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22/02/2012

Les Anges de New York, de R.J. Ellory (chronique 2)

anges_de_newyork.jpgUne chronique de Jacques.

Dans les forums  Internet et  les lieux consacrés aux polars, la sortie  en France de ce nouveau livre de R.J. Ellory a été un évènement. Avec ses trois premiers romans traduits en français : Vendetta ; Seul  le silence et Les Anonymes, celui-ci  s’est taillé une  réputation d’auteur talentueux, à l’écriture originale et aux intrigues sophistiquées   s’inscrivant   dans les problématiques de notre époque. Aussi, lorsque j’ai ouvert son livre,  je savais que j’allais avoir quelques heures de pur plaisir de lecture, un sentiment qui n’est pas si fréquent !

Autant vous le dire d’emblée : je n’ai pas été déçu. L’auteur  nous plonge dans l’univers glauque et parfois sanglant des flics new yorkais de l’époque contemporaine ainsi que ceux des années 1980 : les Anges de New York.

Le héros du roman, Franck Parrish,  est un flic  dont le père a été une légende chez ses collègues,  avant  d’être mystérieusement assassiné alors que Franck était encore enfant.  Dès le prologue, qui est  un véritable morceau d’anthologie du polar noir, Parrish   tente de sauver de la mort un jeune couple,  paumés et drogués.  Tommy a tranché au rasoir  l’artère fémorale de sa à copine Heather avant de menacer de se tuer, et ils se retrouvent tous les deux dans une  baignoire gluante de sang. Franck est là, qui tente à la fois de stopper l’hémorragie de Heather et d’empêcher le suicide de Tommy.  Quelques pages qui mettent d’emblée le lecteur dans le bain, d’une façon brutale, sans prendre de gants, en nous permettant au passage de comprendre les énormes tensions psychologiques accumulées par le héros  au fil des années, des tensions liées autant à son travail qu’aux liens entretenus par  Franck  Parrish avec  le souvenir de son père.

Les relations fils/père ainsi que celles de Franck Parrish avec ses propres enfants vont d’ailleurs  être un des axes majeurs et  particulièrement intéressant du livre. Mais qu’en est-il de l’intrigue  ?

Il est  difficile de bâtir une histoire policière ayant un scénario novateur et surprenant. Tellement de livres ont été écrits sur les thèmes de la folie meurtrière, des pulsions homicides liées à l’argent ou au pouvoir, des meurtres provoqués par l’amour, le sexe, la jalousie  et le désir, que l’originalité d’un polar noir doit être cherchée ailleurs.  Tout le talent  d’Ellory consiste à bâtir son histoire sur des schémas si classiques qu’ils frôlent le cliché (quand ils ne s’y noient pas), et à s’appuyer sans complexe sur  ses schémas pour créer des personnages inoubliables par leur force et leur véracité.  

Car c’est vrai que l’on trouve dans Les Anges de New York  quelques uns des clichés classiques des polars urbains contemporains. Jugez-en  : des crimes touchant de très jeunes filles qui semblent avoir été commis par un même individu ; un flic paumé, alcoolique, à la dérive, mal dans sa peau, mais aussi bon enquêteur obsédé par son travail ;  son  jeune équipier (Radick) qu’on vient de lui coller après la mort en service de son précédent coéquipier et ami, Radick qu’il va découvrir peu à peu puis  apprécier après moult  difficultés d’apprivoisement réciproque ;  des relations  difficiles entre notre flic et sa fille Caitlin, jeune femme qui aimerait bien que son papa la laisse un peu respirer ; du côté vie privée de Parish, des relations encore plus difficiles avec son ex-femme qui semble lui vouer une haine franche et sincère ; des liens très distendues avec son fils ; aucune relation sociale ni même amoureuse, sinon avec Eve, une escort girl qu’il voit de loin en loin…   

On se demande comment,  sur cette base là,  Ellory va s’y prendre pour  ne pas nous lasser et  nous persuader que nous n’avons pas déjà lu cette histoire mille fois !  

Or il y parvient d’une façon magistrale.  Grâce à  son  écriture foisonnante, il   donne au personnage de Franck Parrish une épaisseur rarement atteinte. L’empathie avec lui est presque instantanée alors même que nous découvrons, au fil des pages, ses côtés sombres. Car ce  personnage,  hanté par le souvenir d’un père que chaque flic new yorkais considère comme un héros,  ne veut surtout pas  ressembler à cet homme,  dont il a honte d’être le fils. Il sait – ou croit savoir, c’est un des objets du roman – que  son père John, loin d’être le héros que tout le monde imagine, a   été corrompu par la Mafia, allant jusqu’à tuer pour elle quand celle-ci le lui demandait.   Ce secret, soigneusement caché jusqu’alors,  a suscité chez lui des tensions psychologiques telles qu’elles  risquent de mettre en cause la qualité de son travail de flic.

Les personnages secondaires sont également à la hauteur du héros, que ce soit celui de la fille  de Parrish,  étouffée par un père surprotecteur, de Radick, le  jeune coéquipier qui voue à Parish une admiration  filiale tout en ayant conscience de ses faiblesses, de Marie, la psy qui tente de l’aider à surmonter ses difficultés et qui est parfois au bord du découragement… tous sont crédibles, profondément humains et suscitent notre intérêt.

Autre point fort du livre : la réflexion sur le rôle de la police, son évolution dans la société américaine ainsi que les relations entre  la police et la justice. Ces thèmes fréquemment abordés dans le roman noir américain  sont ici décrits avec justesse et profondeur, sans concession.

Enfin, il y a comme point central du roman  la ville de New York,  admirablement décrite par Ellory, avec ses bas-fonds, ses problèmes de violence,  sa corruption rampante, sa vitalité incroyable… On sent que cette ville le fascine et qu’il cherche à nous faire partager sa fascination et il y parvient de belle façon.

Dans ce  livre dense, foisonnant, d’une grande richesse thématique, aux  personnages superbes, R.J. Ellory nous livre toute la mesure de son talent. Il  nous offre là  un roman noir inoubliable que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte !

Jacques.

A lire : la chronique de Catherine/Velda sur ce même roman

Les Anges de New York
Roger Jon Ellory,
Sonatine, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau,
en librairie en mars 2012

Présentation de l'éditeur

Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C est un homme perdu, qui n a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu il vient de perdre son partenaire et qu il est l objet d une enquête des affaires internes, Frank s obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d un tueur en série qui sévit dans l ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.
Après avoir évoqué la mafia dans Vendetta, la CIA dans Les Anonymes, R. J. Ellory s attaque à une nouvelle figure de la mythologie américaine, la police de New York. Avec ce récit d une rare profondeur, qui n est pas sans évoquer des films comme Serpico, La nuit nous appartient, ou encore Copland, Ellory nous offre à la fois un grand thriller au suspense omniprésent et le portrait déchirant d un homme en quête de justice et de rédemption.