussi à la mort. Notre homme va se retrouver face à son supérieur hiérarchique, le commissaire Bersateguy, qui va le mettre en garde et lui conseiller de ne pas trop toucher à la sphère politique. Mais bon, notre flic n'en a franchement rien à foutre, quitte à froisser les états d'âme de ses supérieurs. Ce flic malin, droit et intuitif va aller droit au but, soit mener son enquête quoique il arrive. 

Les pièces du puzzle vont s'emboîter petit à petit et le commandant Gaspard Cloux, lors de cette enquête devenant de plus en plus inquiétante et préoccupante, va découvrir malgré lui l'image qui résulte de ce casse-tête macabre. Un constat désolant qui va lui éclater au visage et qui va le casser à petit feux, voir le toucher au plus profond de son cœur. Tenant une plume débordante de machiavélisme et de calculs impitoyables, Eric Fouassier, œuvrant méchamment dans le très noir, va ouvrir une trappe sous les pieds de notre flic qui n'aura pas d'autre choix que de basculer dans un précipice jonché d'incertitudes, de désolations, de traîtrises et de peines... Trouvera-t-il les aspérités nécessaires pour remonter à la surface et ainsi affronter cette puissante machination diabolique?

Un roman à l'écriture fluide et efficace, une tension constante qui nous prends très rapidement sans plus nous lâcher, une course contre la montre qui finit immanquablement vers une autre, un dénouement aussi dur, sévère et féroce qu'on puisse imaginer. Bref, Eric Fouassier a réussi à me charmer par cette intrigue bien conçue, par le personnage principal qui m'a touché, et surtout par les tripes qu'il a réussi à me retourner!

Bonne lecture.  

Paco

A lire : la chronique d’Oncle Paul sur ce roman.

 

Eric Fouassier
Rien qu'une belle perdue 

Édition Pascal Galodé
 2011
19,90 €

 

Présentation de l'éditeur

Pourtant, j'aurais dû voir venir le truc. Il y a des jours comme ça où tout se nuance de mélancolie. Même les nuages revêtent une teinte particulière. Celle que j'appelle le noir clarinette. Cette obscurité mate et veloutée. Quelque chose d'accablant et d'infiniment doux à la fois. Ce printemps-là, il flottait sans interruption sur la ville. Un temps où il aurait mieux valu rester chez soi, à se laisser bercer par le tempo usé de la pluie. Mais il y a eu le cadavre de cet obscur musicien retrouvé dans le coffre d'une voiture. Et je me suis retrouvé englué dans un drôle de bourbier, à patauger sur la piste d'une ancienne actrice de porno sauvagement assassinée, d'un mystérieux réseau de prostitution, d'une valise bourrée de drogue et d'un tandem de tueurs sadiques. Ça faisait beaucoup pour un seul homme ! Et puis, comme si tout ça ne suffisait pas, Flo est revenue faire trois petits tours dans mon existence. A partir de là, j'ai perdu le fil... Mais j'imagine que ce temps sinistre a aussi joué son rôle dans toute cette affaire. Les choses auraient sans doute été différentes si j'avais retrouvé Flo en plein été, avec un soleil étincelant, propre à vous déciller les prunelles. Pour ma part, je sais que l'image que je conserverai d'elle sera celle de son visage sous la pluie, cette fameuse nuit de l'agression, et de son geste furtif de la main au moment où elle disparaissait dans la bruine, comme derrière un rideau de scène…

25.02.2012

Le modèle, Lars Saabye Christensen

le_modele.jpgUne chronique d'Albertine

 Peut-être faut-il aimer le genre « roman psychologique » pour apprécier celui-ci. Ce n’est pas mon cas et donc, ma critique ne visera qu’à éclaircir, à propos du roman de Lars Saaye Christensen, ce qui motive le faible intérêt d’un lecteur comme moi pour ce genre en général  et ce livre en particulier.

 En premier lieu, ce roman est sans histoire, car les évènements, le contexte, les surprises, les attentes, ne sont vus qu’au travers du personnage central, dont il s’agit de nous montrer les réactions. Ils ne constituent pas une véritable matière, tout juste un décor.  Le scénario : Peter, un peintre qui a été connu et reconnu, se retrouve « en panne », en pleine préparation d’une exposition qui doit avoir lieu pour ses cinquante ans ; et il apprend qu’il va perdre la vue. Sa réaction lui fera surtout perdre l’honneur et la vie.  

Reconnaissons que ça et là des situations permettent aux  personnages secondaires de sortir du décor. Il en est ainsi de la scène qui montre l’attaque de la petite fille Kaia par un énorme chien. Il s’agit là d’un évènement qui sollicite divers être humains, et qui donne à voir au travers de leurs actes, à quel point  le destin s’incarne  de singulières façons. La terreur, la déception ;  le courage, la détermination ;  la peur et la honte : trois personnages, trois types de réaction. Le père peintre laissera sa petite fille entre les crocs d’un molosse sans réagir. Nous pourrions plus tard nous rejouer la scène pour y voir un effet de la maladie qui le travaille. Mais nous n’en aurons pas le loisir, car Peter nous donnera ensuite bien des gages de sa capacité à « être rongé » par des affects négatifs (peur, honte) et à se laisser emporter dans un courant de facilités qui l’enfoncent dans la médiocrité.

Bref, il s’agit d’une histoire dont le héros  est parfaitement  médiocre, même s’il aime son métier, sa femme, sa petite fille et son ami Ben le galeriste. Médiocre parce qu’il refuse de laisser advenir la vérité, d’affronter la vie avec le minimum de courage requis pour continuer sa route.

 Histoire d’un héros médiocre ne signifie pas roman médiocre ! Certes, mais il y faut alors suffisamment de plume pour que la trame du récit ne soit pas uniquement destinée à exprimer une évolution psychologique tracée d’avance. Ainsi, dès la page 15, nous savons qu’il va devenir aveugle et que la peur (qui n’évite pas danger !) va conduire sa vie. Comme il se regarde dans un miroir : « …il eut la sensation de sortir du brouillard, de ne rien voir d’autre que lui, là où il se trouvait en cet instant : Peter Wihl, bientôt cinquante ans, d’une journée plus vieux qu’hier et d’une nuit plus jeune que demain. Il n’en distingua pas moins, dans ses yeux, l’empreinte toujours présente de la peur soudaine, de la panique, qui l’avait tétanisé lorsque sa vue s’était brisée durant quelques secondes. ». Le programme est donné et désormais, tout va converger pour nourrir la peur immonde qui l’habite, qui l’autorisera à faire n’importe quoi, hier comme demain !

 L’auteur qui lui, sait où il veut en venir, sème des indices pour indiquer un sens que nous sommes censés décrypter à l’issue de l’histoire. Il en est ainsi de la scène du repas entre amis, dès le début du roman, qui constitue en quelque sorte, le sommaire des intentions de l’auteur.

Nous y apprenons que l’exposition qui a lancé Peter s’intitulait « amputation » : ce mot va devenir emblématique de la fin du parcours du peintre. Mais nous, lecteur, avons vite compris où il voulait en venir, et nous devrons supporter le récit besogneux des états d’âme du héros que l’amputation va rendre définitivement et totalement coupable  bien avant la page 186 et jusqu’au terme du voyage.

Toujours au cours de ce repas, nous allons disposer des clefs qui ouvriront la compréhension de la triste histoire de Ben et de son jeune ami Patrick, dont la mort ne sera précisément qu’une « installation ». Cette histoire secondaire vise  à étoffer les personnages secondaires précisément, pour donner chair au récit linéaire des derniers mois de  la vie de Peter. Elle vise aussi à moquer le milieu de l’art – mais avons-nous besoin de ces démonstrations grandiloquentes pour nous persuader du ridicule des « communicants » et de leur geste artistique ?  

Enfin, l’évocation d’Ibsen, toujours au cours du même repas, et qui courra tout au long du récit vise à nous faire comprendre à quelle hauteur se situe l’intention de l’auteur

 Roman médiocre car convenu, faussement imprévisible, cousu de fil blanc, aux personnages  manipulés tels des marionnettes par  leurs affects. Finalement, le genre « roman psychologique » regroupe peut être tout simplement les mauvais et médiocres romans, ceux que l’on parcourt à toute vitesse pour les terminer lorsqu’on veut en faire la chronique.

 Albertine, 23 février 2012

Le modèle
Lars Saabye Christensen
JC Lattès

 

Présentation de l'éditeur

 

Peter Wihl est un peintre reconnu. Alors qu'il prépare sa prochaine exposition, prévue le jour de ses cinquante ans, Peter est victime d'un malaise. Le diagnostic est imparable : il va devenir aveugle. Catastrophique, cette nouvelle menace l'activité créatrice du peintre, et va réveiller les instincts les plus vils chez cet homme faible et souvent indélicat. Quelles limites morales et éthiques Peter Wihl est-il capable de franchir pour enrayer le mal ? A qui faire confiance ? A Thomas Hammer, l'ophtalmologue au parcours douteux, qui lui promet la guérison ? Peter devra pour cela conclure un pacte démoniaque. Un roman aux accents faustiens.

23.02.2012

Fin de série, de Christian Rauth

fin-de-serie.jpgUne chronique d'oncle Paul

Auteur d’un Poulpe, La Brie ne fait pas le moine, acteur, scénariste, et créateur de séries, Christian Rauth, né le 9 mai 1950, possède plusieurs cordes à son arc. De ses activités comme acteur pour le cinéma on retiendra Rue Barbare ou Omnibus, film dont il est le co-auteur avec Sam Karmann le réalisateur. Pour la télévision, révélé avec Navarro, série pour laquelle il interprète un mulet de Roger Hanin, avec Sam Karmann et Daniel Rialet il créera deux séries : Les Monos avec Daniel Rialet et surtout Père et Maire toujours avec Daniel Rialet. Aussi le monde des tournages, il connait bien et c’est tout naturellement que ce second roman s’inscrit dans le petit monde des séries télévisées.

Lors du tournage d’un épisode de Monti dans les studios de la Capelette à Marseille, une série à succès ayant pour interprète vedette Eddy Ordo, acteur imbu de lui-même et de sa notoriété, la scène 97 vire au drame. Pourtant tout était bien réglé, l’accessoiriste avait tout vérifié, n’empêche que la bavure s’étale en trainées sanglantes autour des deux comédiens qui s’affrontaient en théorie virtuellement mais qui gisent dans les décors préfabriqués. Au tapis Ordo, mais aussi Lucas Kalou, le jeune acteur prometteur mais trop rare. Lucas, selon les premiers renseignements pris et les conclusions hâtives des policiers dirigés par le lieutenant Plume, aurait abattu Ordo puis se serait suicidé. Lucas se serait vengé après les humiliations et vexations subies de la part de la star et dont Ordo était coutumier. Rob Marin, qui tenait le rôle de l’inspecteur Garcia dans la série, n’est pas du tout d’accord et décide d’endosser le personnage de Garcia afin de démontrer que Lucas, son ami et son presque frère, n’était pas le tueur désigné, et de découvrir le véritable coupable. Le dossier est classé trois jours après le meurtre et le pseudo suicide sur les directives de Picot, le directeur national de la police. Le lieutenant Plume n’envisage pas de le rouvrir malgré les insistances de Rob Marin. Mais cet incident a entrainé un dommage collatéral, l’arrêt de la série et la mise sur la touche des acteurs. Rob effectue de nombreux voyages entre Paris, où il possède un appartement et Marseille où il réside pour le tournage de la série. Rob relève certaines incohérences dans la mise en scène du meurtre et dans les déclarations. Et lorsqu’il essuie deux balles en roulant en moto et sort d’un mini coma à l’hôpital, rescapé grâce au port de son casque, il se doute qu’il devient gênant.

Conclusion à laquelle adhère Plume qui va l’aider dans ses démarches, peut-être parce qui lui aussi possède un passé qu’il ne peut oublier. Par bribes, par déduction, avec l’aide d’un spécialiste du laboratoire scientifique de la police, cela commence à s’emboiter tout doucement mais le chemin est long et parsemé d’embûches. Plume le flic sympa et torturé, Ramon qui est né avec des grains de sel dans la bouche d’où sa perpétuelle pépie qui lui tourneboule les neurones, Galli, le croque-mort qui se déplace en fauteuil roulant et Juliette, l’une des figurantes qui incarnait une fliquette et est hospitalisée depuis dans une clinique psychiatrique, complètent la galerie de personnages qui évoluent dans cette histoire dont on sait que la genèse se trouve en Galicie occidentale en 1944. Je ne vous dévoile rien puisque cette scène figure en prologue.

Un excellent roman qui nous entraîne dans les coulisses du tournage des séries télévisées, et l’on ne peut s’empêcher de penser à l’ambiance des Navarro. Certaines scènes s’inscrivent comme de petits morceaux d’humour, parfois décalé, et les divers protagonistes se montrent sympathiques, sauf quelques-uns, mais je ne vous dirais pas lesquels. Un bon moment de détente, ce qui n’empêche pas Christian Rauth d’exprimer quelques vérités qui sont bonnes à dire. Peut-être pourra-t-on relever ça et là quelques poncifs, qui ne prêtent guère à conséquence et qui s’inscrivent logiquement dans la trame. C’est aussi une ode à l’amitié, et l’ombre de Daniel Rialet, disparu trop tôt, plane sur ce roman. Et l’on met à rêver à d’autres épisodes ayant Rob Marin, Galli, Plume et Juliette comme personnages principaux, à moins que cela devienne une série télévisée.

Les lectures de l'oncle Paul

Fin de série
Christian RAUTH
Polar, Editions Michel Lafon.
2010. 17,95 €.

Présentation de l'éditeur

Séquence 97, une scène ordinaire, enfin presque : une fois que Lucas Kalou a tiré sur Eddy Ordo, l'interprète du célèbre commissaire Monti, puis retourné son arme contre lui, on s'apprête à faire une deuxième prise. Mais ni la vedette de la série ni Lucas ne se relèvent... Deux morts sur un plateau, on a rarement vu ça ! Enquête bouclée en trois jours par la DCPJ de Paris, qui conclut à la culpabilité de Lucas Kalou. Le comédien se serait suicidé après avoir éliminé la star qui l'avait publiquement humilié. Rob Marin, l'adjoint de Monti dans le rôle de l'inspecteur Garcia, est indigné : jamais son ami Lucas n'aurait commis un crime pareil. Il décide de reprendre l'enquête mais il a tôt fait de comprendre qu'entre un tournage et la réalité policière... il y a un monde. Fort heureusement pour lui, le lieutenant Plume, de la SRPJ de Marseille, partage son opinion et lui offre son aide contre l'avis de sa hiérarchie. Ensemble, ils vont laver l'honneur de Lucas. Commence alors une virée déjantée dans le monde de la télévision et de la police. Les balles sifflent et les coups bas pleuvent. Pourtant il ne leur suffira pas de coincer le coupable, il leur faudra aussi découvrir le responsable. Et là, comme on dit dans les histoires : ça peut venir de haut, de très haut... et même de très loin.

Les Anges de New York (chronique 3)

anges_de_newyork.jpgUne chronique de Cassiopée

Il s’appelle Frank Parrish.

Il va vous coller à la peau dès que vous aurez fait sa connaissance et ne plus vous lâcher (ou le contraire ? C’est peut-être vous qui ne voudrez pas l’abandonner …)

C’est lui, le cœur du roman, lui qui vous noue le ventre, vous fait sourire, frémir, que vous avez envie de disputer ou d’accompagner parfois.

Lui, qui, hanté par ses démons, doit rencontrer une psy, à la demande de ses supérieurs, lui qui est sans cesse sur la corde raide, entre ce qui est autorisé (dans le cadre de son travail) et ce qu’il se permet de faire (car il a des intuitions et il veut aller au bout de ses suppositions).

Une fois encore, avec Ellory, l’intrigue en elle-même n’est que prétexte, excuse pour mieux vous emmener dans les méandres de l’âme humaine …. vous promener au plus profond d’un homme blessé, en proie aux doutes ou aux certitudes (sans savoir comment les justifier), un policier qui semble avoir tout raté : son boulot, sa vie de couple, ses relations avec ses enfants, sa santé … comment peut-il exorciser ses démons ? Qu’est ce qui raccroche un tel homme à la vie ? Et nous ? Qu’avons-nous fait de la nôtre ?

«Vous est-il jamais venu à l’idée que c’était peut-être le boulot qui m’avait choisi ? »

« Les ombres ne sont que des ombres. Elles ne peuvent pas nous faire de mal tant qu’on ne les prend pas pour autre chose. Mais quand on commence à le faire … eh bien, on finit par leur donner des dents et des griffes, et alors elles finissent par nous avoir…. »

Parrish est-il entré dans la police parce qu’il le souhaitait réellement ou pour mieux comprendre son père (ancien policier qui a été assassiné).

Pourtant….

« Il y avait des choses qu’il valait mieux ne pas savoir, même quand on les savait. »

« Quand les gens font les choses de la mauvaise manière, ils peuvent les faire pour les bonnes raisons. »

Découvrir qui a été réellement son père …. Est-ce que ce sera vraiment une bonne chose ?

Est-il nécessaire de tout savoir pour « grandir », faire son deuil?

De quoi a-t-il peur ? De lui, des autres ; de ce qu’il va découvrir sur son père, sur lui-même ? De son passé, du présent, de l’avenir, de la vie tout simplement ? Ses entretiens avec la psy, même si parfois il les tourne en dérision pour mieux s’échapper, vont-ils l’aider à mieux se comprendre, à retrouver l’estime de soi qui lui manque tant ?

La construction du roman alterne entre l’enquête et les rencontres que Frank a avec la psychothérapeute, nous obligeant à des pauses dans notre lecture linéaire des faits.

Ces dialogues nous offrent alors la possibilité de mieux cerner l’homme, de mieux nous approprier ce qu’il est, nous donnant le souhait de lui tendre la main …. tout en sachant que ce genre d’individu aura d’immenses difficultés à admettre qu’il a besoin d’être soutenu, aimé, compris …

L’écriture de Roger Jon Ellory est forte, puissante, porteuse de questions, proposant une approche de la vie et des institutions policières à New-York, sur les relations dans un couple lorsque le travail prend toute la place (trop?), sur les rapports entre les collègues quand la communication manque, sur le regard personnel « entre soi et soi » parce que parfois l’homme ne sait plus qui il est, ce qu’il veut, ce qu’il souhaite ….

Le rythme est soutenu, s’accélérant très nettement dans les dernières pages.

Une lecture que j’ai énormément appréciée même si elle m’a semblé moins colossale que certaines autres œuvres du même auteur.

NB : Ses héros tourmentés ne lui ressemblent-ils pas un peu ?

Cassiopée

Deux autres chroniques sur ce roman :

- celle de Catherine/Velda

- celle de Jacques

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Les Anges de New York
Roger Jon Ellory,
Sonatine, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau,
en librairie en mars 2012

Présentation de l'éditeur

Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C est un homme perdu, qui n a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu il vient de perdre son partenaire et qu il est l objet d une enquête des affaires internes, Frank s obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d un tueur en série qui sévit dans l ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.
Après avoir évoqué la mafia dans Vendetta, la CIA dans Les Anonymes, R. J. Ellory s attaque à une nouvelle figure de la mythologie américaine, la police de New York. Avec ce récit d une rare profondeur, qui n est pas sans évoquer des films comme Serpico, La nuit nous appartient, ou encore Copland, Ellory nous offre à la fois un grand thriller au suspense omniprésent et le portrait déchirant d un homme en quête de justice et de rédemption.

 

22.02.2012

Les Anges de New York, de R.J. Ellory (chronique 2)

anges_de_newyork.jpgUne chronique de Jacques.

Dans les forums  Internet et  les lieux consacrés aux polars, la sortie  en France de ce nouveau livre de R.J. Ellory a été un évènement. Avec ses trois premiers romans traduits en français : Vendetta ; Seul  le silence et Les Anonymes, celui-ci  s’est taillé une  réputation d’auteur talentueux, à l’écriture originale et aux intrigues sophistiquées   s’inscrivant   dans les problématiques de notre époque. Aussi, lorsque j’ai ouvert son livre,  je savais que j’allais avoir quelques heures de pur plaisir de lecture, un sentiment qui n’est pas si fréquent !

Autant vous le dire d’emblée : je n’ai pas été déçu. L’auteur  nous plonge dans l’univers glauque et parfois sanglant des flics new yorkais de l’époque contemporaine ainsi que ceux des années 1980 : les Anges de New York.

Le héros du roman, Franck Parrish,  est un flic  dont le père a été une légende chez ses collègues,  avant  d’être mystérieusement assassiné alors que Franck était encore enfant.  Dès le prologue, qui est  un véritable morceau d’anthologie du polar noir, Parrish   tente de sauver de la mort un jeune couple,  paumés et drogués.  Tommy a tranché au rasoir  l’artère fémorale de sa à copine Heather avant de menacer de se tuer, et ils se retrouvent tous les deux dans une  baignoire gluante de sang. Franck est là, qui tente à la fois de stopper l’hémorragie de Heather et d’empêcher le suicide de Tommy.  Quelques pages qui mettent d’emblée le lecteur dans le bain, d’une façon brutale, sans prendre de gants, en nous permettant au passage de comprendre les énormes tensions psychologiques accumulées par le héros  au fil des années, des tensions liées autant à son travail qu’aux liens entretenus par  Franck  Parrish avec  le souvenir de son père.

Les relations fils/père ainsi que celles de Franck Parrish avec ses propres enfants vont d’ailleurs  être un des axes majeurs et  particulièrement intéressant du livre. Mais qu’en est-il de l’intrigue  ?

Il est  difficile de bâtir une histoire policière ayant un scénario novateur et surprenant. Tellement de livres ont été écrits sur les thèmes de la folie meurtrière, des pulsions homicides liées à l’argent ou au pouvoir, des meurtres provoqués par l’amour, le sexe, la jalousie  et le désir, que l’originalité d’un polar noir doit être cherchée ailleurs.  Tout le talent  d’Ellory consiste à bâtir son histoire sur des schémas si classiques qu’ils frôlent le cliché (quand ils ne s’y noient pas), et à s’appuyer sans complexe sur  ses schémas pour créer des personnages inoubliables par leur force et leur véracité.  

Car c’est vrai que l’on trouve dans Les Anges de New York  quelques uns des clichés classiques des polars urbains contemporains. Jugez-en  : des crimes touchant de très jeunes filles qui semblent avoir été commis par un même individu ; un flic paumé, alcoolique, à la dérive, mal dans sa peau, mais aussi bon enquêteur obsédé par son travail ;  son  jeune équipier (Radick) qu’on vient de lui coller après la mort en service de son précédent coéquipier et ami, Radick qu’il va découvrir peu à peu puis  apprécier après moult  difficultés d’apprivoisement réciproque ;  des relations  difficiles entre notre flic et sa fille Caitlin, jeune femme qui aimerait bien que son papa la laisse un peu respirer ; du côté vie privée de Parish, des relations encore plus difficiles avec son ex-femme qui semble lui vouer une haine franche et sincère ; des liens très distendues avec son fils ; aucune relation sociale ni même amoureuse, sinon avec Eve, une escort girl qu’il voit de loin en loin…   

On se demande comment,  sur cette base là,  Ellory va s’y prendre pour  ne pas nous lasser et  nous persuader que nous n’avons pas déjà lu cette histoire mille fois !  

Or il y parvient d’une façon magistrale.  Grâce à  son  écriture foisonnante, il   donne au personnage de Franck Parrish une épaisseur rarement atteinte. L’empathie avec lui est presque instantanée alors même que nous découvrons, au fil des pages, ses côtés sombres. Car ce  personnage,  hanté par le souvenir d’un père que chaque flic new yorkais considère comme un héros,  ne veut surtout pas  ressembler à cet homme,  dont il a honte d’être le fils. Il sait – ou croit savoir, c’est un des objets du roman – que  son père John, loin d’être le héros que tout le monde imagine, a   été corrompu par la Mafia, allant jusqu’à tuer pour elle quand celle-ci le lui demandait.   Ce secret, soigneusement caché jusqu’alors,  a suscité chez lui des tensions psychologiques telles qu’elles  risquent de mettre en cause la qualité de son travail de flic.

Les personnages secondaires sont également à la hauteur du héros, que ce soit celui de la fille  de Parrish,  étouffée par un père surprotecteur, de Radick, le  jeune coéquipier qui voue à Parish une admiration  filiale tout en ayant conscience de ses faiblesses, de Marie, la psy qui tente de l’aider à surmonter ses difficultés et qui est parfois au bord du découragement… tous sont crédibles, profondément humains et suscitent notre intérêt.

Autre point fort du livre : la réflexion sur le rôle de la police, son évolution dans la société américaine ainsi que les relations entre  la police et la justice. Ces thèmes fréquemment abordés dans le roman noir américain  sont ici décrits avec justesse et profondeur, sans concession.

Enfin, il y a comme point central du roman  la ville de New York,  admirablement décrite par Ellory, avec ses bas-fonds, ses problèmes de violence,  sa corruption rampante, sa vitalité incroyable… On sent que cette ville le fascine et qu’il cherche à nous faire partager sa fascination et il y parvient de belle façon.

Dans ce  livre dense, foisonnant, d’une grande richesse thématique, aux  personnages superbes, R.J. Ellory nous livre toute la mesure de son talent. Il  nous offre là  un roman noir inoubliable que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte !

Jacques.

A lire : la chronique de Catherine/Velda sur ce même roman

Les Anges de New York
Roger Jon Ellory,
Sonatine, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau,
en librairie en mars 2012

Présentation de l'éditeur

Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C est un homme perdu, qui n a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu il vient de perdre son partenaire et qu il est l objet d une enquête des affaires internes, Frank s obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d un tueur en série qui sévit dans l ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.
Après avoir évoqué la mafia dans Vendetta, la CIA dans Les Anonymes, R. J. Ellory s attaque à une nouvelle figure de la mythologie américaine, la police de New York. Avec ce récit d une rare profondeur, qui n est pas sans évoquer des films comme Serpico, La nuit nous appartient, ou encore Copland, Ellory nous offre à la fois un grand thriller au suspense omniprésent et le portrait déchirant d un homme en quête de justice et de rédemption.

Entretien avec Luc Fivet

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Après les deux chroniques que nous avons publiées sur ses romans : L'excès de bonheur nuit gravement à la santé et Repentirs, Cassiopée a proposé un entretien à Luc Fivet.

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Cassiopée.  Bonsoir Luc Fivet, et merci d’avoir accepté de participer à cet entretien. Pouvez vous vous présenter en quelques mots ? Comment êtes vous venu à l’écriture et pourquoi ?

 Luc Fivet. Je suis d’origine belge mais je me suis installé à Paris après mes études universitaires, au début des années 90. J’ai d’abord mené une carrière d’auteur-compositeur-interprète de chansons dans différents cabarets et cafés-théâtres. En parallèle, j’écrivais des romans, tous refusés, et des pièces de théâtre. Ma première pièce, « Invitations » a été montée en 1995. Après un certain nombre de boulots dans le domaine de l’écriture, notamment comme auteur de sketches pour la télévision, j’ai publié mon premier roman en 2007 : c’était « Total Chaos », chez Fayard. Puis a suivi « Requiem » en 2008, toujours chez Fayard.

En fait, j’ai commencé à écrire à l’âge de 16 ans, et je n’ai plus jamais cessé. C’était tout simplement vital pour moi, l’écriture a donné un sens à ma vie. Je suis issu d’un milieu relativement modeste, qui ne me prédisposait pas à l’activité artistique. L’écriture et la musique se sont imposées à moi avec la force de l’évidence : ma vie ne valait le coup que si je racontais des histoires pour les partager avec les autres. Cela me permettait ainsi de préciser ma vision du monde, de savoir qui j’étais réellement, et pourquoi j’étais là. Aujourd’hui encore, je ne peux pas vivre sans écrire, c’est mon oxygène.

 Cassiopée. Vous écrivez des livres « papier » mais aussi des e-thrillers, abordez-vous l’acte d’écrire de la même façon dans les deux cas ? Si oui, sur quel support et comment, quand (moments privilégiés, écriture en musique etc..), si non, pouvez-vous nous citer et nous expliquer les différences ?

 Luc Fivet. Il n’y a aucune différence : une bonne histoire restera toujours une bonne histoire, qu’on la lise sur papier ou sur écran – l’inverse étant vrai avec les mauvaises histoires… Ce qui compte, c’est que le lecteur soit emporté par sa lecture et ait envie de tourner la page, de s’immerger dans cet univers de mots. Bien sûr, l’homme lit des histoires sur parchemin et sur papier depuis plus d’un millénaire. On assimile donc logiquement la lecture à son média, à son support matériel. Il faut comprendre que l’apparition des e-books n’est qu’une transition, une nouvelle étape. Ce qui demeurera toujours, c’est la qualité de l’histoire : l’originalité des personnages auxquels on a envie ou non de s’identifier, l’habileté de construction d’un récit ( essentielle dans un polar ), la magie du style qui, elle, ne peut pas se programmer… Lisez « Le parfum » de Süsskind ou « L’ombre du vent » de Zafon : dès les premières pages, vous êtes envoûté. Cela n’est pas une question de support de lecture, mais de talent.

Donc, je ne vois aucune différence entre les deux types de récits. D’ailleurs, je ne varie pas mes procédures d’écriture : j’écris plutôt le matin, quand mon esprit est totalement réveillé, et en début d’après-midi. Entre cinq et six heures par jour en moyenne, et dans le silence. S’il y a de la musique, c’est terminé : j’y suis trop sensible pour l’ignorer.

 Cassiopée. Est-ce vous qui avez choisi d’écrire un e-thriller ou cela vous a-t-il été demandé ? Pourquoi vos e-thrillers n’existent-ils pas sur papier ?

 Luc Fivet. Pourquoi mes e-thrillers n’existent pas sur papier ? Demandez aux éditeurs ! Lorsque Fayard a quasiment cessé de publier des thrillers, j’ai fait la tournée des éditeurs. J’étais certain de tenir de bons romans, mais il y avait toujours quelque chose de trop ou de trop peu : trop de personnages ou pas assez, trop classique ou trop original, trop court ou trop long… Je les ai fait lire à des amis blogueurs, et ils ont été enthousiasmés, preuve que je ne rêvais pas. Mes livres avaient de la valeur ( ce que me confirme votre commentaire élogieux ). Alors, quand la proposition des Volubiles s’est présentée, j’ai accepté. De nombreuses personnes me demandaient quand j’allais publier un nouveau livre : c’est chose faite, et il y en a même deux d’un coup.

 Cassiopée. Pensez-vous que les « liseuses » (tablettes) sont une bonne chose pour les livres ? Pour les lecteurs ? Pourquoi ?

 Luc Fivet.  Il est évident que l’arrivée des tablettes numériques et des liseuses va bouleverser notre rapport à la littérature. Ne croyez pas que je suis un fou de technologie : je suis une nullité intégrale en informatique, et j’étais moi-même très sceptique vis-à-vis des e-books. Puis j’ai testé la lecture sur tablette : c’est tout bonnement révolutionnaire. Imaginez que cet objet peut contenir une bibliothèque entière ! En plus, vous économisez des tonnes de papier, vous pouvez acheter un livre en quelques instants où que vous soyez dans le monde, et à moindre frais. Un des grands avantages de l’e-book, c’est qu’il ne coûte pas grand-chose à la production : vous mettez le fichier en ligne via un logiciel de mise en format e-book, et le tour est joué. La toute première cliente des Volubiles habite à la Réunion : elle a acheté « L’excès de bonheur nuit gravement à la santé » le jour de sa parution. Essayez de calculer le temps et l’argent que cela aurait pris avec la filière « normale »… Ce n’est pas un hasard si l’année passée, on a vendu plus d’e-books que de livres papier aux Etats-Unis. Cela ne signifie pas que l’un va détrôner l’autre : ce sera juste une offre complémentaire, mais qui est appelée à prendre chaque jour plus d’importance.

Evidemment, il y a un autre enjeu, d’ordre éditorial : les livres qui étaient condamnés à l’anonymat pour cause de non-conformité commerciale auront la possibilité de trouver preneur et de rencontrer leur public. On constate qu’il y a une standardisation accrue au niveau des thrillers : le modèle d’écriture anglo-saxon impose ses normes, efficaces et parfois stérilisantes. Pas sûr que des auteurs comme James Ellroy, Marc Behm ou Harry Crews aient une chance d’être publiés aujourd’hui… A contrario, il y a des centaines de bons romans de langue française qui ne rencontrent pas les lecteurs parce qu’ils ne correspondent pas aux critères des éditeurs traditionnels. Cette barrière pourra être levée avec l’e-book. En tout cas, c’est ce que proposent les Volubiles au niveau du thriller. Un seul chiffre : 80% des thrillers publiés en France sont des traductions. Cela veut-il dire que les auteurs de romans noirs francophones sont condamnés au silence parce qu’ils ne rentrent pas dans l’impératif des catalogues d’éditeur ?

C’est donc aussi la question de la diversité éditoriale qui est en jeu. D’où la frilosité des éditeurs « installés » vis-à-vis de l’e-book… Pour moi, c’est clairement une chance. Cela dit, il faut toujours un filtre : on ne doit pas proposer tout et n’importe quoi aux lecteurs, il y a une question de critères de qualité qui se pose. Mais l’originalité, enfin, ne sera plus barrée par des impératifs de chiffres de vente…

 Cassiopée. Dans le roman « Repentirs », la peinture a une grande place. Est-ce un domaine que vous affectionnez ? Vermeer est longuement évoqué, avez-vous fait des recherches ?

 Luc Fivet. La peinture a toujours fait partie de ma vie. Enfant déjà, je regardais avec admiration ces gens qui arrivaient à susciter une émotion au moyen d’une toile et de quelques traits de couleur. Peut-être est-ce aussi dû au fait que je suis nul en dessin, d’où la sensation prodigieuse que me procurent les peintres ! J’ai toujours été fasciné par des artistes comme Monet, Pissarro ou Modigliani, mais aussi par des peintres plus extravagants comme Dali ou Klimt, voire ahurissants comme Pollock.

Ce qui ne veut pas dire que je rejette la peinture plus académique. A vrai dire, la peinture flamande du 17ème siècle me semble être l’exact compromis entre la rigueur de l’expression et la folie de l’impression : de ce point de vue, les autoportraits de Rembrandt sont exceptionnels de vérité et de puissance expressive. Quant à Vermeer, il est au-delà de toute tentative de rationalisation. C’est tout bonnement hallucinant ce que ce peintre a réussi à faire passer dans ses œuvres : une suspension du temps, la capture d’une bribe d’éternité. J’ai visité le Rijksmuseum d’Amsterdam pour voir certains Vermeer, et je crois que je suis resté une heure devant la Laitière. Je n’arrivais pas à m’arracher de l’attraction qu’elle provoquait en moi. On avait l’impression que Vermeer venait de terminer la toile et que la servante allait se mettre à bouger. Cette peinture était vivante, alors que sa création remontait à trois siècles et demi. Il y a un mystère chez Vermeer que personne n’est arrivé à éclaircir.

J’ai eu l’idée d’écrire « Repentirs » après avoir lu un article du Monde consacré aux œuvres d’art volées. Parmi elles, « Le concert » de Vermeer, dérobé en mars 1990 dans un musée de Boston et jamais retrouvé depuis. J’ai ressenti alors ce que je ressens toujours quand j’ai la certitude de tenir une bonne idée : comme une traînée de poudre qui s’enflamme dans mon cerveau. J’ai effectué quelques recherches sur Vermeer : à ma grande surprise, je me suis aperçu qu’on ne savait pas grand-chose de ce peintre et que le peu qu’on en savait, en revanche, était bourré de détails mystérieux et contradictoires. La vie de Vermeer, c’est une aubaine pour un romancier. Comme pour mon précédent roman « Requiem », je me suis alors livré à une quantité invraisemblable de recherches historiques : j’ai consulté des livres d’histoire comme « Vermeer et son temps » de Montias ( la bible pour les amateurs de Vermeer ), mais aussi des dizaines de livres d’art, des documentaires, et même l’excellent film « La jeune fille à la perle » de Peter Webber. Il fallait que je m’imprègne de cette époque, de ses tonalités, de son ambiance… Il a fallu aussi me documenter sur Spinoza, le grand philosophe, mais pour des raisons que je préfère ne pas dévoiler ici…

 Cassiopée.  Votre prochain livre, papier ou pas ? Pourquoi ?

 Luc Fivet. Très bonne question, à laquelle je n’ai pas de réponse. Comme je vous l’ai dit, l’e-book et le livre papier sont complémentaires. Donc, je n’exclus pas de publier un livre chez un éditeur « traditionnel ». J’ai d’ailleurs un roman en lecture quelque part… Encore faudrait-il qu’il soit accepté ! Mais j’en ai un autre, la suite de « L’excès de bonheur… », qui sera sûrement publié chez les Volubiles.

 Cassiopée. Avez-vous d’autres choses à partager avec les lecteurs ?

 Luc Fivet. Je voudrais dire en conclusion que l’essentiel, en littérature, c’est une bonne histoire, quel que soit le support sur lequel on la découvre. Il ne faut pas avoir d’a priori : essayez de lire au moins une fois sur une tablette, et tirez-en vos propres conclusions. Voyez-vous, lorsque vous lisez la première phrase de « Cent ans de solitude » de Garcia Marquez, vous vous moquez bien de savoir si vous lisez sur un livre papier ou sur une tablette numérique : vous avez juste envie de savoir ce qui va arriver à Auréliano Buendia, et le reste n’a plus aucune importance. C’est cela, la vérité de la littérature.

 

21.02.2012

Derniers adieux, de Lisa Gardner (polars en audio)

derniers_adieux.jpgUne chronique de Cassiopée

Au niveau de l’objet :

 « Lire » un livre audible était un gros défi pour moi.

Les raisons en sont multiples :

-J’enregistre des livres pour non ou mal-voyants et j’allais être de l’autre côté de la barrière. L’occasion m’était ainsi donnée d’écouter une autre voix et d’entendre comment la lectrice (il s’agit d’une femme) la mettait « en scène ».

--Je suis plus visuelle qu’auditive, allais-je tenir le coup sans texte sous les yeux et surtout, est ce que je pourrais rester concentrée ?

-Je lis toujours la fin des livres en premier, puis je « butine » pour avoir la trame générale avant de lire…. Allais-je supporter de ne pas savoir ?

 Je connais les réponses aux questions...

Côté voix...Elodie Huber qui lit ce roman, est absolument parfaite. Une voix posée, une diction excellente, un ton qui s’adapte à la situation mais sans emphase. Vraiment, une lectrice que je recommande, la qualité est là et c’est un plaisir.

Côté concentration (pour moi) : facile à écouter dans le bain (où je lis toujours mais avec la peur d’échapper le livre dans l’eau) ou en tricotant, parfait en épluchant les légumes ou en marchant, pas mal en conduisant (mais ce n’est pas toujours évident, l’attention peut être détournée et on se demande ce qui s’est dit) ou en faisant les courses, difficile en faisant son jogging ou en brodant.

Côté lecture …. Mea culpa …. J’ai écouté le début puis la fin pour comprendre mais je n’étais pas tranquille, je n’avais pas une idée générale de l’intrigue et il m’était impossible de continuer comme ça …. J’ai donc arrêté l’écoute, je suis allée en grande surface, j’ai feuilleté le livre, butiné pour avoir ce dont j’avais besoin et j’ai pu reprendre, rassérénée, le MP3 pour écouter le récit dans son intégralité.

 Un CD peut se télécharger sur un MP3 ou un iPhone, le livre tient alors dans la poche et ne se corne pas !

 Un petit bémol : le CD est découpé en trente plages regroupant parfois plusieurs chapitres. Je trouve dommage que ce découpage ne suive pas celui des chapitres.

 Au niveau de l’histoire :

 Lisa Gardner maîtrise parfaitement les tenants et les aboutissants pour écrire un bon thriller.

 « Une fois encore, le devoir avant tout. »
« … rester trop longtemps sur place, c’était prendre le risque d’être écrasé par le poids des regrets »

Voilà ce que dit et pense Kimberly, agent du FBI ; comme son père avant elle. Avancer pour sauver des vies, quitte à faire souffrir ceux qu’on aime … Elle est enceinte, tiraillée entre protéger cette vie qui grandit en elle et porter secours à ceux qui, pourtant inconnus, ont besoin d’elle. Les conversations avec son mari, pourtant du métier comme elle (il est enquêteur au GBI), sont lourdes de sens, de non-dits exprimés. Il a peur pour le bébé, pour elle, il voudrait qu’elle « lève le pied. » Cette femme est attachante, on a envie de l’écouter, de lui dire de faire une pause et parallèlement on l’admire de continuer à chercher et de ne pas renoncer même si ses supérieurs ne sont pas vraiment d’accord.

 On pourrait croire à une enquête classique : un serial killer un peu bizarre aux penchants pervers pour les araignées mais il n’y a pas que ça. Dans le livre, sont décrites, régulièrement, des scènes entre un jeune enfant (que l’on voit grandir) et Burgerman, d’autres entre une vieille femme, Rita, et un jeune garçon : Scott. Tout cela déstabilise de bonne manière le lecteur qui imaginait une enquête assez linéaire. Les choses vont s’éclairer petit à petit, on comprendra qui est qui et tout s’emboîtera. J’ai trouvé que le parallèle entre les jeunes femmes et les araignées, les deux étant « collectionnées » apportaient un plus à ce roman en créant « une ambiance » … (surtout que quelques un des chapitres sont introduits par des données scientifiques sur ces charmantes bestioles.

 Tour à tour, suivant les chapitres, les points de vue et le ton sont différents, on retrouve l’inquiétude des forces de l’ordre qui se sentent impuissantes, celle des parents (ou futurs parents) qui s’interrogent sur le devenir de leur(s) enfant(s) ou comment les protéger, les « armer » pour qu’ils s’en sortent face au Mal (que l’on peut rencontrer au coin de la rue), les réflexions des victimes, qui ne connaissant rien d’autre, ne fuient pas lorsque ce serait possible, le ressenti du prédateur sexuel et pourquoi, comment, il en est arrivé là …

Même en audio, le ton est si juste que l’on cerne immédiatement qui s’exprime.

 L’écriture de Lisa Garner est de qualité, le vocabulaire adapté aux personnages et aux situations. Le contexte n’est pas à l’eau de rose, la violence est présente, parfois, la peur vous colle à la peau et tout cela prouve que vous tenez un excellent thriller entre les mains …. Ou plutôt entre les deux oreilles ….

 On peut donc conclure que les éditions Thélème ont réussi leur pari, la voix est en phase avec le contenu et permet de vivre un beau moment d’écoute/lecture.

Cassiopée

Derniers adieux
Auteur: Lisa Gardner
1 CD MP3 de 13h
Texte intégral
Lu par Elodie Huber

 Est-ce parce qu’elle attend un enfant que l’agent du FBI, Kimberly Quincy, se sent particulièrement concernée par le récit incroyable et terrifiant d’une prostituée enceinte ? Un serial killer s’attaquerait-il à ces filles vulnérables ? Aurait-il trouvé la clé du meurtre parfait ou s’agit-il de crimes imaginaires ?

 

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