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04/04/2015

Bélem, de Edyr Augusto

belem.jpgUne chronique de Bruno (BMR).

Pour celles et ceux qui aiment la samba.

Johnny be bad.

Bien sûr on est toujours curieux de découvrir un nouvel auteur. Un nouvel auteur de polars qui plus est. Et un nouvel auteur de polar qui vient d'un pays que l'on connait si peu : le Brésil !
Et puis il y a ce titre qui fait rêver …
Alors évidemment on s'est jeté sur Edyr Augusto et son Belém, dont EncoreDuNoir (et d'autres) disaient beaucoup de bien.
Aïe ! Douche froide dès les premières pages. Une écriture nerveuse, sèche, faite de courtes phrases. Une violence crue. Tout cela n'est guère confortable, on s'apprête à refermer l'extrait.
Et puis soudain, au détour d'un chapitre, le premier portrait.
Un simple personnage secondaire. Edyr Augusto nous balance toute une vie à la figure, depuis l'enfance jusqu'à ce jour.
Purée, ce gars-là sait écrire. En quelques pages tout un personnage surgit devant nous, toute sa vie.

« […] Vous êtes un vrai curé, vous. On vous raconte tout sans même s’en rendre compte ».

Souvent pas bien gaies les vies dans cet état du nord du Brésil, près du Suriname et de la Guyane, là où l'Amazone forme son delta : c'est le Pará. Une région où l'on rêve beaucoup, où l'on frime un max et où l'on déchante forcément encore plus.
Alors on est accroché, hameçonné comme dans la pêche au large et on continue de lire.
Et on ne sera pas déçu : les portraits vont s'enchaîner tout au long de ce roman, Edyr Augusto excelle dans cet art et toutes sortes de personnages, plus ou moins importants, plus ou moins sympas, plus ou moins ragoûtants vont défiler devant nous comme on défile dans les écoles de samba. Quasi nu.
Peu à peu on s'habitue à cette écriture sèche et nerveuse, à cette violence qui semble imprégner et le Pará et le bouquin.
On finit même par se prendre de curiosité pour cette drôle de faune qui nous est montrée : la 'haute' société de Belém, façon jet set, fils à papa et filles à papys, coiffeur gay, starlette cocaïnée, caïd gonflé, ...

« […] Plusieurs choses le dérangeaient, dans cette affaire. L’une d’elle était la classe sociale des personnes impliquées.
[…] Toute une bande. Des gens chics, j’ai l’impression, bien portés sur la came. Rien que des proprios de boutique, des patrons, des bons vivants.
– Hmm…
– Le genre de gens qui n’ont rien d’autre à faire dans la vie que de dépenser leur fric et s’amuser »

On n'aura guère le temps de faire la connaissance de Johnny le coiffeur : c'est son cadavre qui fait l'ouverture. Overdose ? Sûrement docteur, mais de quoi exactement ?

« […] Le célèbre coiffeur Johnny retrouvé mort. Le corps sans vie de Johnny, coiffeur de la jet-set, a été retrouvé dans son appartement. Aucune trace de violence. L’institut médico-légal a diagnostiqué une cardiomyopathie hypertrophique, cause probable du décès. L’inspecteur Gilberto Castro, du commissariat de Cremação, a été dépêché sur place et mène l’enquête. »

Au fil de l'enquête on découvrira qu'il y a gay et gay et que ces gays-là ne sont pas toujours aussi sympas qu'on le croit.
Car oui, il y a enquête. C'est Gilberto Castro, Gil pour les intimes, qui s'y colle.
On glose souvent sur la kyrielle de flics imbibés d'alcool qui peuplent nos étagères de polars.
Mais alors là, respect ! Gil mène le défilé et on a visiblement eu la chance de le choper entre deux cures de désintoxication.
On a donc là un bouquin très inconfortable : une région totalement méconnue et pas franchement attirante, une écriture qui tient plus du kick-boxing que du cocooning, une micro-société complètement surfaite, un flic totalement désespérant, du sexe en tous genres, de la corruption, des trafics en tous genres (j'ai encore dit en tous genres) et de la violence. Beaucoup de violence. Froide, dure.
Celle qui ne cherche pas à faire peur mais qui fait mal.

« […] – Écoute, ça fait des mois qu’on bosse là-dessus, à réunir autant de preuves que possible. Si tu nous grilles notre coup, on risque de très mal le prendre…
– Sans déconner. Et donc ce meurtre reste impuni ?
– Non. Mais d’abord, tu nous laisses nous occuper de lui. Après, et seulement après, tu pourras lui mettre cet homicide sur le dos.
– Et si je refuse ?
– Ça se passera mal pour toi, tu m’entends ?
[…] Il semblait y avoir une levée de boucliers générale pour protéger ce Cristovão : la police civile, la fédérale, tous unis pour le couvrir, putain. Mais il était hors de question de baisser
les armes. S’arrêter là, et puis quoi ? Oublier l’assassinat de Babalu ? »

Et finalement on remercie Edyr Augusto de nous secouer un peu le fauteuil et les neurones. On lui sait gré de revivifier le genre.
D'ailleurs, jusqu'à la toute fin, jusque dans les dernières pages, il ne faillira pas : on ne vous en dit pas plusbelem_auteur.jpg évidemment, mais sachez que le dénouement est à la hauteur de tout le bouquin. Inhabituel.
Amateurs de polars, précipitez-vous sur celui-ci, un bouquin qui ne s'oublie pas une fois refermé. Après la vague nordique, ce vent qui souffle sur les plages amazoniennes, ça décoiffe !
Un coup de cœur oui, mais de ceux qui frisent la crise cardiaque : comme celle qui commence le bouquin et termine la carrière de Johnny, le coiffeur au nez poudré, le gay pas si gai.
Johnny be bad.

Bruno ( BRM) : les coups de Coeur de MAM et BMR

 

Belém
Edyr Augusto (Auteur)
Diniz Galhos (Traducteur)