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25/02/2012

Le modèle, Lars Saabye Christensen

le_modele.jpgUne chronique d'Albertine

 Peut-être faut-il aimer le genre « roman psychologique » pour apprécier celui-ci. Ce n’est pas mon cas et donc, ma critique ne visera qu’à éclaircir, à propos du roman de Lars Saaye Christensen, ce qui motive le faible intérêt d’un lecteur comme moi pour ce genre en général  et ce livre en particulier.

 En premier lieu, ce roman est sans histoire, car les évènements, le contexte, les surprises, les attentes, ne sont vus qu’au travers du personnage central, dont il s’agit de nous montrer les réactions. Ils ne constituent pas une véritable matière, tout juste un décor.  Le scénario : Peter, un peintre qui a été connu et reconnu, se retrouve « en panne », en pleine préparation d’une exposition qui doit avoir lieu pour ses cinquante ans ; et il apprend qu’il va perdre la vue. Sa réaction lui fera surtout perdre l’honneur et la vie.  

Reconnaissons que ça et là des situations permettent aux  personnages secondaires de sortir du décor. Il en est ainsi de la scène qui montre l’attaque de la petite fille Kaia par un énorme chien. Il s’agit là d’un évènement qui sollicite divers être humains, et qui donne à voir au travers de leurs actes, à quel point  le destin s’incarne  de singulières façons. La terreur, la déception ;  le courage, la détermination ;  la peur et la honte : trois personnages, trois types de réaction. Le père peintre laissera sa petite fille entre les crocs d’un molosse sans réagir. Nous pourrions plus tard nous rejouer la scène pour y voir un effet de la maladie qui le travaille. Mais nous n’en aurons pas le loisir, car Peter nous donnera ensuite bien des gages de sa capacité à « être rongé » par des affects négatifs (peur, honte) et à se laisser emporter dans un courant de facilités qui l’enfoncent dans la médiocrité.

Bref, il s’agit d’une histoire dont le héros  est parfaitement  médiocre, même s’il aime son métier, sa femme, sa petite fille et son ami Ben le galeriste. Médiocre parce qu’il refuse de laisser advenir la vérité, d’affronter la vie avec le minimum de courage requis pour continuer sa route.

 Histoire d’un héros médiocre ne signifie pas roman médiocre ! Certes, mais il y faut alors suffisamment de plume pour que la trame du récit ne soit pas uniquement destinée à exprimer une évolution psychologique tracée d’avance. Ainsi, dès la page 15, nous savons qu’il va devenir aveugle et que la peur (qui n’évite pas danger !) va conduire sa vie. Comme il se regarde dans un miroir : « …il eut la sensation de sortir du brouillard, de ne rien voir d’autre que lui, là où il se trouvait en cet instant : Peter Wihl, bientôt cinquante ans, d’une journée plus vieux qu’hier et d’une nuit plus jeune que demain. Il n’en distingua pas moins, dans ses yeux, l’empreinte toujours présente de la peur soudaine, de la panique, qui l’avait tétanisé lorsque sa vue s’était brisée durant quelques secondes. ». Le programme est donné et désormais, tout va converger pour nourrir la peur immonde qui l’habite, qui l’autorisera à faire n’importe quoi, hier comme demain !

 L’auteur qui lui, sait où il veut en venir, sème des indices pour indiquer un sens que nous sommes censés décrypter à l’issue de l’histoire. Il en est ainsi de la scène du repas entre amis, dès le début du roman, qui constitue en quelque sorte, le sommaire des intentions de l’auteur.

Nous y apprenons que l’exposition qui a lancé Peter s’intitulait « amputation » : ce mot va devenir emblématique de la fin du parcours du peintre. Mais nous, lecteur, avons vite compris où il voulait en venir, et nous devrons supporter le récit besogneux des états d’âme du héros que l’amputation va rendre définitivement et totalement coupable  bien avant la page 186 et jusqu’au terme du voyage.

Toujours au cours de ce repas, nous allons disposer des clefs qui ouvriront la compréhension de la triste histoire de Ben et de son jeune ami Patrick, dont la mort ne sera précisément qu’une « installation ». Cette histoire secondaire vise  à étoffer les personnages secondaires précisément, pour donner chair au récit linéaire des derniers mois de  la vie de Peter. Elle vise aussi à moquer le milieu de l’art – mais avons-nous besoin de ces démonstrations grandiloquentes pour nous persuader du ridicule des « communicants » et de leur geste artistique ?  

Enfin, l’évocation d’Ibsen, toujours au cours du même repas, et qui courra tout au long du récit vise à nous faire comprendre à quelle hauteur se situe l’intention de l’auteur

 Roman médiocre car convenu, faussement imprévisible, cousu de fil blanc, aux personnages  manipulés tels des marionnettes par  leurs affects. Finalement, le genre « roman psychologique » regroupe peut être tout simplement les mauvais et médiocres romans, ceux que l’on parcourt à toute vitesse pour les terminer lorsqu’on veut en faire la chronique.

 Albertine, 23 février 2012

Le modèle
Lars Saabye Christensen
JC Lattès

 

Présentation de l'éditeur

 

Peter Wihl est un peintre reconnu. Alors qu'il prépare sa prochaine exposition, prévue le jour de ses cinquante ans, Peter est victime d'un malaise. Le diagnostic est imparable : il va devenir aveugle. Catastrophique, cette nouvelle menace l'activité créatrice du peintre, et va réveiller les instincts les plus vils chez cet homme faible et souvent indélicat. Quelles limites morales et éthiques Peter Wihl est-il capable de franchir pour enrayer le mal ? A qui faire confiance ? A Thomas Hammer, l'ophtalmologue au parcours douteux, qui lui promet la guérison ? Peter devra pour cela conclure un pacte démoniaque. Un roman aux accents faustiens.