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18/10/2021

Les eaux noires, d'Estelle Tharreau

eaux.jpgUne chronique de Cassiopée

C’est presqu’au milieu de nulle part … Yprat, une baie peu habitée dans le Nord. Un cul de sac en quelque sorte avec quelques maisons. Tout se sait, tout se voit, tout s’entend … Pourtant dans chaque demeure, il y a des secrets, des non-dits. On s’attarde d’abord sur Joséfa qui élève seule sa fille, Suzy, 17 ans. Elle travaille de nuit et a confié la clé à des voisins obligeants que Suzy pourra appeler en cas de problème. Elle n’a pas vu ou plutôt pas voulu voir que son adolescente est en train de devenir une belle femme… Les enfants restent toujours les « petits » de leur mère. Alors quand Suzy est retrouvée morte dans une tenue légère, cette mère ne peut pas y croire. Ce n’est pas possible, qu’est-ce qui lui a échappé, de quoi est-elle coupable, elle qui a fait le maximum pour sa progéniture ?

Elle harcèle la police, les amies de Suzy, les voisins, celui qui sort le soir pour fumer, celui qui se promène la nuit pour faire des clichés d’oiseaux nocturnes, celle qui voit tout derrière ses rideaux…
Bien entendu, elle n’obtient pas de réponse, personne n’a rien vu ou personne ne veut parler, comment savoir où se situe la limite ? Elle devient lionne, s’accroche, insiste, sombre dans des espèces de délire, se met en colère contre tout le monde. Elle ne comprend pas, elle veut des réponses. On sent que c’est une mère courage, qu’elle se battra toujours quitte à y laisser son emploi, sa santé, ses quelques soutiens ….

Mais la situation traîne, les gens se moquent de cette femme qui continue de croire qu’elle va trouver le coupable. Enfin, sa fille dans cette tenue affriolante, ça voulait bien dire quelque chose non ? Et puis cette maman n’était-elle pas très (trop ?) proche de certains voisins célibataires ? On peut légitimement se poser des questions, non ?

Dans cette baie, tout se sait, mais rien ne se sait. Sans doute la faute à quelques taiseux, à quelques langues de vipère, les uns ne parlent pas assez, les autres parlent trop….pas de mesure et si en plus on rajoute les menteurs….

Avec une plume acérée, quasi chirurgicale, Estelle Tharreau décrit à la perfection ce microcosme humain. Chaque personnage est détaillé dans ses forces, dans ses failles, dans ce qu’il est, dans ce qu’il fait, dans ce qu’il cache, dans ce qu’il montre. Personne n’est vraiment celui ou celle qu’on imagine. Plus on avance dans le roman, plus on découvre de ci de là une petite révélation qui peut changer le cours de l’enquête qui piétine. Cela modifie également notre regard sur les habitants de ce coin paumé où même la nature semble hostile.

Le récit avance au fil des jours, des semaines, des mois. On suit les recherches de Jo, les investigations des policiers. Si la mer pouvait parler, si les vagues pouvaient murmurer… car c’est bien cette baie qui est le témoin majeur, celle qui sait tout et ne peut rien dire. En lisant, je visualisais les flots grondeurs, les cailloux, j’entendais le vent, le bruit du ressac, je sentais l’iode, et j’avais peur parfois… parce qu’on plonge dans cette histoire, elle nous colle à la peau, on ne peut pas la lâcher, on veut savoir, on veut que Jo trouve la paix ou quelque chose d’approchant….

Ce livre est réussi, il y a du rythme malgré un lieu pratiquement fixe qui fait penser à un huis clos, l’angoisse monte au fil des pages car on sent bien que personne n’est clair, qu’il faut se méfier et qu’une étincelle peut tout enflammer.

C’est un excellent thriller avec une approche psychologique des individus très intéressante.

Éditions : Taurnada (7 Octobre 2021)
ISBN : 978-2372580922
252 pages

Quatrième de couverture

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés. L'assassin restant introuvable, à l'abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage…

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