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30/05/2012

Répliques mortelles, de Florence Meney

Repliques-mortelles.jpgUne chronique de Richard

Depuis que j’anime ce blogue, mon comportement de lecteur a beaucoup changé ! Un des changements majeurs, le plus grand changement, c’est le plaisir que j’ai à découvrir de nouveaux auteurs. Comme lecteur, j’étais plutôt du style pantouflard; lisant des «best sellers», mes auteurs favoris et aussi, des romans vantés par certaines critiques en qui j’avais confiance (Bonjour, Norbert !!!). Mais maintenant, pour fêter la diversité littéraire et souligner la qualité de notre littérature québécoise, j’ai souvent le plaisir de lire des premiers romans, de jeunes auteurs qui débutent ! Et j’adore ces découvertes !

Je me retrouve un peu comme au moment où comme directeur d’école, je faisais l’entrée des élèves à la maternelle. Comme ces petits qui font leur premier pas à l’école, les nouveaux romanciers sont pleins de promesses. Seront-ils persévérants, iront-ils décrocher leur diplôme d’écrivain connu et reconnu, charmeront-ils les lecteurs qui feront la queue pour avoir une dédicace ?
Voilà donc toutes les questions que je me pose, quand j’amorce la lecture d’un premier roman, prêt à aimer, prêt à me laisser charmer mais aussi compréhensif et sensible aux efforts de l’écrivain qui se cache derrière cette première production. Attendant impatiemment l’accueil du lecteur ... et son approbation.
«Répliques mortelles» est le premier roman de Florence Meney, journaliste à Radio-Canada. Née à Dijon, elle est venue au Québec, s’y est sentie chez elle et s’y est établie.
Comme sa créatrice, l’héroïne de «Répliques mortelles» est journaliste dans une grande chaîne de télévision montréalaise. À l’approche de la quarantaine, Elsa Lessard vit des moments particuliers de réflexion sur sa vie, sa carrière, ses amours et ... son passé. Deux ans après le tremblement de terre qui a secoué Haïti, elle participe à la production d’une émission spéciale qui soulignera cet anniversaire. Les images défilent sous ses yeux et le drame ressurgit. Le passé revient la hanter et le présent n’augure rien de bon !
Commence alors une série d’incidents qui viendront chambarder sa vie et la mettre au centre de quelques événements qui la toucheront de près, elle et son entourage.
Qui est ce Denmon qui hante les pages de ce récit ? Un personnage magique et maléfique qui peuple l’imaginaire des Haïtiens ? Un personnage mythique né pendant les horreurs du tremblement de terre et de ses nombreuses répliques ? Que cache-t-il derrière ses pensées macabres ! Quelle est cette seconde menace qui s’abat sur les survivants de la première hécatombe ?
Malgré un faux départ, une mise en place un peu difficile et surtout quelques longueurs à mettre en branle le récit, l’auteure réussit à nous prendre dans les filets de cette histoire. Un début plus serré, un appât où le lecteur ne demande qu’à mordre, des personnages plus rapidement cernés, et ce roman aurait été bien meilleur.
Je m’y suis plu, j’ai aimé ! Et la conclusion du roman vaut largement la peine. Il faut se donner le temps et la patience d’attendre le moment où le récit prend une allure plus rapide et on peut, par la suite, profiter grandement du talent de Florence Meney.
Cette nouvelle auteure écrit bien; elle possède une plume sensible, belle et souvent très imagée. Sa créativité, son inventivité sont mis au service du plaisir du lecteur, surtout dans les derniers deux tiers du roman. Une volonté de bien présenter les personnages, leurs pensées et leurs motivations, freine quelque peu le début de l’histoire. Et comme tout bon lecteur de polar, j’aime me faire accrocher dès le début et me faire baratiner par l’imaginaire de l’auteur. Et me laisser emporter par l’intrigue. Les pensées profondes des personnages, leurs craintes et leurs angoisses passent plus efficacement quand l’intrigue nous a accroché, quand le poisson est ferré à l’appât!
À ce stade, il faut souligner une force. Une très grande force ! Qui aurait pu se transformer en faiblesse. La capacité de l’auteure à mettre en scène des personnages crédibles et attachants, complexes et surtout, bien présentés, bien définis. Malgré une galerie de personnages secondaires trop peuplée, j’ai beaucoup aimé le personnage d’Elsa Lessard; une femme complexe, avec cette «propension dérisoire à réécrire sa vie», aimante mais malheureuse en amour, tellement attachante, avec un tel potentiel, que je voudrais la retrouver dans une autre histoire.
Et aussi, ce duo d’enquêteurs disparates, ces deux opposés que tout éloigne mais qu’un rien rapproche. « ... deux inspecteurs, un grassouillet d’âge mûr, de mauvais poil, et un petit blondinet un peu hippie, tout maigre ...»
Et finalement, ces chapitres où le Denmon nous parle, réfléchit et justifie ses actions, sont une petite merveille ... qui tente parfois de nous faire sauter la clôture du roman policier pour se retrouver, peut-être, dans un espace qui pourrait frôler le fantastique. Seule la finale, nous donne la réponse à cette question. Et cette finale nous réserve quelques surprises ... bien placées ... qui satisfont l’amateur de polars !
Oui, je sais ce roman est loin d’être parfait; il a même de gros défauts qui pourraient rebuter certains. Cependant, le talent de Florence Meney m’incite à vous encourager à lire ce premier roman. Cependant, si vous hésitez, je me ferai un plaisir de vous rappeler la sortie de son deuxième roman. Et alors, je vous soulignerai sûrement les progrès que cette jeune auteure aura réalisés.

 Avant de vous laisser avec ces quelques extraits, j'aimerais vous poser une question. Aimeriez-vous un roman qui commence par cette phrase:  "Comment devient-on assasin ?"

Alors, pour le plaisir:

«Autour d’elle, constatait Elsa avec colère, un sentiment qui n’était pas près de s’éteindre bien qu’elle ne le sût pas encore, les grandes personnes commençaient à s’égayer. On se permettait une phrase, on échangeait quelques mots, des sourires même. La vie reprenait son cours sans Olivier, si vite. Et Elsa, confusément, ne pouvait l’accepter. trente ans plus tard, la colère ne s’était pas apaisée.»
« ... l’attirance diffuse qu’il ressentait pour elle ne demandait qu’à être nourrie, non, juste libérée, pour s’embraser comme une pinède au plus fort de l’été.»
« La bête ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle n’est que sensations brutales et images violentes, déplaisantes, depuis son rapt. Mais peu importe, l’être au sang froid ne connaît pas non plus la peur, mais il connaît la haine, à sa façon. Il veut plus que tout la fin de son ennemi et saura le lui communiquer à la première occasion. D’une forme de vie à une autre. Et ce sera pour l’ennemi le dernier contact avec la vie.»

Bonne lecture !

Richard, Polar Noir et blanc

 

 

Répliques mortelles
Florence Meney
Michel Brulé Éditeur
2012
358 pages

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