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31/05/2011

Entretien avec Michel Bussi

Cet entretien réalisé par Christine  pour le blog Un Polar avec l'écrivain Michel Bussi, porte pour l'essentiel sur son dernier roman : Nymphéas noirs.
Christine a également publié sur Un Polar une critique de ce roman.

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Christine: « Nymphéas noirs » : un livre qui parle d’Impressionnisme et, en même temps, roman policier. Comment en est venue l’idée ?

 Michel Bussi :L’idée est venue d’abord de l’histoire, qui parlait d’une petite fille surdouée en peinture… J’ai ensuite greffé une intrigue policière sur mon histoire. Puis, j’ai cherché un lieu. Avec Giverny, la plongée dans l’impressionnisme devenait évidente.

 C : Le vocabulaire lié à ce mouvement pictural se prête particulièrement bien à l’exploration et à l’analyse de ce roman. En aviez-vous conscience dès le départ ?

 M.B. Non, c’est plutôt un hasard. L’art devait jouer un rôle important dans ce roman, notamment le dilemme du choix de ce que l’on doit, ou non, sacrifier lorsque l’on est intimement persuadé de posséder un talent. Mais je laisse mes lecteurs faire le lien entre la construction de mon roman, par petites touches, et un style de peinture…

 C : Le schéma narratif s’affranchit des codes habituels (narration majoritairement linéaire, avec quelques flashbacks si nécessaire) du roman policier. Pourquoi ce choix ?

 M.B. C’était le pari initial. Raconter une histoire d’une façon inédite. C’était en réalité un sacré pari, d’autant plus que j’ai progressivement rajouté des difficultés au fil de l’écriture. A vrai dire, je n’ai su que cela fonctionnait (c'est-à-dire que 99 lecteurs sur 100 se laissent piéger par ma construction), qu’une fois que les premières versions de Nymphéas noirs ont été lues par des tiers.

C :  En lisant ce livre j’avais le sentiment que la partie policière servait de catalyseur pour pouvoir exprimer les non-dits des personnages. Un genre de « cristallisation » sur les obsessions comme dans « Le rouge et le noir » de Stendhal. Est-ce le cas ?

 M.B. Oui, tout à fait. La partie policière a été rajoutée à l’intrigue initiale, qui au fond, pourrait fonctionner sans la présence des policiers. Disons que l’enquête permet de rationnaliser l’ensemble, de poser des balises pour le lecteur, de pointer les tensions, les obsessions… même si la vérité est ailleurs.

 C. Aviez-vous envie d’aller au-delà des apparences d’un décor digne des plus beaux tableaux ?

 M.B. Non pas au-delà. De rentrer à l’intérieur plutôt. Comme l’indique le prologue de mon roman, je raconte l’histoire de trois femmes qui rêvaient de fuir… et qui pourtant se retrouvent piégées. Les premiers titres de nymphéas noirs étaient « la cage », ou « celle qui partira ». C’est donc un roman sur le décor qui vous enferme. Votre environnement, vos proches. Il vous enferme d’autant plus lorsque le décor est somptueux.

 C.  Vos personnages ne sont pas ce qu’ils semblent être (mis à part les deux policiers). Est-ce que cela a été difficile de construire l’intrigue ? Comment avez-vous procédé ?

 M.B. Construire l’intrigue, et surtout la rédiger, a été un véritable casse-tête. J’aurais presque tendance à dire que chaque mot devait être pesé…. Deux fois. Je n’avais pas conscience avant d’aborder la rédaction à quelle point mon idée tordue était difficile à mettre en place.

 J’ai procédé en prenant le temps de trouver une solution pour chaque problème insoluble qui se posait. Il m’a vraiment fallu déployer des trésors d’imagination pour que cela fonctionne. J’avais l’impression d’être un illusionniste qui à chaque seconde de son tour se disait « non, là, cela va se voir »… et qui doit alors perpétuellement ruser pour que personne ne soupçonne son « truc »…

 C.  Dans les dernières pages, il y a un revirement total. D’une presque chute vers une conclusion d’une tout autre tonalité. Pourquoi ?

 M.B. Tout le roman n’a pour but que d’aboutir à cette dernière scène, aux deux dernières lignes. Je l’annonce dès le prologue d’ailleurs. « Trois femmes vivaient dans un village… une seule parvint à s’échapper ! » Certains lecteurs m’ont reproché cette ultime évasion. D’une part, je ne me suis jamais posé la question, mon histoire selon moi ne pouvait se terminer qu’ainsi. D’autre part, je trouve ma fin ainsi plus surprenante, presque moins consensuelle que si j’étais resté dans jusqu’au bout dans la logique du piège imparable. Dans le roman policier, il est souvent paradoxalement plus difficile de sauver des personnages que de les tuer.

 

Entretien animé par Christine, (Blog : Bibliofractale )

 

 

 

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