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24/04/2020

Deux balles, de Gérard Lecas

deux balles.jpgUne chronique de Cassiopée

Chez les militaires, quand on se bat ensemble, quand on souffre ensemble, on est frères, à la vie à la mort, unis pour toujours. C’est le cas de Vincent et de Willy. Ils étaient, avec d’autres, en Afghanistan, et puis l’armée française s’est retirée en 2013 et il a fallu rentrer. Pour Willy, en fauteuil roulant, fauché par deux balles…. Six mois plus tard, il est encore en rééducation et on lui propose un exosquelette. Sa belle est à l’île de la Réunion mais il ne lui pas encore expliqué ce qui lui arrive. Son pote Vincent vient le voir, lui rappeler qu’ils avaient un projet : acheter un food-truck et travailler pour la saison d’été. Vincent, il a ses jambes mais c’est la tête qui n’est pas là : SPT. Stress post-traumatique, c’est une souffrance pour lui mais il n’a pas demandé d’aide, il se débrouille avec des boîtes de Lexomil mais ça ne suffit pas toujours pour tenir le coup. Pourtant il essaie de faire face, d’accompagner son pote Willy, de positiver en se tournant vers demain et en le tirant vers l’avenir….il continue de rire avec lui, notamment avec cette pièce de deux balles (2 €) qu’ils utilisent souvent pour prendre une décision … face ou pile ?

Face : une histoire d’amitié, solide, de celles qui ne s’expliquent pas, qui se vivent à fond face à l’horreur de la guerre et des batailles, face aux filles dont les yeux pétillent pour l’un ou l’autre, face à l’adversité qu’il faut combattre (le handicap pour Willy, une vie de famille où il ne reconnaît plus rien pour Vincent).

Pile : un récit sombre, empli de désespérance où l’on découvre, en même temps que Vincent que son père et ses frères ont perdu pied. Sa chambre n’est plus à lui. L’hôtel de son paternel est devenu un repaire plutôt mal fréquenté et ses frangins trempent dans de sales magouilles où ils essaient de l’entraîner.

Vincent est partagé entre ses deux lieux : le centre où son « frère » subit des séances de kiné, des essais d’exosquelette, et l’hôtel avec ceux de sa famille qui dérivent et qu’il ne reconnaît plus. Finalement, quand il est « là-bas », loin, avec les collègues soldats, il a une raison d’être, d’agir. Là, d’un coup, c’est le vide abyssal. A quoi se raccrocher ? Il sent, il voit que Willy n’y croit plus, que le van pour tous les deux, il va peut-être falloir y renoncer …..Quant aux combines familiales, il les vomit, elles le rendent malade et il n’en veut pas mais il est seul face à cet état de faits….

C’est tellement difficile pour ces hommes qui reviennent du front de se réintégrer dans une vie ordinaire, de retrouver une place, un but, un objectif. Dans ce roman, Gérard Lecas exprime le mal-être de ces deux amis, leur arrivée dans une vie qui ne représente rien pour eux.  Ils ne sont plus là-bas, ils ne sont pas d’ici, ils sont de nulle part et ils n’ont plus de place. C’est avec une écriture incisive, un style vif et puissant que l’auteur nous emmène dans un monde bien sombre qui n’est pas sans rappeler certaines réalités et c’est en ça que ça fait mal….

Malgré sa noirceur, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Le ton est vraiment juste, ancré dans le réel. Les personnages ont de la consistance, leur approche psychologique est intéressante, l’histoire est cohérente. Le tout donne un recueil au ton dur, mais qui est une belle découverte.

 

Éditions : Jigal (15 février 2020)
218 pages

Quatrième de couverture

Juin 2013, l'armée française engagée en Afghanistan se retire, le caporal-chef Vincent Castillo rejoint à Marseille Willy, son frère d'armes grièvement blessé au combat. Pour leur retour à la vie civile, ils avaient rêvé un projet : acheter un food-truck. Pour l'heure Willy est en chaise roulante et Vincent sous neuroleptiques. Vincent retourne chez son père, dans cet hôtel recyclé en foyer d'accueil pour migrants. Il retrouve là ses deux frères, qu'il n'a pas vus depuis longtemps et qui ont tous les deux bien changé...

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