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27/08/2020

Marilou est partout, de Sarah Elaine Smith (Marilou is Everywhere)

Marylou.jpgUne chronique de Cassiopée

Cindy vit à Pennsylvanie, dans une maison délabrée où l’électricité est rarement payée. Il n’y a pas toujours de quoi manger. Le père est absent, la mère disparaît régulièrement et elle est complètement détachée de ses enfants. Cindy survit plus qu’elle ne vit dans cette famille. Le collège, c’est en pointillés comme le reste d’ailleurs… Virgil, son frère aide une voisine qui vit avec sa fille, Jude. Elle aussi n’a pas de paternel, il passe parfois…mais ne s’attarde pas. Virgil et Jude ont été (sont ? là aussi, c’est assez flou) en couple. Jude, contrairement à Cindy, est une adolescente assez appréciée, plutôt populaire auprès de leurs camarades. Elles ont peu de points communs. Virgil fait des petits travaux chez la mère de Jude. Parfois Cindy et son autre frère l’accompagnent.

Un été, suite à une sortie entre jeunes, Jude disparaît. Fugue, enlèvement, chute et amnésie ? Tout est envisagé. Pour aider un peu la Maman de Jude, Cindy, qui est plutôt désœuvrée, va quelques fois dans la demeure voisine, puis de plus en plus souvent, comme si elle y trouvait quelque chose qui lui fait du bien. La génitrice de Jude est plutôt perdue, elle boit beaucoup et sa mémoire lui joue des tours. Elle s’imagine de temps à autre que sa fille est là chez elles. Est-ce que son esprit chavire ? Est-ce qu’elle prend Cindy pour Jude ? Une étrange relation se tisse entre ces deux-là. Comme si Jude avait laissé une place vacante, occupée peu à peu par Cindy, tant dans l’espace habitable que dans le cœur d’une femme. C’est bizarre, on se demande sans cesse si c’est malsain ou si ça leur fait du bien.

C’est Cindy qui parle dans le roman écrit à la première personne.
« Je n’avais jamais été moi-même, et trouvais ça insuffisant. »
Est-ce que se glisser dans la peau d’une autre lui donne l’impression d’exister, d’être quelqu’un, d’habiter un autre monde ? C’est une adolescente insolite, totalement atypique, qui évoque la vie avec des mots poétiques. Elle observe et décortique ce qu’elle voit et en parle avec un vocabulaire issu du seul livre qu’elle a chez elle : Les contes et légendes de Chine.

« Le temps s’est assombri telle la vie qui s’écoule d’une créature. »
Alors que son quotidien est fait de misère, son esprit s’évade vers d’autres possibles. Elle part à la dérive, s’incruste dans la peau d’une autre. Peut-être qu’elle pense aider Bernadette, la mère de Jude, en agissant comme cela ? Elle ne la laisse pas seule et cela lui sert de justification. Il y a pourtant une angoisse sourde qui suinte à travers les lignes. Quel avenir pour l’une et l’autre, pour tous ceux qui sont autour ? Peut-on cautionner cet état de fait, peut-on accepter de « faire comme si » ?

Avec une écriture délicate, pointilleuse, l’auteur nous emmène dans un récit surprenant, douloureux, mais original. Elle porte un regard acéré, précis, sur chacun de ses personnages. Il y a une espèce d’empathie pour chacun mais elle n’en fait pas trop. Ils ont des difficultés, leur vie n’est pas aisée, mais tous essaient, malgré tout d’avancer.  Dans ce presque huis-clos, chaque protagoniste a une place particulière dans la vie de Cindy, chacun joue sa partition, les interactions sont peu nombreuses, comme si elles faisaient peur. Comme c’est Cindy qui raconte, on est au cœur de ses pensées, de ses ressentis, de ses émotions. On devrait avoir pitié mais on ce n’est pas vraiment le cas. On s’interroge surtout sur le « comment va-t-elle rebondir, se sortir de cette situation où elle s’enfonce ? » et lorsqu’on découvre les derniers chapitres, on est encore surpris.

Cette lecture m’a étonnée et m’a beaucoup intéressée. On sort des sentiers battus et ce n’est jamais pesant.

NB : Merci à la traductrice qui a fait un bon travail !

 

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié
Éditions : Sonatine (28 Août 2020)
470 pages

Quatrième de couverture

Élevée au cœur de la Pennsylvanie rurale, Cindy, une gamine livrée à elle-même, ne sait rien du rêve américain. Lorsqu'une belle adolescente surnommée Marilou disparaît près de chez elle, Cindy se rapproche de la mère de celle-ci, Bernadette. Jusqu'à ce que l'impensable se produise : Bernadette, folle de douleur, la prend peu à peu pour sa fille. À quel prix cette illusion fragile peut-elle tenir?

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