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17/11/2012

Dans le ventre des mères, de Marin Ledun

dans_le_ventre.jpgUne chronique de Jacques.

L’auteur du roman  les visages écrasés, publié en 2011 aux éditions du Seuil, roman qui abordait la souffrance au travail et la violence psychologique exercée par certaines entreprises sur leurs salariés,  continue son observation de notre réalité contemporaine en abordant ici certains  aspects inquiétants de la recherche scientifique, ou plutôt de l’utilisation qui en est  faite par certains.

 Avec  Dans le ventre des femmes, il pousse  le lecteur à une réflexion sur les dérives possibles des biotechnologies et des nanotechnologies, et il le fait à sa manière habituelle : une écriture sèche, efficace, liant étroitement l’action et la psychologie des personnages.

 L’être humain peut  être génétiquement modifié et l’utilisation des nanotechnologies pourra fournir un outil redoutablement efficace pour cela. Nous savons que les états sont vigilants sur les conséquences qui peuvent résulter de ces manipulations génétiques expérimentées sans précaution et sans limite. Cependant,   la recherche avide du profit est un moteur bien plus puissant que toutes les réflexions suscitées par les comités d’éthique de la planète. Il serait donc étonnant que les barrières imposées à ces recherches ne finissent pas par tomber les unes après les autres, entrainant alors l’espèce humaine vers une série de dérives  abordées  fréquemment par la science-fiction... et par ce livre.

 Devons-nous accepter des modifications délibérées de l’humanité avec comme alibi  officiel l’amélioration de l’espèce ? Ces modifications  apportant  des « avantages » économiques à ceux qui pourront en bénéficier, serons-nous capables de nous opposer à ces pratiques ? Les questions posées sont vertigineuses, et si  Marin Ledun ne prétend pas y apporter des réponses avec ce roman, il parvient à  stimuler l’intérêt du lecteur avec cette  histoire très cinématographique, qui privilégie  l’action et le suspense mais dans laquelle la dimension psychologique n’est pas absente. 

 L’action, nous y sommes plongés dès le prologue, où le lecteur est soumis à une tension maximale. Laure Dahan est une jeune femme soumise à des expériences médicales  centrées sur la manipulation des corps humains par l’utilisation de modifications génétiques effectuées grâce aux nanotechnologies.  Un virus mortel a envahi son organisme.  Il lui reste peu de temps à vivre, elle le sait. Elle est à la recherche de sa fille  qui lui a été enlevée par l’organisation responsable des recherches, structurée comme une véritable secte avec son gourou (son père) et ses règles de sécurité draconiennes.  

« Sa silhouette est gracile, sa jeunesse éternelle . Ses cheveux de jais balaient son visage par vagues successives. Elle se tient au milieu d’une clairière et peu importe le jour, peu importe l’heure et le moment : belle dans sa gangue solaire, désirable dans ce noyau de nature, gorgée de chaleur. Comme le sont toutes les femmes de son âge.

Comme le sont toutes les mères qui s’apprêtent à embrasser leur enfant pour la première fois. »

 Retour en arrière. Deux ans plus tôt, un village ardéchois a connu un drame hors du commun. Un incendie et une explosion ont détruit Thines et provoqués la mort de plus de quatre-vingt personnes qui servaient de cobayes à l’organisation. Le commandant Vincent Auger va tenter de remonter la filière des responsabilités afin de comprendre les enjeux cachés de cette catastrophe.  Quel rapport y a-t-il entre celle-ci et Laure Dahan ? C’est ce que son enquête  va dévoiler et nous permettre de comprendre.

 Deux histoires alternent et convergent. Celle de la recherche de la vérité (et des coupables) menée par  Vincent Auger. Celle de Laure Dahan à la recherche de sa fille de neuf ans, enlevée, pense-t-elle, par son propre père. Cette convergence  permettra au lecteur d’avoir tous les éclaircissements sur  cette affaire ténébreuse, mais elle ne va pas se réaliser  sans une tension dramatique forte, un suspense sans faille.

Les personnages de Laure Dahan et de Vincent Auger ont été particulièrement travaillés par l’auteur : d’un côté cette femme à la recherche désespérée de sa fille et qui veut aussi se venger de ceux qui l’ont utilisée comme cobaye, de l’autre un homme  amoureux de sa femme  mais dont le couple bat de l’aile depuis que leur fille unique est morte. Ces deux personnages donnent au roman une  force évidente, que le choix délibéré de l’auteur de privilégier l’action risquait d’atténuer. 

 De  nombreux personnages secondaires, pas tous indispensables au récit, nuisent sans doute un peu à la fluidité de celui-ci, mais n’empêchent pas ce roman d’être très réussi. Marin Ledun a réuni une bonne documentation  sur les recherches génétiques en cours,  il nous permet d’y réfléchir d’une façon plaisante, avec une histoire astucieuse, bien construite,  et des personnages attachants : Dans le ventre des mères devrait plaire à un large public et permettre à Marin Ledun d’élargir encore le cercle de ses lecteurs fidèles.

 Jacques, (lectures et chroniques)

Dans le ventre des mères
Marin Ledun
Editions Ombres noires (septembre 2012)
462 pages ; 18,90 €