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14/01/2012

L'effaceur, de Manon Torielli-Sarmejane

effaceur.jpgUne chronique d'Albertine.

 Qui est Manon Torielli-Sarmejane pour nous embarquer ainsi dans une histoire dont on ne peut pas dire qu’elle n’est pas un polar, mais dont on devra dire aussi qu’elle est pure poésie, insouciante des lois du genre, en dehors du fait qu’il y a un cadavre, un policier et une énigme : qui a tué ?

Première loi du polar bafouée : celle du récit efficace, dans lequel chaque paragraphe nous fait avancer vers la vérité, que ce soit dans le brouillard ou dans la révélation, peu importe.  Ici pas forcément ! On s’accoutume à être ici et ailleurs, on avance dans la connaissance des personnages, ce qui fait illusion un moment, car les personnages sont essentiels dans la  progression de l’enquête. Et eux, les personnages, nous perdent dans des récits fabuleux sans nécessité apparente avec une quelconque enquête policière.

Deuxième loi du polar bafouée : celle de la rationalité. Dans cette « bourgade du nord », près d’une gare désaffectée,  il faut admettre que les lois de la gravitation sont contredites par le sable qui remonte dans le sablier. Que dire alors du temps, qui de ce fait, est peut être réversible ? ou circulaire ? Du reste, le temps ouvre et clôture le récit puisque l’hôtel du cadran solaire, lieu de résidence de notre policier Julius Dugommier, porte en son fronton un cadran solaire précisément, surmonté d’une inscription latine « Cui domus huic hora » dont le lecteur découvre in fine la deuxième traduction.

Etrange lieux, étranges personnages : Cassiel, l’hôtelier géant qui garde mémoire du peintre constructeur de la maison transformée en hôtel, dont toutes les fenêtres ouvrent sur la gare désormais sans train ; Jean, un vieux monsieur ancien bouquiniste et son petit fils Victor qui entretiennent une relation privilégiée avec les livres et les contes, et qui en savent plus que Julius sur les tenants et aboutissants   du meurtre d’Aimé Raton le bibliothécaire.  Tel est le nom de la première victime trouvée morte sur son lieu de travail, près de travée de  la lettre M. Autres personnages hauts en couleur : Zaza  la femme de ménage de la bibliothèque, énorme, boiteuse, illettrée et quasi muette, qui se livre à de curieux rituels avec des sacs de BD,  Georges Moissac son voisin, qui est aussi romancier et dont un des romans était ouvert sur le ventre du cadavre à la page 33.

Mais que dire du principal personnage, Julius Dugommier, qui enquête sur ce meurtre et découvre le mystère de sa propre vie ? Il trouve également  l’auteur du crime sans pour autant intervenir dans le dénouement de l’histoire. Julius pourrait être le cousin d'Admasberg, héros de Fred Vargas, errant dans le brouillard de ses pensées comme il erre sur la grève, arrêté dans sa marche par on ne sait quels tourments, pris en charge par le jeune Victor  qui finit par comprendre Julius et qui ne croit pas à sa disparition : « Il marche et il regarde et il se tait. Les mots ça  viendra plus tard, quand il sera de retour, quand il reviendra s’asseoir parmi nous dans le dunes ou près du feu, quand il nous racontera ses voyages ».

 Mais nous sommes bien dans un  polar ; il  y aura même une deuxième victime, bon débarras ! Et sachez que le titre (« l’effaceur ») ne se réfère pas à un  tueur mais – et nous sommes bien dans l’étrange-, à un verbivore. Lisez et vous croirez.

 Albertine,

vendredi13 janvier 2012

 

L’effaceur
Manon Torielli-Sarmejane
Editions Demeter Noir
191 p 19 €

Présentation de l'éditeur

En pénétrant dans cette bibliothèque d’une petite bourgade du Nord, l’inspecteur Dugommier eut une sale impression, et pas vraiment à cause du macchab, il avait l’habitude. Non, c’était autre chose... Une impression de déjà vu, ou plutôt d’être déjà venu ici. Mais pas seulement. Pourquoi un hameçon, et pourquoi du fil de pêche ? Ajoutez un mystérieux cadran solaire, l’étrange et redoutable Sablier, ce conteur abreuvant les âmes pures de fables, de voyages, de métamorphoses. Bref, le début du commencement d’un truc à tomber raide dingue. Et puis d’abord, qui est Jules Dugommier, que cherche-t-il exactement ?