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05/02/2012

Hôtel Adlon, de Philip Kerr

hotel_adlon.jpgUne chronique d'Albertine.

En premier lieu, parlons du principal personnage, Bernie Gunther : lorsqu’il est détective de  l’hôtel Adlon en 1934,  notre héros de la trilogie berlinoise est franchement anti nazi : n’a-t-il pas démissionné de la police en 1933 pour échapper au processus de nazification ? Lorsqu’on le retrouve à Cuba vingt ans plus tard, en 1954, son CV montre que les compromis ont largement émaillé son parcours, qu’il a dû maintes fois « faire avec » une société totalement dominée par le nazisme, et l’on peut croire qu’il n’a rien à envier aux criminels de guerre allemands qui ont réussi à échapper aux tribunaux. Son anticommunisme semble aussi viscéral que son antinazisme, pour en pas dire plus grand encore… ; et ses relations avec la mafia cubaine sont étrangement conviviales ; Voilà un personnage qui cultive l’ambiguïté, même si le lecteur se persuade qu’au fond, c’est un honnête homme (ce dont lui-même arrive à douter, et c’est tout à son honneur !). L’humour et la provocation lui donnent la distance nécessaire pour éviter la contamination avec le mal absolu ; ils sont l’expression d’un courage que nous ne pouvons qu’admirer, et qui lui évite de sombrer dans la catégorie des salauds. Et pourtant !

 Alors, parlons de l’histoire… elle commence en 1934, par la description du bruit du pas cadencé des soldats allemands qui défilent tandis que les passants les saluent « sous un flot de drapeaux et de bannières nazis qu’arboraient les soldats- toute une mercerie de tissu d’ameublement rouge, blanc et noir ». Les choix politiques du narrateur et du héros sont clairement exprimés. Et ce premier chapitre va se clore par la mise hors de combat d’un policier soupçonneux qui interroge Bernie Gunther sur son allégeance au nazisme, infirmée par sa démission de la PJ de Berlin en raison de son adhésion à la vieille république de Weimar. La morgue de Bernie, son courage, sa froide détermination à survivre, tout est dans cette scène inaugurale qui nous fait dire que la fin de l’histoire d’un homme est dans son commencement. Il aura à former un officier aux bonnes pratiques policières (90), devenant ainsi enquêteur sur son propre crime ; il aura à prouver  que sa propre ascendance est aux quatre quarts aryenne, même si elle ne l’est qu’aux trois quarts… Mais il aura aussi à trouver comment un noyé dans l’eau douce peut avoir de l’eau salée dans les poumons. Cette enquête avortera dans la mesure où une « victime » juive (qui se nomme Isaac Deutch !) n’est pas une victime dans le Berlin de 1934, mais elle lui permettra de séduire la belle journaliste  américaine juive Noreen Charalambides. Il  traquera la vérité d’un homme d’affaire américain, Reles, qui trafique les marchés et élimine les importuns sans état d’âme ; il découvrira ainsi que la mort naturelle d’un voyageur de l’hôtel Adlon a été proprement provoquée. Il nous transportera sur le chantier du stade des jeux olympiques, avec sa gestion de main d’œuvre « efficace » ; dans les milieux de la boxe ; dans la zone fangeuse où sont réfugiés les juifs pourchassés … vision panoramique dune société harnachée dans la peur et la pensée dominante ; mais aussi histoire à rebondissements lorsque Gunther se retrouve prisonnier de la gestapo, puis de Reles, et ne lui échappe que par un chantage bien compris.

 Sa vie vingt ans après dans Cuba de 1954, renouera avec ces personnages d’un lointain  passé : l’ennemi d’hier peut il devenir un allié ? l’amante d’autrefois peut elle être une ennemie ? Gunther est il sans foi ni loi, définitivement ?

 Albertine, février 2012

 Hôtel Adlon
Philip Kerr
Editeur : Le Masque (11 janvier 2012)
Collection : Grands Formats
510 pages; 22,50 €

 Présentation de l'éditeur

Dans ce sixième épisode, retour aux sources.
Berlin, 1934 : Le monde est aveugle. Mais Bernie Gunther, lui, ne l’est pas. Après avoir quitté la police de plus en plus nazifiée, il est chargé de la sécurité des résidents du célèbre hôtel Adlon. Le dirigeant d’une entreprise de construction est retrouvé assassiné dans sa chambre. Quelque temps plus tard, on repêche le cadavre d’un jeune boxeur juif. Y aurait-il un lien entre ces deux meurtres ? Dans le même temps, Bernie fait la connaissance de deux résidents de l’hôtel : une talentueuse et ravissante journaliste qui milite pour que les États-Unis boycottent les Jeux olympiques de 1936 et un gangster américain proche de la mafia de Chicago, bien décidé à s’enrichir grâce aux J.O. Sur fond de montée de la discrimination à l’égard des juifs, Bernie découvre un réseau de sociétés écrans, destinées à détourner les sommes pharaoniques que les nazis sont prêts à dépenser pour exhiber le nouveau visage de l’Allemagne grâce à la construction du stade prévu pour accueillir les J.O. . La lumière sur cette affaire ne se fera que vingt ans plus tard, dans le Cuba prérévolutionnaire.

 

 

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