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13/10/2011

Entretien avec Eric Giacometti

leseptiemetempier.jpgAprès avoir chroniqué  le septième templier, Cassiopée a interrogé pour Un Polar collectif un des deux auteurs, Eric Giacometti. Ses réponses sont  sans concession et d’une sincérité totale. Je vous conseille en particulier de lire sa dernière intervention, dans laquelle il parle du monde du polar d’une façon aussi passionnée que juste !

La chronique de Cassiopée sur « le septième templier » EST ICI !

 Cassiopée.  Quand et comment a commencé votre collaboration  avec jacques Ravenne ? Aviez vous écrit seul(s) auparavant (en étant publié) ?

 Eric Giacometti. L'aventure Marcas a commencé en 2004, nous avons eu l'idée d'un commissaire franc-maçon à la suite de longues discussions entre nous deux. Nous voulions un héros « franc-mac » intègre, qui croit en son idéal, aux antipodes de l'image véhiculée par les médias présentant systématiquement les maçons comme des corrompus et des affairistes. En  tant que journaliste au Parisien, j'avais enquêté à la fin des années 90 sur les dérives de la maçonnerie sur la Côte d'Azur, qui avaient défrayé la chronique avec l'action du procureur de Nice, Eric de Montgolfier. A l'époque je n'avais vu que la face sombre des frères, je n'avais pas une très haute opinion de ce mouvement, excepté pour les aspects symboliques, ésotériques et historiques, très riches. J'ai change d'opinion par la suite, Jacques m'a fait découvrir des maçons plus intègres et fait lire des ouvrages pertinents sur la question. Et puis, il m'est arrivé une anecdote assez curieuse. En 2002, un polar paraît dans la série noire, « Accusé, couchez-vous », de Michel Embarek, dans lequel le salaud de l'histoire se nomme Eric Giacometti, notable franc-maçon corrompu (jetez un œil à la quatrième de couverture, c'est assez cocasse). L'auteur ne me connaissait pas et il a pris mon nom au hasard. Au début j'ai trouvé ça drôle mais quelques mois plus tard, des confrères ont été persuadés que j'en étais, que c'était un clin d'œil à une appartenance maçonnique et j'ai entendu les pires conneries sur moi : comment j'avais eu mes sources, pourquoi j'avais eu de l'avancement, etc. J'ai compris alors ce que pouvaient ressentir les maçons quand ils entendaient des allégations à leur encontre. Depuis cette histoire, je suis plus que méfiant quand je lis dans les journaux des dossiers sur les réseaux maçonniques, même si c'est une réalité mais moins importante qu'on ne le croit...

Pour revenir à Marcas, j'avais déjà publiée en 2004,  un polar chez Fleuve Noir, « Pannes de coeur », dans la collection Polar santé, sous la direction de Béatrice Duval, éditrice de grand talent, et Roger Lenglet, avec pour ambition de révéler sous forme de polars noirs les scandales de santé publique. J'avais été journaliste d'investigation dans ce secteur pour le Parisien et j'avais traité pas mal d'affaires pourries (sang contaminé, hormones de croissance, effets adverses du vaccin hépatite B, Isoméride du laboratoire Servier, etc) et publié un livre d'enquête chez Albin Michel, « la Santé publique en otage » sur les dérives des labos pharmaceutiques. Pannes de coeur ne fut pas un  hit (rires) mais j'ai sympathisé avec Béatrice Duval qui à l'époque relançait Fleuve Noir et a aligné depuis pas mal de succès (Le diable s'habille en Prada, Les Myron Bolitar d'Harlan Coben, Robe de Mariée et le Chuchoteur chez Calman Levy, Le vieux qui voulait pas fêter son anniversaire aux Presse de la Cité).  Nous nous sommes ensuite rencontrés avec Jacques et en 2005 est sorti « le Rituel de l'Ombre », le premier des Marcas. Le livre a très bien marché, au total nous avons du en vendre 170 000 exemplaires, et a été publié dans quinze pays. Depuis, nous écrivons un Marcas par an, sous la direction éditoriale de Céline Thoulouze du Fleuve Noir. J'ai par ailleurs écrit un autre polar, chez Michel Lafon, « Tu ne marcheras jamais seul », avec Karin Nedjari, directeur adjoint des sports sur Canal +, sur les dérives dans le milieu du foot.

 Cassiopée.  Vous répartissez vous les rôles, les chapitres, les recherches dans le travail d’écriture ? La "trame" est elle discutée à deux en amont de l’écriture?

  Eric Giacometti  Nous nous réunissons pendant l'été pour bâtir la trame, définir les personnages, trouver le secret et je peux vous dire que débusquer tous les ans un secret qui bouleverse l'humanité, c'est pas évident (rires). Ensuite, j'écris la partie contemporaine, Jacques l'historique mais chacun relit et corrige les chapitres de l'autre. Un exemple, toutes les scènes de tenue maçonniques contemporaines, sont écrites par Jacques, pour des raisons de véracité évidente. Au bout d'un moment, on ne sait plus très bien qui a rédigé quoi (rires).

 Cassiopée.  Vous arrive- t-il de ne pas être d’accord? Que faites vous dans ce cas?
Pourquoi écrire à deux? Motivation, idées, nouvelle expérience, envie de vivre quelque chose avec un ami?

 Eric Giacometti. Oui, bien sûr mais, et c'est ce qui fait notre force, nous acceptons les critiques de l'autre sans une once de susceptibilité mal placée. On se connait depuis l'âge de 16 ans, on s'est déjà engueulé de nombreuses fois et pour des sujets autrement plus personnels. S'il me dit qu'un chapitre est mal foutu, je sais qu'il aura raison, et inversement. Nous sommes très complémentaires, lui est littéraire de formation, moi je suis journaliste. Lui a lu énormément de classiques, a conduit des études sur Paul Valery, il est incollable sur Sade, Lautréamont ou Bonnefoy, et moi j'ai baigné très jeune dans un univers de culture plus populaire, Bd, comics, cinéma, TV, etc., je peux parler des heures de l'influence du  Nick Fury de Jim Steranko sur le pop art, du blasphème du choix de Daniel Craig pour 007 ou de la fin naze de Lost. Certes je caricature un petit peu, je relis régulièrement Gérard de Nerval, j'aime beaucoup Cocteau et Jacques est un passionné d'Elroy et de « Broadwalk Empire » mais à nous deux, nous télescopons deux univers culturels complémentaires. Je ne veux pas faire de lieux communs mais la somme de nos personnalités est supérieure aux parties séparées. Les aventures de Marcas ne sont qu'un début, il est clair que nous avons l'envie de créer d'autres séries littéraires...

 Cassiopée.   Rennes le château et l’énigme sacrée, le Saint Graal, le trésor des Templiers…. Pensez vous qu’ il n’y a pas de fumée sans feu ? Croyez vous que d’autres découvertes sont à venir ?

  Eric Giacometti. Nous nous sommes connus alors que nous dévorions les mêmes livres sur ces sujets. Nous lisions les poches à couverture rouge Jai Lu l'aventure mystérieuse, les grands formats noirs chez Robert Laffont. A l'époque, nous prenions ces récits pour argent comptant et nous sommes même partis, à 17 ans, fouiller à Rennes-le-Château et à Montségur. Depuis, notre vision a changé. Il est clair qu'il y a aussi pas mal de charlatanisme et d'attrape gogos dans ces univers. Pour ma part, je ne sais pas s'il y a un fond de réalité dans ces histoires mais ce qui est certain c'est qu'elles ont un pouvoir imaginaire extraordinaire. Et en cela, je les respecte. Contes de fées pour adultes ou traditions initiatiques ? A la rigueur peu importe, elles nous servent comme matériaux pour des romans et c'est très agréable. Découvertes à venir ? Regardez le rebondissement dans l'affaire de Rennes le château avec la découverte de l'entrée d'une grotte par trois chercheurs fin juillet. Le Parisien/Aujourd'hui en France a fait sa Une, sous ma plume (avec un traitement distancé naturellement, je ne confonds pas mon activité de romancier et de journaliste), TF1 a envoyé une équipe... Si ça se trouve, il n'y a rien, et pour le moment c'est bien le cas, mais en plein coeur de l'été ça fait rêver.  Au fond, on a tous envie de découvrir le trésor des templiers, le Graal ou l'Arche d'alliance, comme Indiana Jones. Et bien, Antoine Marcas s'en charge pour nous...

 Cassiopée.  N’avez-vous pas peur que l’Eglise saint Merri soit un peu trop « visitée » suite à votre roman ?

   Eric Giacometti. Non mais je demanderai la prochaine fois au curé de la paroisse s'il a vu passer des lecteurs...

 Cassiopée.  Avez-vous un autre livre en chantier ? De quoi parlera-t-il ?

 Eric Giacometti. La suite du prochain Marcas, parution mai 2012. Ce sera une sorte de suite au Septième Templier.

 Cassiopée.  Vous avez droit à un lieu pour vous définir, lequel choisissez vous et pourquoi ?

 Eric Giacometti. Une vieille villa, remplie de souvenirs et de palmiers, à Alicante, dans le sud de l'Espagne. Pour des rêves nourries pendant ma jeunesse et qui se sont réalisés.

 Cassiopée.  Auriez-vous autre chose à dire à nos lecteurs?

 Eric Giacometti. Oui, puisque nous nous exprimons dans un blog polar, je veux ajouter quelques mots. Au bout de sept  années de Marcas, et après avoir gagné la confiance d'un nombre de lecteurs considérable, je suis toujours dubitatif devant le manque d'ouverture d'esprit dans le  milieu du polar. Disons-le clairement, dans ce milieu, le thriller en règle générale, et le thriller ésotérique en particulier, est vu avec méfiance. En gros, plus ces livres ont du succès, moins ils sont  considérés. Et malheur à vous quand vous apparaissez dans un classement des meilleures ventes (rires) vous êtes catalogué auteur commercial (quelle horreur). Heureusement, que des blogs comme le vôtre sont plus en avance... En France, il existe une critique journalistique très pointue sur  le polar mais pas sur lE thriller. Pour ces spécialistes, le polar doit être obligatoirement réaliste, souvent social, parfois engagé, il doit dénoncer les travers de notre société, le tout avec un style affirmé...Ce sont des dogmes. Des dogmes, certes respectables, mais qui empêchent d'emprunter les chemins de traverses de l'imaginaire et en tout cas qui ne s'appliquent pas au thriller. Le grand public, lui, est beaucoup plus ouvert et ne connait même pas ces dogmes.

Le milieu met donc les auteurs dans des cases, ça c'est du polar noir (excellent !), ça c'est du thriller commercial (pouark !), ça c'est sorti chez tel éditeur ( c'est de la bonne came), ça c'est chez un autre éditeur (à la poubelle ou sur Price minister pour le vendre d'occasion). C'est dommage. Je vais vous donner une anecdote. Un jour, je rencontre un critique spécialisé dans un cocktail, qui me félicite gentiment des ventes des Marcas, je le remercie et lui demande s'il en a lu un. « Non, me répond t-il, je n'aime pas les thrillers ésotériques, mais quand vous écrirez un vrai polar, promis je le lis ! » Autre anecdote. Au début des Marcas, nous étions invités à un salon du polar, avec Jacques. Je regarde le programme et je pose la question toute bête : tiens c'est bizarre il y a plein d'auteurs que je ne connais pas, sûrement talentueux, mais pas les auteurs de thrillers que j'aimais en tant que lecteur. Pas de Grangé, auteur de thriller le plus populaire en France, pas de Chattam (est-il besoin de le présenter), un type me regarde avec des grands yeux horrifiés comme Christopher Lee quand il voyait  un crucifix pendant sa période Dracula: « cher monsieur, le thriller c'est pas du polar ».  C'est à ce moment là que j'ai entendu parler pour la première fois des tables de la loi du noir, dont j'étais totalement ignorant en tant que lecteur. Il y aurait donc, en France, d'un côté la littérature polar pour les amateurs éclairés, avec des auteurs encensés, invités d 'honneur de salon en salon, et de l'autre, la production de masse, marketing, pour le grand public qui n'y connait pas grand chose, et c'est bien connu n'a pas de sens critique. Cette grille d'analyse est obsolète. Les lecteurs, eux, voient la somme de travail qu'il faut pour écrire un pavé de plus de cinq cents pages avec ce qu'il faut de rebondissement pour le tenir en haleine, de complexité pour nouer les différentes intrigues, d'informations distillées ça et là (sur facebook, les lecteurs de la page Antoine Marcas en sont friands), de temps passé à ré écrire des passages qui ne tiennent pas la route.

Bref, ce clivage n'existe qu'en France, les auteurs anglo-saxons ne se posent jamais la question. Regardez les sélections polar dans certains dossiers, ou les critiques dithyrambiques sur des auteurs, vous verrez apparaître souvent les mêmes noms et jamais certains autres. Que les chose soient claires, avec Jacques nous avons eu notre lot de bonnes critiques dans la presse, à la radio ou la télévision (plus par des critiques généralistes que spécialisés polar). Mais ce que je regrette c'est un état d'esprit trop élitiste. C'est vraiment curieux, certains ont juste oublié un détail, le polar a été, à  la base, un genre populaire, dédaigné par la « grande littérature », méprisé par la critique de l'époque, du roman de gare tout juste bon à finir à la poubelle. Le roman feuilleton du 19ème, qu'il est de bon ton maintenant d'apprécier, était conspué dans les cénacles parisiens. Disons que maintenant, la critique polar (à quelques exceptions) reproduit le même snobisme. Vous voulez vous faire mal voir dans un salon de polar ? Dîtes que vous adorez le dernier SAS (rires), que Gérard de V. est un auteur populaire (l'insulte suprême) ou plantez-vous sur votre stand en lisant le dernier Dan Brown. Tendez l'oreille, les ricanements fuseront à coup sûr : « nous on fait de la qualité, pas de la daube ». C'est amusant et paradoxal quand on sait que tout auteur rêve de vivre de sa plume et donc d'avoir des quantités de lecteurs... Je caricature mais c'est tellement prévisible. Pour ma part, je refuse ces clivages. On peut aimer Pouy, Férey ou Chainas et se régaler avec du Fleming, Grangé ou Chattam. Quand j'étais plus jeune, j'alternais les aventures exotiques de Bob Morane, d'Henri Vernes, et celles plus sombres, dans Harlem, de l'inspecteur Ed Cercueil Johnson de Chester Himes, je revois toujours avec le même plaisir « Opération Tonnerre », avec 007 version Connery et le « Juge Fayard « d'Yves Boisset,  ou le « Grand Sommeil » d'Hawks et « Benjamin Gates » et ses templiers. Du moment que dans chaque genre ce soit de qualité. Quand je me mate une bonne saison de 24 heures chrono, je me fous que ça soit du thriller et pas du polar !

Un des meilleurs exemples de syncrétisme polardo-populaire qui explose les conventions est le « Livre sans Nom ». On y croise des chicanos tordus, très réalistes, un sosie d'Elvis, des moines déjantés, un serial killer mémorable, un secret limite ésotérique, l'ombre des vampire, le tout dans un ambiance Desperado à la Roberto Rodriguez, disciple de Tarantino.  Ca vitriole les dogmes du polar franchouillard bien comme il faut. Et en plus, c'est sorti chez Sonatine, l'éditeur ultra tendance qui a le vent en poupe auprès des critiques et du public. Carton plein. Au détail près, les auteurs américains bénéficient systématiquement d'une prime à l'innovation. Je suis persuadé qu'un auteur français aurait sorti le même livre, on s'en serait méfié comme de la peste. Je vais vous donner une autre anecdote. L'une, vient d'un critique, à mi temps, d'un grand journal national, qui ne jure que par les auteurs US: « pour moi le polar c'est américain, je ne lis quasiment jamais les Français.. » Et récemment encore, dans sa sélection des dix polars de l'été, il n'y avait aucun auteur français, même pas des auteurs purs et durs du noir. Là aussi, ça me choque.

Autre exemple. Si vous avez aimé le S.J.Watson, « Avant d'aller dormir », lisez la Mémoire fantôme de Franck Thilliez, sorti il y a quelques années, vous verrez que les auteurs français sont novateurs. Ce qui me dérange ce sont les non dits qui règnent dans ce milieu.

Si l'on considère que le polar (thriller compris) est un genre populaire, pourquoi dans les classements des meilleurs ventes de polar, à certaines saison de l'année, n'y a-t-il aucun auteur français ? Pourquoi, à d'autres saisons de l'année, quand les Français sont présents (en petit nombre), ce sont souvent des auteurs de thriller ? Pourquoi les scandinaves ont-il raflé la mise ? Les purs et durs du polar répondront, avec dédain, que ce n'est qu'un histoire de marketing (un autre gros mot). Pour eux, ces succès reposent sur des ficelles, appuyés par des campagnes de pub. Mais c'est complètement faux, ils ont vingt ans de retard, cela traduit une méconnaissance de l'édition. Comme s'il y avait une martingale imparable pour pondre du best-seller. Ca se saurait et les éditeurs seraient les premiers à l'appliquer. Chaque année, des tas de livres sont lancés à grand renfort de pub, avec un diffusion gigantesques, et les chiffres sont catastrophiques. Plein d'éditeurs ont essayé de lancer de nouveaux Grangé ou Chattam. En vain. Pour notre part, nous avons vu apparaître des tas de thriller ésotérique, avec tous les ingrédients du genre, et accompagnés de pubs chatoyantes, Mais ça ne suffit pas. Certes, la pub est un outil puissant, certes un bon réseau de représentants est essentiel, mais ça ne marche pas à tous les coups. En revanche, on sait très bien que l'avis des librairies est devenu incontournable, que les forums de lecteurs sur le net deviennent prescripteurs.

Je rêve d'un festival, d'un salon, d'une revue ou tous les genres du polar et du thriller, soient traités sur le MEME PLAN.. Vous remarquerez qu'il y a pléthore de festivals de polar en France, des salons sur le « noir », où l'on retrouve souvent les mêmes auteurs avec les mêmes débats, et paradoxalement aucun sur le thriller, genre pourtant plébiscité par le public.

Enfin, un mot sur la Ligue de l'Imaginaire. Avec quelques amis auteurs, Henri Loevenbruck, Olivier Descosse, Erik Wietzel, Bernard Werber, Franck Thilliez, Maxime Chattam, Laurent Scalèse, Patrick Bauwen, nous avons créé ce groupe, je rêve d'un jour où nous pourrions organiser un salon avec un panel d'invités de tous horizons (Grangé, Maud Tabachnik, Nathalie Hug et Jérome Camus, Aurélien Molas, Alexis Aubenque, Pierre Lemaître, et plein d'autres). J'aimerais aussi inviter des auteurs de livres d'enquête. Du temps où je faisais de l'investigation, j'ai croisé des gens formidables, des confrères talentueux, des lanceurs d'alerte,dont certains livres pourraient être des modèles de polar. Je pense à Irène Frachon, le médecin qui a révélé l'affaire du Mediator, en prenant des risques, face au géant pharmaceutique Servier (j'ai eu deux procès en diffamation sur l'Isoméride). Nous nous sommes connus après nos témoignages respectifs devant les commissions d'enquête de l'Assemblée Nationale et du Sénat sur cette affaire. Son livre se lit comme un polar. Je pense aussi à Denis Robert, outre ses livres j'ai découvert sa BD, co écrit avec Yan Lindingre et dessiné par Laurent Astier, « L'affaire des affaires », sur Cleartstream,  c'est totalement novateur, je pense qu'ils ont ouvert une nouvelle voie dans le récit d'investigation.

Et pour vraiment finir, un pensée spéciale pour les nouveaux auteurs de polar, qui fourmillent un peu partout. Entre les Scandinaves, les Américains, les quelques auteurs français reconnus, il reste très peu de place pour les débutants ou ceux qui se frayent un chemin et je ne parle même pas auteurs dit régionaux, qui sont ghettoïsés. Soit, il donnent dans le polar social et ils ont une petite chance d'être repéré par la critique, soit ils prennent d'autres chemins mais ne bénéficient pas de la publicité mis en place pour les gros vendeurs, sauf si un éditeur croit en eux. Et souvent les petits éditeurs ont du mal à s'imposer face aux mastodontes. A terme donc, si ces auteurs ne percent pas rapidement ils sont éliminés du jeu. On pourrait se dire que l'édition de poche pourrait leur permettre de faire leurs premières armes. Les lecteurs qui n'osent pas mettre 20 euros sur un débutant pourraient tenter le coup avec 7,50 euros. Hélas, le système se mord la queue sur un plan marketing, en règle générale, on est édité en poche quand on vend un nombre suffisant de livres en grand format. J'en parle en connaissance de cause, je suis passé par cette phase dans ma carrière d'auteur, mon premier polar chez Fleuve Noir, Pannes de cœur, n'a jamais été édité en poche, par ce qu'il ne s'était pas assez vendu. Marcas a changé la donne. L'édition est un monde, « Impitoyable », comme dirait ce bon vieux Clint E.