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24/05/2012

Betty, d'Arnaldur Indridason

betty.jpgUne chronique de Pierre

On a l’habitude avec Indridason de plonger dans un univers sombre, fatidique, marqué par la course tragique des êtres. Avec Betty, notre Islandais favori, qui abandonne pour ce livre son détective fétiche Erlendur Sveinsson, atteint des sommets, signant un polar digne de la plus belle époque, celle des Chandler, des Goodis. Et puis celle de James Cain ! Betty commence bien sûr par une épigraphe de lui :

« Ceci devrait être un meurtre tellement désolant que ça n’en serait même pas un, mais seulement un banal accident de voiture qui arrive quand des hommes sont soûls et qu’il y a de l’eau-de-vie dans la voiture et tout ce qui va avec. » (James M. Cain, Le Facteur sonne toujours deux fois)

Le dispositif paraît simple, une narration sur deux niveaux, le premier est en flash-back l’histoire de la rencontre avec Betty, une femme séductrice qu’on imagine très vite fatale, le deuxième au présent est la description de la prison, des interrogatoires, de comment on tente de faire craquer quelqu’un, le passage d’un niveau à l’autre est très fluide et transparent, on va d’une manipulation à l’autre, Arnaldur Indridason ne cherche pas à perdre le lecteur, au contraire, ce dernier est en avance face à la naïveté du personnage principale, il devine très vite que cette Betty ne semble pas très honnête et l’on prend un certain plaisir pervers à voir comment elle tisse sa toile et y enferme sa proie.

Ainsi nous savons où cela nous mène, le personnage principal est en prison, donc l’intrigue est volontairement prévisible. Pourtant on a toujours envie d’en savoir plus grâce au talent d’Arnaldur Indridason, même si la dernière partie sur l’enquête perd en force dévoilant ce qui a déjà été dévoilé dans l’esprit du lecteur et par-là dévoile aussi quelques ficelles un peu grosses. Peu importe puisque l’histoire est plus celle d’une fascination qu’un roman à intrigue, c’est le récit d’une obsession, et on a l’impression de tourner en rond fidèle en cela à la pensée de quelqu’un qui refuse de comprendre ce qui lui arrive.

« Je vais mieux quand je regarde ce qui s’était passé comme si c’était un rêve. Comme si c’était irréel. Comme quelque chose qui ne s’est jamais passé. C’est comme ça que je préfère voir les choses. Comme quelque chose que je vois devant moi et qui ne s’est jamais passé. Et je sais que bientôt je me réveillerai et qu’alors, je ne serai plus dans cette cellule crasseuse, mais chez moi dans ma chambre et que je regarderai sur la table de nuit la photo de papa qui me sourit comme toujours.Il faut seulement que je me réveille. Si seulement je pouvais me réveiller. »

Ainsi on s’immerge doucement, par ce travail sur le rythme et la répétition, dans l’esprit torturée d’une personne qui se retrouve malgré elle, par attrait pour le sexe et l’argent facile, piégée de toute part et qui, sachant la vérité, persiste dans son aveuglement.

Pierre Mazet http://www.pierre-mazet.com/

Betty
Arnaldur Indridason
Editions Métailié
Collection Noir
205 pages
18,50 €

Présentation de l'éditeur

 Dans ma cellule je pense à elle, Bettý, si belle, si libre, qui s’avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister. Ensuite, que s’est-il passé ?
Je n’avais pas envie de ce travail, de cette relation. J'aurais dû voir les signaux de danger. J'aurais dû  comprendre bien plus tôt ce qui se passait. J'aurais dû… J'aurais dû… J'aurais dû…
Maintenant son mari a été assassiné et c’est moi qu’on accuse. La police ne cherche pas d’autre coupable. Je me remémore toute notre histoire depuis le premier regard et lentement je découvre comment ma culpabilité est indiscutable, mais je sais que je ne suis pas coupable.
Un roman noir écrit avant la série qui fit connaître le commissaire Erlendur.