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19/09/2019

Entretien avec un traducteur : Jean Esch

Cassiopée.  Vous avez fait des études de langue, aviez-vous déjà le souhait d'être traducteur? Si oui, comment avez-vous établi le contact avec les maisons d’éditions ? Si non, qu'est-ce qui vous a poussé à changer d’idée ?

Jean Esch. Adolescent, j'aimais beaucoup traduire les paroles (souvent sibyllines) des chansons anglo-saxonnes que j'écoutais. A la fac, je me suis pris de "passion" pour les cours de version.

J'ai eu de la chance de faire mes premiers pas chez Hachette par piston, grâce à mon grand-père qui connaissait le directeur de la Bibliothèque Verte.

C. Vous avez commencé (d'après ce que j'ai lu) avec la série des Alice de la bibliothèque verte. Puis Philip Pullman, Michael Connelly et bien d'autres encore. Comment choisissez-vous les livres que vous traduisez ? Pourquoi plutôt des thrillers, policiers ?

J.E Précisons que j'ai la chance de pouvoir choisir les livres que je traduis depuis une dizaine d'années. Je suis attiré par ce que je n'ai jamais, ou peu, fait. (J'aimerais traduire des essais…)  Voilà pourquoi je fais moins de polars, peut-être. Seul critère : l'ouvrage doit pouvoir maintenir mon intérêt pendant plusieurs mois. Des fois, je me suis trompé au départ...

C. Travaillez-vous pour une maison d'éditions ou pour des auteurs (avez-vous un contrat d'exclusivité avec les uns ou les autres ?)

J.E.  Je travaille pour un grand nombre de maisons d'édition, qui font souvent appel à moi pour traduire un auteur que j'ai déjà traduit.

Aucun contrat d'exclusivité.

C. Combien de livres traduisez-vous par an? Seulement anglais / français ?

J.E. C'est très variable. En fonction de la longueur des livres. Si je dois enchaîner deux romans de 500 feuillets...

C.Comment vous y prenez-vous? Vous lisez d'abord le livre en entier dans sa langue originale ou traduisez-vous petit à petit pour garder le plaisir de la découverte?

J.E. Je lis d'abord le livre, bien évidemment, pour décider de le traduire ou pas. Mais pas jusqu'au bout dans le cas d'un roman "à suspense". J'aime découvrir la suite chaque matin, comme un lecteur. Attention, ce n'est pas sans danger. On peut découvrir certaines choses qui obligent à revenir sur des options de traduction.

C.Rencontrez-vous les auteurs que vous traduisez? Créez-vous des liens avec eux?

J.E. J'aime rencontrer les auteurs. J'aime surtout pouvoir leur poser des questions quand c'est possible (s'ils sont toujours vivants et/ ou accessibles). Des liens assez forts se créent parfois. Mais certains auteurs sont beaucoup moins intéressants que leurs livres...

C.Lorsque vous traduisez plusieurs fois le même auteur, prenez-vous ce que j'appellerai "ses tics d'écriture"? Est-ce que l'auteur a son mot à dire pour choisir son traducteur? Qu'est-ce qui peut faire qu'un auteur ne soit plus traduit par la même personne?

J.E. Oui, j'essaie de reproduire ses "tics d'écriture", ça m'empêche de fourguer les miens.

Il est arrivé qu'un auteur émette le souhait que je traduise son nouveau livre. Selon quels critères ? Parce que son entourage lui avait dit que c'était "bien traduit" ? Parce qu'il le pense personnellement ? La hantise du traducteur : l'auteur qui croit connaître le français.

C.Comment faites-vous pour les tournures typiques de la langue et donc difficilement traduisibles ?

J.E. Je m'adapte, j'adapte. C'est mon métier.

C. Qu'est-ce qu'est, pour vous, un bon traducteur?

J.E. Surtout pas un auteur refoulé.

C. Le monde la traduction est-il un univers où les différents traducteurs se côtoient? Se respectent? S’échangent des traductions si ils en ont trop?

J.E. Personnellement, si je côtoie beaucoup de personnes de l'édition, je fréquente peu, voire pas du tout, de traductrices et de traducteurs. Ou bien, ce sont des amies et des amis qui, accessoirement, font le même métier que moi. Nous ne parlons pas "boutique".

C.Est-ce que vous ne souffrez pas trop de solitude? De manque de reconnaissance?

J.E. Nullement. La solitude dans le monde du travail est, pour moi, un luxe. La reconnaissance a ceci de bon qu'elle vous apporte du boulot.

C.Vous arrive -t-il de traduire des romans que vous trouvez mauvais et sur lesquels vous souhaiteriez apporter des améliorations ? En parlez-vous si c'est le cas ?

J.E. Il m'arrive de découvrir en cours de traduction que le livre n'est pas aussi "bon" ou "plus superficiel" que je le croyais. Tous les défauts surgissent alors. C'est le début du calvaire. Mais je fais toujours de mon mieux. Pas question de bâcler. J'assume mon choix.

C. Y-a-t-il des personnes qui vous relisent pour confirmer que vous avez respecté le récit de base ?

J.E. Des personnes mettent leur nez dans le texte, ne serait-ce que pour relever les fautes, les répétitions, les lourdeurs. Certaines éditrices, certains éditeurs, qui connaissent bien le texte me font des remarques, des suggestions… J'aime cette partie de mon travail. Passer de longues minutes sur une phrase, s'arracher les cheveux, se réjouir de la solution… Un luxe, là aussi.

C.Depuis quelle année traduisez-vous ? Combien d'auteurs à votre actif ? Combien de livres ?

J.E. Une trentaine d'années… au moins. Plusieurs dizaines, dans les deux cas. Il faudrait que je fasse le compte….

C. Avez-vous d'autres choses à partager avec nous ?

J.E. Uniquement mon amour des livres

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