Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/05/2021

Un flic bien trop honnête, de Franz Bartelt

Un flic.jpgUne chronique de Cassiopée

Des crimes littéraires….

Raymond Queneau n’aurait pas renié Franz Bartelt. Dès le premier chapitre, qui aurait pu être le centième exercice de style* du livre de Queneau, on plonge dans le régal des mots bien nommés, bien placés, bien ciblés, qui glissent sous les yeux, sous la langue (lorsqu’on les prononce à haute voix), apportant le sourire, dégourdissant les zygomatiques, faisant oublier la morosité.

L’inspecteur Wilfried Gamelle (gare au jeu de mots de ses coéquipiers lorsqu’il en ramasse) traque un tueur depuis quatre ans. Quarante-deux assassinats, tous sur le même mode opératoire, une lame bien placée et hop plus personne. Des victimes sans lien apparent, ni le sexe, ni l’âge, ni la condition sociale ne permettent d’établir un semblant de rapprochement. Comment le serial killer choisit-il ceux qu’il fait disparaître ? Gamelle est aidé par un collège cul-de-jatte qui se déplace en chaise à porteurs et il a un supérieur, le commissaire Valentin qui attend et espère des résultats … mais pour l’instant, c’est en vain !

Wilfried est un peu dépressif, son enquête n’avance pas, sa femme l’a laissé (elle le trouvait trop lisse, sans allant, il ne boit pas et elle aime la divine bouteille, il ne fume pas, était-il un peu fade à ses yeux ?…), sa vie est bien terne, il se sent agacé de tout ça. C’est sans doute pour cette raison que lors d’un trajet en bus, où il essaie de comprendre le modus operandi du criminel (qui a l’air de suivre les arrêts du car), il s’énerve contre quelqu’un qui le bouscule. Pourtant, il n’est pas violent mais mal dans sa peau, physiquement, moralement et professionnellement, il s’est laissé déborder par ses émotions et le coup de poing est parti dans le ventre du quidam. Stupéfaction, il s’agit d’un aveugle qui n’a donc pas fait exprès de le pousser et dont il a cassé les lunettes hors de prix. Il va partir à la recherche de cet homme pour le dédommager de la casse et lui présenter ses excuses. Il ne se doute pas à ce moment-là que cette rencontre va, pour plusieurs raisons, modifier son quotidien. Tout le monde sait que les non-voyants voient et sentent des choses qui échappent au commun des mortels. De là, à se faire aider…. Il faut que l’inspecteur avance dans ses investigations et qu’il ait des réponses. Nous suivons son cheminement mais comme lui, nous n’arrivons pas à cerner le criminel.

J’ai lu ce roman d’une traite, un jour de pluie, je le précise car il m’a apporté de la couleur, de la fantaisie, de l’humour de bon goût. Le texte en lui-même est désopilant, empli de comiques de situation racontés avec un phrasé inénarrable, rien qu’en l’évoquant, j’ai encore le sourire aux lèvres. Les humoristes ne me contrediront pas, c’est parfois difficile de faire rire. Il faut le dosage subtil, qui n’est pas de la moquerie lourde, et qui n’épuise pas sans arrêt les mêmes ressorts car ça devient lassant.

J’ai tout aimé dans de récit, le fait que l’auteur « joue » avec les mots dans un style qui est réjouissant, les événements et leur enchaînement bien orchestré, les personnages atypiques mais attachants pour la plupart par leur côté décalé, l’univers imprévu de cette petite ville de province que décrit l’auteur, les relations entre les individus qui se construisent, se tissent de façon parfois surprenante, et l’ensemble qui donne un opus totalement abouti, équilibré, follement décalé, amusant et qui fait du bien !

* Exercices de style de Raymond Queneau, paru en 1947, ce livre singulier raconte 99 fois la même histoire, de 99 façons différentes.

Éditions : Seuil (6 Mai 2021)
ISBN : 9782021479348
208 pages

Quatrième de couverture

Dans une petite ville de province, un assassin prolifique terrorise les arrêts de bus et les passages piétons : plus de quarante cadavres sont à déplorer. Quatre ans que l’inspecteur Gamelle, dépressif et fraîchement largué, ainsi que le bourrin, son adjoint cul-de-jatte, pataugent dans la semoule. Quatre ans que les astres refusent de s’aligner pour leur donner une piste. Sacré Saturne ! Bien loin de laisser tomber l’affaire, Gamelle sera amené à se poser les mauvaises questions, à se méfier des bonnes personnes et à suivre les idées saugrenues d'un aveugle particulièrement intrusif…

 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.